L'école lance un plan pour en finir avec les stéréotypes de genre

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Malgré l'existence certaine d'une évolution des mentalités, et une plus lente évolution au sujet des inégalités et discriminations fondées sur le sexe, l'école reste le lieu où se construisent - et se reproduisent - les préjugés et les stéréotypes de genre. Les filles, qui emportent largement la palme de l'assiduité, du sérieux, en bref qui sont meilleures que les garçons scolairement parlant, choisissent des orientations moins ambitieuses que leurs camarades masculins, qui sont plus confiants et s'orientent dans les "voies royales" alors qu'ils sont moins brillants en moyenne.

Expérimentée dans 10 académies, auprès de 500 classes de primaire, cette initiative s'inscrit dans les priorités définies par le gouvernement dans la convention pour l'égalité entre les filles et les garçons, entre les femmes et les hommes dans le système éducatif. Cette convention va être reconduite dans les semaines qui viennent et est désormais sous la tutelle des ministres de l'Education et des Droits des femmes. Elle définit trois axes d'action : la transmission d'une culture de l'égalité entre les sexes, l'engagement pour la mixité dans toutes les formations professionnelles et la promotion du respect mutuel entre les sexes.

La lutte contre les stéréotypes de l'école maternelle au lycée

Le plan ABCD de l'égalité s'adresse à tous les élèves, "de la grande section de maternelle au CM2", et il vise à déconstruire les stéréotypes de genre. Une documentation pédagogique sera produite et mise à disposition des enseignants, permettant de travailler sur les connaissances, les attitudes et les comportements des enseignants et des élèves. Une formation viendra compléter ce matériel pédagogique. Cette mesure sera expérimentée à la rentrée 2013 dans 5 académies et fera l'objet d'une évaluation au printemps 2014 afin d'être généralisée. Cette volonté sera aussi déclinée dans la formation continue des personnels de l'Education Nationale avec une attention particulière pour les personnels de direction et d'inspection.

Dans les collèges et lycées, des actions de sensibilisation au harcèlement et aux violences sexistes seront menées, ainsi qu'une "éducation au respect et à l'égalité", qui sera menée conjointement avec des associations et le service civique. Par ailleurs, la délégation interministérielle contre les violences scolaires s'appuiera sur des enquêtes de victimisation pour guider ces actions, ainsi que sur la mission de lutte contre l'homophobie, dont les résultats porteront sur la prévention des suicides chez les jeunes homosexuel(le)s. Mais loin de se limiter aux violences et aux discriminations, ce plan envisage l'inégalité filles-garçons sous un angle plus large.

Ecole de City on a Hill. Source : *christopher*/Wikipédia

Le service d'orientation aussi va devoir abandonner les stéréotypes

94 % des élèves en voie professionnelle "coiffure, esthétique et autres services à la personne" sont des filles, ainsi que 92 % en "secrétariat, bureautique" et 91 % en "spécialités sanitaires et sociales". Les garçons sont 99 % en "bâtiment, construction et couverture", en "énergie, génie climatique" et 98 % en "mécanique, électricité, électronique". Mais l'orientation "genrée" commence plus tôt, dès le collège, et même dans une moindre mesure à l'école élémentaire. Les petits garçons jouent au foot (et se bagarrent) pendant que les filles jouent ou papotent sagement, et en classe les premiers font les intéressants pour attirer l'attention des secondes (qui elles sont captivées par le cours et ne prêtent pas attention aux premiers). Résultat, les filles sont de meilleures élèves pendant toute leur scolarité, mais elles accèdent à des diplômes moins prestigieux que leurs camarades masculins.

Une des causes de ce phénomène est probablement à chercher du coté des attentes qui sont moins élevées pour les filles que pour les garçons. Quand on propose à ceux-ci des carrières prestigieuses, les filles se rabattent plus souvent sur des métiers "féminins" et dévalorisés socialement, alors que les garçons n'hésitent pas à se lancer dans des études réputées élitistes même quand ils n'ont pas le niveau, leur ambition ayant été sollicitée dès leur plus jeune âge. Le plan prévoit que des exemples de femmes ayant réussi dans des carrières réputées "masculines", ainsi que d'homme ayant choisi des carrières censées être "des métiers de filles" dans lesquelles ils se sont épanouis soient présentés par les conseillers d'orientation. L'objectif étant d'arriver à promouvoir la mixité dans toutes les filières, surtout qu'avec les progrès de la technique, il n'est plus vraiment de secteurs qui restent l'apanage d'un sexe.

Le respect dans les rapports hommes-femmes : un objectif à long terme

Le projet prévoit également de remettre au programme l'éducation sexuelle à l'école qui était prévue par une circulaire de 2003 mais qui n'était appliquée que de façon très inégale. L'idée étant de renforcer ce point du programme pour y aborder des questions d'ordre biologique, mais aussi les dimensions sociales, psychologiques, éthiques et culturelles de la sexualité. Un groupe de réflexion composé de personnels de l'Education nationale, de représentants d'associations, de membres d'organisations lycéennes, de parents d'élèves et d'un psychiatre (spécialiste de l'enfance et de l'adolescence) va présenter un plan d'action d'ici fin décembre pour relancer cette éducation à la sexualité dans toutes ses dimensions.

              

Source : Education.gouv.fr, Libération