École : des clichés sexistes au programme de l'enseignement civique ?

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les clichés sexistes commencent à l'école
les clichés sexistes commencent à l'école

La polémique a commencé sur RTL ce mardi 15 septembre : l’enseignement moral et civique (EMS), mis en place à la rentrée du primaire au secondaire, serait sexiste. Des ressources pédagogiques publiées par le ministère de l’Éducation sur le site Eduscol soulèvent déjà des questions sur le contenu des cours. En essayant de briser les stéréotypes sexistes, les nouvelles méthodes ne feraient que les renforcer.

Des cours d’éducation civique à l’enseignement "moral et civique"

L’EMS remplace à partir de cette année les traditionnels cours d’éducation civique, dans le but de "favoriser le développement d’une aptitude à vivre ensemble dans une République indivisible, laïque, démocratique et sociale." Le changement de terminologie et de contenu est révélateur de la crise des valeurs qui agite la société française. Pour lutter contre la montée des extrémismes, le ministère de l’Éducation a décidé de mettre en place des cours théoriques. Résultat, les cours sur le droit et les institutions françaises sont remplacés par des espaces de réflexion et de discussion sur les principes fondateurs de la France comme la liberté, l’égalité et particulièrement la laïcité. L’enseignement ne vise plus seulement à former de bons citoyens, mais à leur inculquer également des valeurs morales. C’est là toute l’ambigüité du projet : le gouvernement voudrait à la fois développer le sens critique des élèves, l’encadrer et l’orienter.

Des ressources pédagogiques sexistes ?

Après avoir longtemps laissé les enseignants dans le flou vis-à-vis de cet enseignement, le ministère de l’Éducation leur a enfin fourni quelques fiches pédagogiques pour organiser leurs cours. Mais les pistes de réflexions proposées ne font pas l’unanimité, en particulier la séance sur les stéréotypes sexistes destinée aux élèves de 3ème. Le travail consiste à inviter les adolescents à déterminer des caractéristiques féminines et masculines pour ensuite déconstruire les idées reçues. L’idée est bonne, la méthode l’est beaucoup moins.

Selon la fiche, le professeur est censé donner des exemples de personnalités célèbres pour prouver que des femmes peuvent endosser des rôles d’hommes et inversement. La fiche propose par exemple : "Billy Eliott fait de la danse, il a des caractéristiques féminines." Faut-il conclure que le métier prestigieux de danseur étoile est destiné aux femmes, niant du même coup l’identité sexuelle des plus grands artistes de notre Histoire ? Les formulations maladroites de ce type sont nombreuses dans le document dévoilé par RTL.

Quelques heures après, l’entourage du ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, a tenté d’apaiser les tensions en précisant l’objectif du dispositif : "S'il est bien demandé aux élèves d'identifier les caractéristiques masculines et féminines de chacun des personnages, c'est justement pour mieux permettre aux élèves d'identifier ces stéréotypes qui sont encore très présents et d'échanger avec eux sur l'égalité des droits entre les filles et les garçons."

Ne nous emballons pas : il s’agit d’une fiche pédagogique parmi beaucoup d’autres. Il est important de conserver ces espaces de dialogue avec les élèves. Les cours d’éducation civiques avaient tendance à passer à la trappe dans les programmes précédents, au profit des disciplines comme la géographie et l’histoire. L’initiative du gouvernement de revaloriser ces cours et réformer le programme est importante. Gageons toutefois qu’au fil des débats, cet enseignement finira par se parfaire.

 

Sources : RTL , Libération, les nouvelles news