Manger au bureau, c'est mauvais pour la créativité

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Vous êtes du genre à passer votre pause déjeuner à votre bureau, avalant goulument une salade ou un sandwich, sans décrocher les yeux de votre ordinateur ? Sachez que vous êtes nombreux à procéder de la sorte, puisqu'on estime que seulement une personne sur trois s'octroie une pause déjeuner digne de ce nom. Autrement dit, pas moins de 65 % des employés mangeraient à leur bureau le midi, voire pas du tout. Une habitude qui remettrait en cause leur créativité et qui accentuerait fortement leur stress.

D'après un sondage américain datant de 2011 et réalisé par la société Right Management, seul un employé américain sur trois s'accorderait une pause déjeuner en dehors de son bureau. Tant et si bien que 65 % des employés déjeuneraient sans quitter leur poste de travail. Or, comme le souligne une étude allemande dernièrement publiée dans la revue PLOS ONE, cette fâcheuse tendance aurait des conséquences non négligeables sur la performance professionnelle.

Manger à l'extérieur, c'est gagner en sociabilité et en créativité

D'après les chercheurs de l'université de Hamboldt, à l'origine de l'étude, un repas pris sur le pouce au bureau aurait en effet pour corollaire le brouillage de la pensée et de l'émotion. Leur enquête a consisté à étudier 32 femmes composées pour moitié d'employés déjeunant à leur bureau, et pour autre moitié d'employés prenant un repas avec d'autres personnes chaque midi à l'extérieur de l'entreprise.

D'un cas à l'autre, les conditions de repas sont radicalement différentes : pour les femmes mangeant au bureau, le déjeuner était avalé rapidement et de façon solitaire, alors que pour celles optant pour le restaurant, les participantes pouvaient à loisir choisir quoi manger, tout en discutant. Mieux : à la fin du repas, elles devaient effectuer une petite marche pour rejoindre leur poste de travail – une bonne chose pour lutter contre l'hypertension artérielle et le diabète.

À l'issue du repas des participantes, les chercheurs ont ensuite analysé leur mémoire sémantique, leur contrôle cognitif, leur traitement des erreurs et leurs expressions faciales. Elles ont par ailleurs été amenées à répondre à un questionnaire à propos de leur humeur du moment. Résultat : les chercheurs ont conclu que les personnes déjeunant au restaurant avaient une plus forte propension à la relaxation et au relâchement des fonctions cognitives. De fait, leurs expressions faciales étaient plus variées, et leur créativité nettement supérieures aux autres.

Certes, la réduction du contrôle cognitif peut dans une certaine mesure être perçue comme un désavantage étant donné que la personne concernée va être moins attentive à ses capacités et à ses éventuelles erreurs – phénomène qui fait d'ailleurs dire à certains chercheurs que le fait de manger au bureau fait gagner en productivité –, mais ce n'est pas tout. Car si le traitement des données numériques sera bien entendu effectué avec plus de facilités pour quelqu'un déjeunant à son bureau, une personne qui au contraire mange à l'extérieur et dont le contrôle cognitif s'amenuise va se montrer beaucoup plus créative et sociable.

Mieux qu'un effet relaxant, un moteur de productivité

Mais attention : quitter son bureau pour le repas n'a pas seulement une vertu relaxante, comme l'indique Fast Company, et loin d'être contre-productif, un long déjeuner au restaurant permettrait même de faire davantage de choses. De son côté, Tom Rath, l'auteur du livre Eat, move, sleep (Mangez, bougez, dormez) estime que nous n'avons "pas le temps de nous passer de la pause déjeuner", tant cette dernière contribue à construire notre journée, et dans certains cas, plus rares, à la détruire.

Rappelons que la relaxation, d'après le New York Times, est un moteur pour la productivité et permet d'éviter le stress, le surmenage et donc le burn-out. Enfin, n'oubliez pas – c'est le Huffington Post qui le dit – que les bonnes relations au travail sont aussi un allié de choix pour augmenter notre productivité, notre bien-être professionnel et notre entrain.

Sources : Right, PLOS ONE, Fast Company, New York Times, Huffington Post