Le lait maternel renforce l'efficacité des antibiotiques

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Les antibiotiques sont utilisés, en France comme dans de nombreux autres pays, comme des médicaments miracle, depuis leur découverte. Or les antibiotiques ne sont pas des médicaments banals, et en ingérer trop souvent les rend inefficaces : les microbes se développent à leur contact, évoluent et finissent par leur résister. Dans cette course effrénée au médicament le plus performant, des scientifiques ont découvert que le lait maternel contenait des agents naturels qui aident l'organisme à détruire ces microbes évolutifs et augmentent l'efficacité de l'antibiotique.

Aux Etats-Unis, une étude menée par le professeur Martin Blaser de l'Université de New-York avait été publiée en août 2011 pour avertir des dangers des antibiotiques. Ce dernier faisait un lien entre les cures d'antibiotiques durant l'enfance et certaines maladies chroniques comme l'asthme ou le diabète à l'âge adulte.

Les antibiotiques seraient mauvais pour la santé

D'après Martin Blaser, les enfants vivant dans les pays les plus développés reçoivent entre 10 et 20 cures d'antibiotiques avant leurs 18 ans. Or, consommer des antibiotiques peut avoir de lourdes conséquences sur le long terme, car les effets sont souvent irréversibles. Et si ces médicaments détruisent les mauvaises bactéries, ils modifient la flore intestinale en détruisant aussi les bonnes, relaie LCI. Aussi, de nombreux plans pluriannuels ont été mis en place depuis une dizaine d'années, afin de limiter leur prescription.

Entre 2000 et 2009, le taux d'antibiotiques administré en France n'a cessé de diminuer, mais cette baisse est irrégulière. Ainsi, le dernier plan en date, pour la période 2011-2016 souhaite réduire sensiblement l'utilisation de ces médicaments. L'assurance maladie française martelait déjà la télévision avec son slogan devenu célèbre : "les antibiotiques, c'est pas automatique". Car, en plus d'abimer la santé lorsqu'ils sont pris trop souvent, les antibiotiques font évoluer les bactéries, qui deviennent plus tenaces et difficiles à soigner.

Antibiotiques

Les supermicrobes évolutifs, un casse-tête pour la médecine

Des médecins américains de l'Université de Buffalo, se sont alors penchés sur ces "super-microbes" redoutables en analysant le comportement du staphylocoque doré (Staphylococcus aureus), bactérie très tenace et très évolutive. A chaque nouvel antibiotique, cette dernière trouvait un moyen de contourner les attaques, devenant de plus en plus résistante.

La première version évoluée est communément appelée SARM pour Staphylococcus aureus résistant à la méticilline, un antibiotique utilisé précisément contre cette bactérie. En dernier recours, la vancomycine est alors utilisée, mais la bactérie a évolué à nouveau, prenant le nom de SARV. Sa résistance accrue, couplée à sa contagion élevée, fait de cette bactérie un problème de santé publique.  Ces médecins ont cependant découvert un procédé naturel qui peut le combattre.

Une mère embrasse son bébé

Vers la fin des bactéries résistantes ?

Ce procédé appelé HAMLET (human alpha-lactalbumin made lethal to tumor cells) que l'on retrouve dans le lait maternel, peut lutter contre les cellules cancéreuses et les microbes. La dernière étude en date, publiée dans le magazine Plos One, attribue à HAMLET une nouvelle fonction : il peut affaiblir la résistance aux antibiotiques de certaines bactéries évoluées.

Les expériences menées sur des cultures de cellules et des souris, ont été couronnées de succès : le SARM redevient sensible aux antibiotiques. Autrement dit, sa résistance acquise sur plusieurs générations est détruite par l'HAMLET, il retrouve sa forme primaire.

Cette découverte déploie de nombreuses conséquences : d'une part, les bactéries évolutives contre lesquelles l'HAMLET a un impact peuvent être détruites. De cette manière, la propagation de SARM peut être limitée. Cela signifie que les antibiotiques n'ont pas besoin d'évoluer plus pour l'instant et redeviennent efficaces. De plus, leur administration pourra réduire sensiblement, au vu du caractère opérationnel de ce composé naturel.

Sources : LCI ; Plos One ; Futura-Sciences et ANSM