Un observatoire enregistre un niveau record de gaz carbonique

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L’observatoire du Mauna Loa, à Hawaï - construit en 1957 par Roger Revelle et Charles Keeling à l’occasion de l’année géophysique internationale pour mesurer le niveau de concentration en gaz carbonique de l’air - vient de déclencher le signal d’alarme. Pour la première fois depuis le début des mesures de la concentration de ce gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la barre symbolique des 400 ppm (parties par million de molécule d’air, hors vapeur d’eau) a été franchie.

Seuil historique, mais aussi scientifique, puisqu'il sert dans les simulations du futur climatique de la planète, la barre des 400 ppm a été dépassée le 9 mai 2013. Christiana Figueres, représentante en charge du climat à l’ONU, déclare que "Nous sommes entrés dans une nouvelle zone de danger" : en effet la concentration de l'atmosphère en particule de CO2 est liée au réchauffement climatique de façon quasi-linéaire. Or, les experts en climatologie estiment que la hausse de ces émissions de CO2 provoquerait un bouleversement climatique si elle se poursuivait sur le même rythme jusqu’en 2100.

La concentration mesurée en temps réel à Mauna Loa atteignait 320 ppm en 1960, et on estime que cette concentration était d'environ 280 ppm avant la révolution industrielle. La température moyenne de la planète risque de s'élever de 4 à 6,1°C plus haut qu’avant la révolution industrielle. Les experts en climatologie des pays signataires de la convention-cadre sur les changements climatiques de l’ONU estiment que dépasser les 2°C de hausse nous ferait entrer en zone dangereuse. Mais pour contenir la hausse de température moyenne de la planète à moins de 2°C ou 1,5°C par rapport au niveau préindustriel, comme le recommandent les experts, il faudrait arriver à réduire de façon drastique nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui n'est pas encore fait.

  

Un consensus international sans mesures contraignantes

Or, s'il est admis que tous les pays doivent faire face de manière urgente à cette menace grave et potentiellement irréversible de changements climatiques, aucun accord juridiquement contraignant n'a été adopté jusque là et les Etats-Unis, qui font de la résistance depuis la signature du protocole de Kyoto en 1997 (qu'ils n'ont toujours pas ratifié), ont réussi à empêcher que tout nouvel accord le soit. Le Canada, signataire en premier lieu, est sorti du protocole de Kyoto le 12 décembre 2011, soulevant au passage une vague de protestations de la communauté internationale et des ONG. Les Etats-parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont réunis fin avril à Bonn (Allemagne) pour négocier les mesures de lutte à adopter, dans un contexte où les émissions de gaz à effet de serre sont de nouveau en hausse.

Depuis cinquante ans, les émissions humaines pilotent l’évolution du climat. Déjà, les températures moyennes ont atteint les plus hauts niveaux connus depuis dix mille ans. La température des océans provoque la dilatation thermique et la fonte des glaces continentales qui, constituées d'eau douce, ont de plus graves répercussions sur la montée des eaux. Un autre danger nous guette, l'hydrate de méthane, du fait qu'une grande quantité de méthane, un gaz à effet de serre, est emprisonnée dans la glace au niveau des pôles, et avec le réchauffement et la fonte de cette glace, celui-ci se retrouve dans l'atmosphère et vient accentuer le réchauffement climatique. Un cercle vicieux, qui nous force à prendre conscience d'à quel point il y a urgence à changer de mode de consommation : même sans activité humaine, le réchauffement planétaire se poursuit. La science peut-elle encore faire quelque chose pour éviter la catastrophe climatique ?

  Carte des émissions de gaz carbonique cumulées sur la période 1850-2005. Source : Enescot/Wikipédia



Sources : Libération, ONU (Service d'information et d'actualité)