Combien vous coûterait la sortie de la Grèce de la zone euro ?

Article mis à jour le 

L'hypothèse d'une sortie grecque de la zone euro devient de moins en moins improbable
L'hypothèse d'une sortie grecque de la zone euro devient de moins en moins improbable

Alors que les négociations tendues entre Athènes et ses créanciers se sont interrompues ce week-end, le Président de la République a organisé un Conseil restreint à l’Elysée sur le dossier grec. L’occasion d’évoquer l’impact sur les contribuables et par extension sur l’économie française d’une sortie grecque de la zone euro.

Le scénario catastrophe du "Grexit" – à savoir le cas de figure de la sortie de la Grèce de la zone euro – semble de moins en moins improbable. D’autant plus qu’Alexis Tsipras a annoncé la tenue d’un referendum le 5 juillet au sujet d’un plan d’aide à la Grèce. Referendum auquel il invite à répondre par la négative, estimant qu’"au lendemain de ce fier non, la force de négociation du pays" [s’en retrouverait] "renforcée". Mais pour Manuel Valls, toutefois, il apparaît évident qu’une telle réponse au référendum déboucherait sur "un risque réel (...) de sortie de la zone euro". Quelles seraient alors les conséquences pour notre pays ?

 

10,50 euros par contribuable français 

Certains économistes estiment que la France ayant prêté environ 40 milliards d’euros à la Grèce, cela correspondrait à un prêt consenti par chaque contribuable français de 650 euros. Autrement dit, si la Grèce faisait défaut et sortait de la zone euro, les contribuables français auraient à payer chacun 650 euros. Mais d’autres économistes estiment ces chiffres erronés. Car cela supposerait en effet que les Français soient contraints de rembourser la dette des Grecs envers l’État français à leur place. Ce qui se traduirait par une hausse d’impôt.

Or, rien ne permet d’une part d’affirmer que la dette grecque s’effacerait alors intégralement. En outre, il faut savoir que l’histoire économique des États montre bien qu’un État ne rembourse jamais sa dette. Pourquoi ? Parce qu’il a, contrairement aux ménages, une durée de vie infinie : celui-ci peut en effet s’endetter éternellement en optant pour un nouvel emprunt à chaque fois qu’un précédent arrive à échéance. Ainsi, aucun emprunt n’est jamais remboursé. D’ailleurs, l’argent prêté à la Grèce est d’ores et déjà compris dans la dette publique française et en constitue 2%.

De ce fait, il semblerait que le manque à gagner ne soit constitué que par les intérêts que l’État français perçoit de l’État grec chaque année. Et comme l’argent leur a été prêté à un taux d’environ 1,5%, si les deux tiers de la dette était effacé (ce qui est le montant envisagé le plus élevé), le manque à gagner serait de 400 millions d’euros chaque année. Résultat : si l’État décidait d’augmenter les impôts pour compenser, l’augmentation serait de 10,50 euros par contribuable.

 

Quelles seraient les conséquences pour les épargnants ?

Quant aux épargnants français, ils pourraient en revanche pour certains être avantagés… au détriment des finances publiques. Un défaut de la Grèce accentuerait en effet les suspicions des marchés financiers quant à la capacité des autres États européens à rembourser leur dette. Une prime de risque pourrait donc s’ajouter aux taux d’intérêts –actuellement très bas- des emprunts consentis par la France. Si les taux d’intérêts augmentaient, les dépenses de l’État pour financer sa dette augmenteraient donc mécaniquement. Mais cela peut être une bonne nouvelle pour les épargnants dont l’assurance-vie finance les dettes souveraines, et dont le taux de rendement dépend des taux d’intérêts auxquels empruntent les États.

 

Un secteur privé relativement bien protégé

En ce qui concerne le secteur financier, des efforts ont été réalisés depuis le début de la crise pour le protéger de l’éventuelle faillite de la Grèce. C’est ainsi que les banques françaises n’ont plus de titres d’État grec, ceux-ci ayant progressivement été rachetés par la BCE et le FMI.

Du côté du secteur non-financier, c’est-à-dire des entreprises, les conséquences devraient là aussi être assez limitées puisque son commerce extérieur n’est pas orienté vers ses partenaires européens. La Grèce pèse en effet moins de 2% du PIB européen.

Pas sûr cependant que le "Grexit" soit vraiment souhaitable pour l’Europe, et ne serait-ce que souhaité par les Grecs.

 

Sources : Latribune, Leparisien