Hôpital : question de santé, mieux vaut ne pas se faire opérer le week-end

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Une équipe de chercheurs de l'Imperial College de Londres vient de publier une étude inquiétante dans le BMJ Open. Il faut dire que le phénomène qu'elle met en lumière n'est pas anodin : il existerait en effet selon cette dernière un lien statistique évident entre les risques des opérations chirurgicales et le jour de la semaine. Un risque qui augmenterait dès le mardi et qui progresserait pour atteindre son pic le week-end.

Si d'anciennes enquêtes avaient déjà par le passé mis en évidence un "effet week-end", l'étude réalisée par l'équipe de l'Imperial College de Londres publiée par le BMJ Open se montre pour sa part plus catégorique. Selon sa conclusion, les risques postopératoires seraient nettement plus importants dans le cas des urgences le week-end. Hypothèse avancée pour expliquer cette différence : la baisse du niveau de qualité des soins en fin de semaine, la réduction du personnel ou encore le manque d'expérience du personnel présent.

Pour arriver à un tel résultat, les chercheurs ont étudié les données nationales hospitalières anglaises répertoriées dans quelque 4 133 346 interventions chirurgicales. En outre, ils ont aussi analysé les 27 582 décès enregistrés dans les trente jours ayant suivi l'intervention. À noter que cette étude a porté sur les données partant de 2008-09 à 2010-2011. Parmi cette masse colossale de données, l'équipe a relevé que 4,5 % des interventions s'étaient déroulées au cours du week-end.

Les travaux effectués se sont essentiellement focalisés sur cinq types d'interventions lourdes. Il s'agissait entre autres de l'œsophage et l'estomac, de l'ablation des lésions cancéreuses colorectales, du pontage coronarien ou encore de l'aorte abdominale et du poumon.

Un risque qui passe de 44 % le vendredi à 82 % les deux jours suivants

Résultat : il ressort de l'étude que le risque de décès trente jours après l'opération augmente statistiquement d'un jour de la semaine à un autre. Alors que le risque de décès est nettement supérieur le vendredi (44 %) que le lundi, celui-ci monte jusqu'à 82 % le week-end. Or, pour l'ensemble des opérations citées précédemment, hormis l'anévrisme, l'"effet week-end" se révèle flagrant.

Ainsi, la mortalité à un mois, mais aussi dans les quarante-huit heures, est beaucoup plus élevée lorsque les opérations sont réalisées en fin de semaine. On remarquera que ce phénomène est d'autant plus présent pour les patients touchés par plusieurs pathologies et ceux hospitalisés plus de trois fois par le passé.

De toute évidence, comme l'explique le Dr Paul Aylin, les soins sont de moins bonne qualité en fin de semaine, bien qu'il soit difficile d'en tirer une conclusion univoque. Et même si cette étude rejoint les précédentes enquêtes effectuées ces dernières années, d'autres analyses approfondies seront nécessaires pour en comprendre les tenants et aboutissants.

Dans un éditorial du BMJ, les médecins de l'hôpital Mont Sinaï de Toronto se demandent si les caractéristiques des patients ou celles des chirurgiens et équipes chirurgicales ne jouent pas un rôle dans ce phénomène. De même, s'interrogent-ils, les efforts consacrés aux opérations d'extrême urgence ne vampirisent-ils pas les autres interventions ? Par manque de données, les réponses restent pour l'heure en suspens. Quoiqu'il en soit, chirurgiens, médecins et soignants s'accordent à dire qu'il est impératif d'étudier plus en détail l'"effet week-end" en milieu hospitalier.

Sources : BMJ Open, SanteLog