Un monstrueux parc d’attraction en projet sur le 7e continent

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Tas de déchets
Tas de déchets

Plasticland, c’est le nom du gigantesque parc d’attraction que le mélomane milliardaire Muru Michoyii a décidé de faire construire en 2020 sur le 7e continent, cet amas de plastiques et d’emballages qui se sont agrégés dans le nord de l’océan Pacifique pour former une énorme plaque dont la taille ferait déjà six fois celle de la France. 

" Nous comptons sur la pleine liberté des visiteurs pour permettre à Plasticland une expansion exponentielle "

Comme l’a ainsi annoncé Michoyii, la politique de ce projet serait de centraliser un nombre gigantesque de consommateurs prêts à acheter en grand nombre des denrées, bien entendu emballées dans des conditionnements tous plus affriolants les uns que les autres, et de n’installer aucun conteneur dans lequel ceux-ci pourraient par la suite s’en débarrasser.

Chaque personne arrivant au parc sera expressément invitée à se délivrer des camisoles étriquées du savoir-vivre et de la propreté tyranniquement imposées dans les villes développées, villes qui connaissent d’ailleurs une augmentation effrayante des phénomènes de stress et de dépression. Ainsi, chaque visiteur du parc, en jetant directement l’emballage dans la mer, permettra sans effort ni frais supplémentaire à Plasticland de s’agrandir d’année en année tout en ne pensant qu’à lui-même et à son propre bien-être !

Qui plus est, le climat chaud du pacifique et l’absence d’ombre devraient suffire pour y faire grimper la vente de boissons en bouteille, glaces et autres victuailles.

Des attractions novatrices

La désuète pèche au canard sera remplacée par le concept novateur du "garbage fishing", et celui qui ramènera le plus gros morceau de PVC ou de métal gagnera le droit de se confectionner lui-même un objet-souvenir à partir de celui-ci aux deux grands ateliers ludiques de "sculptuerie" et de "fashionage". Ces ateliers offriront aussi aux enfants créatifs et curieux la possibilité de concevoir eux-mêmes les futurs emballages de leurs produits, en mettant à leur disposition des milliers de choix en perles, paillettes et autocollants.

Une reconstitution grandeur nature du château de Versailles en papier bulle sera érigée au centre du parc d’attraction, donnant aux plus nantis la possibilité, pour 100 000 dollars, d’y séjourner puis de le détruire intégralement avec leurs amis. Le château sera donc régulièrement reconstruit et son ancienne version dégonflée sera jetée à l’eau. Le cure-dent en argent qui sera fourni à chacun des participants de cette plaisante révolution pourra à loisir être conservé en guise de souvenir, ou bien jeté à l’eau, comme gracieuse contribution offerte pour la pérennité du parc.

Seront remis au goût du jour les arts divinatoires, puisqu’à l’image des haruspices étrusques qui lisaient aux temps anciens le destin dans les viscères du noble gibier ou de l’innocente chèvre,  les devins de Plasticland n’auront qu’à plonger nonchalamment la main dans l’eau pour y dénicher de quoi établir des prédictions pour les prochains siècles, voire les prochains millénaires.

Un haut lieu culinaire

Le touriste pourra calmer une fringale éventuelle en savourant la spécialité locale, le "fish and rubbish", version revisitée du délicieux fish and chips britannique par le fameux chef étoilé Gustave Lamproie. Il se délectera également des spécialités proposées par le restaurant gastronomique : bouillabaisses, paëllas, assiettes d’huitres et de crustacé, tartares de saumon et de thon, sushis de première fraicheur. Il est tout de même vivement conseillé aux estomacs fragiles de se prémunir contre la tourista, le climat tropical et la fermentation des matières animales et non animales dans l’eau environnante ne leur garantissant pas à 100 % la chance d’en réchapper.

Un voyage initiatique

Parmi les innovations qui feront de Plasticland the place to be,  la plus originale sera le voyage, véritable périple initiatique, qu’il faudra faire pour y parvenir. En effet, les visiteurs devront mériter leur droit d’entrée au parc en s’y rendant, depuis les rivages environnants, en bouée-canard, en canot gonflable ou en pédalo. Chacun sera équipé en fonction du tarif du billet qu’il aura préféré prendre. Il aura effectivement le choix entre une formule "même pas peur" (la moins chère), une formule "bon nageur" (la moyenne) et une formule "poule mouillée" (la plus onéreuse).

Ceux-qui ne survivront pas à la traversée auront l’honneur de voir figurer leurs noms parmi ceux des autres fondateurs affichés à l’entrée de ce royaume du divertissement échevelé.

 

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