10 films de vacances à voir quand il fait beau (et chaud)

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Il fait chaud, il fait beau, c'est l'été, et pour certains les vacances. Alors pourquoi ne pas profiter de cette période estivale tout en langueur et farniente pour découvrir ou redécouvrir quelques films de vacances incontournables ? Suivez le guide.


Cinéma et coup de soleil

Quid du postmodernisme, à l'heure où le soleil invite à l'oisiveté en plein air ? Passer son temps reclus à l'intérieur, devant un écran plasma à visionner des classiques du cinéma – peut-être. La perspective ne vous semble pas séduisante ? Alors n'oubliez pas que les rayons du soleil sont profondément cancérigènes entre 10h et 16h, ce qui vous laisse une marge honnête pour vous plonger un moment dans les chefs-d'œuvre du cinéma de vacances.

Qui dit vacances, dans le septième art, ne sous entend pas forcément un mouvement – à l'instar du road movie –, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer. Non, à l'inverse du voyage, les vacances sont avant tout un instant d'inertie, une atonie créative : grâce à la décontraction du corps et à l'absence de contraintes professionnelles, chacun peut penser et réfléchir à loisir. Au programme, donc : des remises en question existentielles, un regard sur la vie, le temps, les autres, avec tout ce que cela peut impliquer de désir et d'amour. Exit le train-train quotidien de la ville, l'idée est de mettre en place de nouvelles habitudes, quitte à reproduire, parfois, la même routine sans s'en apercevoir.

Mais ces instants d'inaction, au cinéma, ces moments où les enjeux narratifs sont insaisissables voire inexistants, ont en définitive rarement été filmés. À tel point que les holiday movies ne sont pas si nombreux dans l'histoire du cinéma. Reste toutefois que quelques réalisateurs s'y sont essayés, non pas en utilisant la thématique comme sujet central de leur œuvre mais comme un espace vierge à travers lequel faire passer des idées en toute liberté. Quoiqu'il en soit, voici dix films de vacances à voir au moins une fois dans votre vie.

The Side of Paradise, de Jonas Mekas (1999)

Vous n'avez jamais entendu parler de Jonas Mekas ? Qu'à cela ne tienne, ce cinéaste culte du cinéma expérimental américain – principale source d'influence des Harmony Korine (Gummo, Spring Breakers) et autres Jonathan Caouette (Tarnation) – est un de ces personnages ayant passé tout son temps libre à filmer son quotidien, ses proches… bref, sa vie. À tel point qu'il a inconsciemment façonné, sa caméra bolex 16 mm à la main, un vaste projet autobiographique. Tourné depuis le début des années 70 jusqu'aux années 90, ce montage d'images pointillistes a été finalisé en 1999. Dans ce dernier, duquel surnagent des instants d'apesanteur fleurant bon l'été, on aperçoit notamment Mekas en compagnie de sa sœur Lee, de Jackie Kennedy et de leurs enfants respectifs, dans une maison de Montauk prêtée par un certain Andy Warhol.

Vacances obligent, ce film court en 35 mm met en scène, à l'abri du monde, des jeux d'enfants, la plage, une atmosphère oisive où culminent l'innocence et la joie. Les vacances, selon Jonas Mekas, se situent quelque part entre la mélancolie et une certaine idée du bonheur. Des moments de vie doux-amer à jamais fixés sur pellicule.

Liberté Oléron, de Bruno Podalydès (2001)

Quatre ans après Dieu seul me voit (1997), Bruno Podalydès sortait son deuxième long, Liberté Oléron. Là où ce film de vacances en famille à la fois drôle et tragique se différencie des autres, c'est qu'il parvient à dérouler tout au long de son intrigue un fil sinon effrayant au moins inquiétant. Il y a comme une catastrophe – disons une marée noire – qui semble à chaque seconde sur le point de remettre en cause la gaieté de cette comédie balnéaire. Résultat : l'épouvante n'est jamais loin, façonnant ainsi une zone d'incertitude qui pourrait nous faire dire que si les vacances ont un petit quelque chose de paradis perdu au milieu du quotidien, elles peuvent aussi rapidement devenir cauchemar.

Les Vacances de Monsieur Hulot, de Jacques Tati (1953)

 

Il y a fort à parier pour que vous ayez au moins une fois entendu parler des Vacances de Monsieur Hulot, à la fois l'un des meilleurs Tati et l'un des plus connus du grand public. Une fois n'est pas coutume, le génial réalisateur de Mon Oncle mêle l'impertinence et la comédie à l'étude sociologique. Cette fois, c'est aux loisirs de masse, qui connaissent un succès fulgurant dans l'après-guerre, que s'attaque Jacques Tati. Au travers un déluge ininterrompu de gags, le cinéaste parvient ainsi à capter avec acuité le petit train-train des vacanciers qui, depuis leur station balnéaire de Saint-Marc-sur-mer reproduisent inconsciemment les routines du quotidien auxquelles ils pensent se dérober. À mi-chemin entre l'analyse et l'essai poétique, Tati capture sans doute l'un des portraits les plus sagaces des congés-payés, en tout cas le plus hilarant.

Quoi de neuf, Bob ?, de Frank Oz (1991)

 

Si vous n'êtes pas un fan inconditionnel de Bill Murray, alors peut-être le nom de ce film ne vous dit rien. Pourtant, ce dernier fait incontestablement partie des œuvres les plus importantes de la filmographie de l'acteur popularisé dans Tootsie, de Sydney Pollack (1982) et surtout SOS Fantômes, d'Ivan Reitman (1984). Il faut dire que dans Quoi de neuf, Bob ?, Murray – doux dingue faisant des vacances de son psy (Richard Dreyfus) un supplice – fait des merveilles.

À l'opposé d'une bonne partie du cinéma de l'inconstant mais plaisant Frank Oz, cette comédie, assez imprévisible, déjantée et drôle, n'est jamais ridicule. Complètement timbré, le personnage de Murray, génial parasite dont la naïveté n'a pas d'égal, finit par devenir touchant tout en réussissant par miracle à rabibocher la famille névrosée de son psy. Quoi de mieux que le cadre des vacances, il est vrai, pour cette thérapie de groupe à grande échelle ? Si on rajoute à cela la fronde habile, timide mais bien présente, à l'encontre des bourgeois en conclusion, on obtient une des meilleures comédies des années 90, à ranger aux côtés d'Un Jour Sans Fin, d'Harold Ramis (1993).

Voyage à Tokyo, de Yasujiro Ozu (1953)

Contrairement à ce que la plupart des cinéphiles semble penser, Voyage à Tokyo n'est sans doute pas le meilleur film de son génial auteur japonais, Yasujiro Ozu. Mais qu'importe : il s'agit à n'en pas douter d'un de ses chefs-d'œuvre les plus touchants. L'on y suit le récit d'un couple de retraités abandonnés par leurs enfants, désormais trop dépendants de leur vie professionnelle pour s'occuper de leurs parents en vacances à Tokyo.

Véritable crève-cœur universel, Voyage à Tokyo saisit avec une maestria stupéfiante l'impermanence des choses, à l'instar de la précarité des sentiments. Ou comment le passage du temps au sein d'une famille renforce la distance inexorable entre les générations – façon pour Ozu de dépeindre les transformations de la société japonaise et du monde en général, sans pour autant tomber dans le noir absolu.

Pauline à la plage, d'Eric Rohmer (1983)

 

Sans doute, la solution de facilité pour remplir ce top, aurait été de ne lister que des films d'Eric Rohmer. Qui d'autre que lui, en effet, aura su filmer avec autant de justesse des personnages dans la stase des vacances ? Le genou de Claire (1970), où l'on se prélasse à Annecy, La collectionneuse (1967) et sa balade à Saint-Tropez, et plus tard Conte d'été (1996), à Dinard… autant d'aventures et de destinations aux milles promesses. Quoiqu'il en soit, toutes ces œuvres sur fond de vacances ont en commun la mise en scène d'un espace idéal pour les jeux de l'amour et du désir, sans pour autant faire l'impasse – merci Marivaux – sur les petites contrariétés sentimentales et existentielles. Résultat : qui dit amour, chez Rohmer, dit série d'enjeux et de dilemmes. Avec Pauline à la plage, Rohmer signe, comme un funambule, une comédie qui tour à tour se veut gracieuse, cruelle ou sensuelle, sans jamais privilégier un côté plus que l'autre. Mention spéciale pour Amanda Langlet, ici dans son premier rôle de cinéma. Elle apparaîtra par la suite à deux reprises devant l'objectif de Rohmer.

La Piscine, de Jacques Deray (1969)

 

Vous êtes un accro à la télévision ? Dans ce cas, il y a fort à parier pour que vous ayez déjà vu sans le savoir des bribes de La Piscine dans une publicité Christian Dior pour le parfum Eau Sauvage. L'occasion notamment d'apercevoir un Alain Delon, lunettes de soleil au nez, assoupi paisiblement au bord d'une piscine sous le soleil du Var, brusquement réveillé par une éclaboussure hors cadre. Une séquence culte pour le moins basique en soi, mais qui a le mérite de cristalliser en l'espace d'un unique plan le double-tranchant des vacances. Entendre : le soleil et la piscine, c'est bien, l'eau glacée projetée sur un corps brulant, un peu moins.

Cette dimension terrifiante des vacances, insidieuse – par ailleurs accentuée par la musique volontairement trop naïve et sensuelle de Michel Legrand –, va faire office de métaphore filée tout au long de ce film culte de Jacques Deray. Le pitch de ce chef d'œuvre est simple : Jean-Paul (Alain Delon) et Marianne (Romy Schneider) profitent de leurs vacances, coulant des jours heureux dans une villa au-dessus de Saint-Tropez. Jusqu'à ce qu'Harry, meilleur ami du premier et ancien amant de la seconde, leur rende visite, accompagné de sa fille Pénélope (Jane Birkin), femme-enfant troublante. Petit à petit, une certaine tension va s'installer, ravivant les démons du passé jusqu'au point de non retour.

À l'image du Mépris (Jean Luc Godard, 1963), il suffit parfois d'un détail infime ou d'un malentendu pour faire basculer la rêverie méditative vers l'horreur.

Voyage en Italie, de Roberto Rossellini (1954)

Au risque de renier le concept même du film de vacances, Voyage en Italie, l'un des plus grands films de Rossellini – œuvre vaporeuse qui préfigure avec force le cinéma d'Antonioni –, débute par un trajet en voiture à la chaleur étouffante. Mais, déjà, dans cette séquence, le temps semble s'être arrêté, rendant le mouvement vain. Alexander et Katherine Joyce, un couple britannique, roulent vers Naples. Dans l'habitacle du véhicule, la tension entre les deux protagonistes est palpable. Pour symboliser cette relation amoureuse qui s'étiole, Rossellini va tour à tour user de symboles : la mouche qui s'écrase sur le pare-brise, le chauffard croisé à toute allure, le passager qui prend finalement volant.

Depuis la maison de vacances où le couple s'échoue, non loin de Naples et son atmosphère caniculaire, trône au loin le Vésuve, présent sur la plupart des plans en toile de fond. Ce volcan qui sommeille mais dont la colère rentrée peine à se contenir va incarner la discorde de ces êtres qui se sont aimés. Tout au long de cette œuvre à la fois nostalgique et hyperréaliste, l'apesanteur des vacances permet au couple de prendre conscience de sa déroute. Ou quand la stagnation des corps ouvre la voie aux crises existentielles. Mais qui sait – Rossellini n'est pas aussi pessimiste qu'il le laisse entendre –, un miracle pourrait peut-être remettre de l'ordre dans ce chaos des sentiments et ainsi recoller les morceaux…

Astuce : si néanmoins vous trouvez Voyage en Italie trop déprimant, peut-être devriez-vous tenter la comédie dramatico-sentimentale Vacances Romaines (William Wyler, 1953), avec Audrey Hepburn et Gregory Peck. Certes, un peu mièvre, mais culte.

Vicky Cristina Barcelona, de Woody Allen (2008)

Oubliez les films "touristiques" plus récents de Woody Allen comme Minuit à Paris (2011) et surtout To Rome with Love (2012), qui usent et abusent des stéréotypes pour faire voyager le spectateur. Contrairement à ce que l'on serait tenté d'affirmer, Allen Stewart Königsberg de son vrai nom n'a, dernièrement, pas toujours cédé à la facilité. Avec Vicky Cristina Barcelona, le réalisateur américain raconte l'histoire de Vicky (Rebecca Hall), qui s'apprête à se marier, et de son amie Cristina (Scarlett Johansson). Toutes les deux, elles passent leurs vacances d'été en Espagne, à Barcelone. Mais un soir, elles sont abordées par Juan Antonio (Javier Bardem), un peintre, qui est depuis peu séparé de son épouse Maria Elena (Penelope Cruz). Bientôt, ce dernier invite les deux jeunes femmes dans sa villa à Oviedo, dans le nord de l'Espagne…

Hormis l'inévitable architecture de Gaudi et les quelques dialogues prononcés en espagnol-mitraillette, les poncifs ne sont fort heureusement pas le fer de lance de Vicky Cristina Barcelona. Non, en lieu et place de ce qui aurait pu s'apparenter à du folklore, Allen donne à voir une Espagne loin du soleil, à l'ombre des arbres et des vieilles maisons. En découle une intrigue en forme de conte moral quelque part entre Rohmer et Truffaut (on pense à La Femme d'à côté, 1981). Encore une fois, c'est la vacance et la passivité qui vont introduire le doute dans les croyances et certitudes des personnages. En résulte une subtile combinaison amoureuse, où le seul couple porteur de plénitude, d'après Woody, ne fonctionne qu'à trois – clin d'œil à un autre chef d'œuvre du cinéma jadis particulièrement en avance sur son temps : Sérénade à trois, d'Ernst Lubitsch.

Monika, d'Ingmar Bergman (1953)

Parfois, le fait de se soustraire au quotidien, en fuyant par exemple avec son âme sœur loin du monde, s'apparente en tout point aux vacances. Dans Monika, l'un des films les plus importants de la filmographie d'Ingmar Bergman, Harry (Larry Nykborg) et Monika (Harriet Andersson), deux jeunes adultes fous d'amour l'un pour l'autre, décident d'échapper à Stockholm et leurs emplois sans intérêt en se rendant sur une île d'Orno. Là-bas, les amoureux commencent à mener une vie sauvage.

Ce n'est pas un hasard si le titre original suédois de ce classique signifie en fait Un été avec Monika. Grâce à la photographie prodigieuse du premier directeur historique de la photo de Bergman, Gunnar Fischer, le noir et blanc sombre symbolisant l'aliénation de la ville laisse rapidement place à des éclaboussures de soleil admirables. Une manière d'accompagner l'épanouissement des deux amants : le blond raisonnable Harry, la brune animale et sensuelle Monika.

Mais comme tous les amours de vacances, même si l'idylle n'a cette fois pas attendu le voyage pour naître, l'histoire d'amour ne durera qu'un été. Bientôt chassée de son jardin d'Eden, Eve/Monika croquera dans la pomme. Moralité : si vous comptez prochainement partir sur un coup de tête, n'oubliez pas de prendre garde au blues du retour…

En bonus, quelques films de vacances qui tournent (vraiment) au cauchemar

La colline a des yeux, de Wes Craven, 1977 (ou l'histoire d'une panne d'essence qui tombe mal)

Open Water, de Chris Kentis, 2004 (ou une virée en plongée qui tourne au drame)

Délivrance, de John Boorman, 1972 (ou comment une virée entre potes dans la nature se transforme en épisode de "Man vs Wild" en mode hardcore)

Les Dents de la mer, de Steven Spielberg (ou Piranahas, de Joe Dante, 1979) – la station balnéaire où il ne fait pas bon barboter

Hostel, d'Eli Roth, 2005 (ou le bad trip Erasmus)

Grizzli Man, de Werner Herzog, 2005 (ou le séjour "nature et découverte" gore, filmé par un des plus grands cinéastes de l'histoire du cinéma)  

Funny Games, de Michael Haneke (ou pourquoi mieux vaut parfois éviter de parler aux inconnus)

Voir aussi : notre sélection des meilleurs survivals