Foie gras de canards malades : quel traitement des animaux d'élevage ?

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D'après un ancien gaveur de canards, le groupe Euralis, premier producteur mondial de fois gras, est responsable de pratiques peu orthodoxes : certains volatiles, gavés pour utiliser leur foie, auraient été malades lors du processus, mais tout de même vendus après des cures de médicaments. Cela concernerait donc les foies gras de canards vendus en France depuis au moins 2003, pourtant protégés par l'indication IGP Sud-Ouest.

Les 5 accusateurs sont tous d'anciens gaveurs. L'un d'eux avait décidé, en 2003, de suspendre son activité à cause de ces pratiques qu'il jugeait "abjectes". Il explique sur son blog que la santé de l'animal n'importait pas dans le processus de gavage chez Euralis. Autrement dit, le foie ingurgité par le consommateur était possiblement celui d'une bête malade, le producteur ne s'occupant que du profit financier, au détriment de la santé du consommateur et du produit.

Du foie gras contaminé pour Noël ?

Selon ses dires, les canards qu'il recevait pour le gavage présentaient de nombreuses anomalies : ailes cassées, becs courts, retard de croissance, maladie de Dersy, avec possiblement d'autres maladies. Des techniciens lui auraient même assuré qu'il devait utiliser sur ces bêtes certains produits qu'il juge être "de la soude caustique" pour l'animal, "des antibiotiques quand ils sont malades" et "du sulfate de cuivre pour éviter les candidoses".

En plus de ces pratiques, le cahier des charges ne serait pas respecté, et le foie gras ne mériterait donc pas son appellation contrôlée qui participe à sa renommée. Cette appellation IGP signifie Indication Géographique Protégée. Elle assure au consommateur que le produit qu'il déguste est bel et bien élevé et/ou transformé dans une région en particulier, avec le respect de certaines normes, qui constituent le fameux cahier des charges. Or si l'appellation protégée est donnée frauduleusement, à qui faire confiance ?

Foie gras et Sauternes

Des pratiques curieuses, mais jugées normales

Même si cela peut paraitre étrange, aucune infraction n'a été retenue contre le groupe. Qu'il s'agisse du respect du cahier des charges comme des produits utilisés, rassurez-vous, le parquet a classé l'accusation sans suite. En effet, comme l'ancien gaveur le reconnait lui-même sur son blog,  la maladie de Dersy "n'est pas dangereuse pour l'homme". Ce qui le dérange en somme, c'est le manque de transparence : "dangereuse ou pas, on ne fait pas consommer à l'insu des gens des produits à base d'animaux à fortiori reconnus malades".

Concernant les antibiotiques donnés aux volatiles, leur administration "a été effectuée en conformité avec les normes sanitaires en vigueur", précise le vice-procureur Sébastien Ellul, chargé de l'enquête. Il en va de même pour le sulfate de cuivre pendant le gavage, qui est un "complément alimentaire" qui n'est "pas soumis à un contrôle particulier". Enfin, "les vérifications réalisées dans le cadre de l'enquête n'ont pas mis en évidence l'existence d'une infraction qui pourrait être caractérisée", mais surtout, les accusations portent sur des "faits passés", peut-être même "proscrits", relaie le Monde. Le gaveur indique sur son blog qu'il ignore lui-même si ces pratiques ont encore lieu. En un mot, le groupe est innocent.

Cannetons

Réduction des médicaments pour les animaux d'élevage

Ce petit scandale intervient dans une mauvaise période pour le groupe Euralis. En effet, depuis les lasagnes non conformes, les affaires sanitaires touchant à l'alimentation se multiplient en France. Aussi, le groupe Euralis a publié un communiqué de presse, vendredi 3 mai 2013, afin de clore définitivement ce sujet : leurs foies gras de canard ne contiennent pas d'antibiotiques. Olivier Quero d'Euralis ajoute cependant que "la notion de bien-être existe, il faut soigner les animaux malades". Il reconnait que certains animaux sont traités médicalement, et les délais entre l'administration d'antibiotiques et le gavage sont respectés. Comme le fait, en somme, tout éleveur d'animal.

Cette sur-médication animale qui aujourd'hui dérange était obligatoire hier. Ainsi, les autorités sanitaires françaises ont mis en place un nouveau plan : le plan AntibioEco 2017, détaillé sur le portail du ministère de l'agriculture. Cette nouvelle mesure veut réduire de 25 % l'administration d'antibiotiques aux animaux d'élevage. Ceux-ci, à force d'être trop bien soignés, finissent par résister aux médicaments, et contractent alors de nouvelles maladies, qui seraient responsables de 25 000 décès par an dans l'ensemble des Etats membres de l'Europe.

Sources : Ministère de l'Agriculture ; Communiqué de presse Euralis ; procès verbal de constat des maladies ; Blog Canard Dupé