Pannes, problèmes techniques… que faire contre l'obsolescence programmée ?

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Ces derniers jours, et ce sous l'impulsion d'un article paru sur le blog du Monde SOS Conso, l'obsolescence programmée – idée selon laquelle la durée de vie des produits serait volontairement réduite par les constructeurs de façon à vendre davantage – a fait l'objet de nombreux et houleux débats. Mais tandis que le thème est plus que jamais au centre de l'actualité,  y a t-il des solutions ou des outils à disposition des institutions publiques ou des citoyens pour faire en sorte de ne pas endurer cette obsolescence ?

L'obsolescence programmée, c'est quoi ?

D'abord, il est important de faire la différence plusieurs genres de "désuétude planifiée". En s'appuyant sur un rapport d'information (émis par la mission d'information sur la gestion durable des matières premières minérales au nom de la Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire), cinq types d'obsolescence se dégagent :

- l'obsolescence indirecte, qui découle de l'impossibilité pour un produit d'être remis en état compte tenu de l'absence des pièces détachées nécessaires. Cette situation se présente notamment lorsque l'on perd le chargeur d'un appareil et qu'on ne parvient pas à retrouver le modèle en question, ce qui nous oblige alors à acquérir un nouvel appareil ;

- l'obsolescence d'incompatibilité, qui se concrétise par exemple lorsque la mise à jour d'un système d'exploitation rend incompatible un logiciel informatique qu'il était jusqu'alors possible d'utiliser ;

- l'obsolescence esthétique, stratégie marketing reposant simplement sur le fait de créer inlassablement de nouveaux canons esthétiques à chaque nouvelle génération de produit de façon à rendre obsolète le précédent dans l'inconscient des consommateurs, alors qu'il n'est pas dépassé techniquement ;

- l'obsolescence de fonctionnement – sans doute la plus connue du grand public –, qui consiste en la conception de produits dont la durée de vie est programmée (en nombre de cycles, à l'instar de l'électroménager notamment) ;

- l'obsolescence de service après-vente, stratégie visant à amener le consommateur – entre autres découragé par le manque de réactivité du service après-vente (SAV) – à renouveler son appareil plutôt que le faire réparer.

De son côté, l'Agence de l'environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (Ademe), à travers un rapport publié en août 2012, parlait quant à elle d'obsolescence conjoncturelle des produits, notamment relative à des motifs techniques (ex : apparition d'incompatibilités), des motifs économiques (ex : coût de stockage des pièces de rechange), des motifs réglementaires (ex : passage de l'analogique au numérique supposant un changement de téléviseur) ou encore des décisions de consommation (ex : évolution des produits, de la mode, etc.).

Autrement dit, l'Ademe identifie deux types d'obsolescence : l'obsolescence fonctionnelle ou lorsqu'un produit ne répond plus aux usages souhaités par le consommateur, et l'obsolescence d'évolution, à savoir quand le produit ne répond plus aux envies – en termes de design notamment – des utilisateurs. Reste que ces nombreuses variables pour définir un seul et même ensemble montre bien sur la nécessité de mettre en place prochainement des mesures spécifiques adaptées à chaque dimension de l'obsolescence.

Comment les institutions comptent lutter contre l'obsolescence

Bien qu'il soit quelque peu trompeur et réducteur de réduire l'obsolescence programmée à un vaste complot organisé d'industriels, n'en demeure pas moins que les innombrables anomalies des produits – par ailleurs peu durables – devraient prochainement amener les institutions à se pencher sur le sujet. D'autant plus que la question centrale – ô combien dramatique cependant – n'est pas seulement l'environnement, mais aussi le pouvoir d'achat, de nouveau à la baisse en 2013.

Jean-Vincent Placé (EELV), président du groupe écologiste au Sénat voit dans l'obsolescence programmée  les limites de notre société de consommation. Raison qui l'a amené à émettre une proposition de loi mardi 23 avril, entre autres débattue avec Benoit Hamon. Objectif affiché : améliorer la durée de vie des produits en augmentant la garantie légale de 2 à 5 ans d'ici 2016.

La proposition prévoit aussi de faire en sorte que les pièces détachées des appareils soient plus facilement accessibles aux consommateurs pendant dix ans. D'autre part, elle espère renforcer l'information du consommateur à travers des notices de réparation et des détails sur le recyclage. En outre, la proposition de loi souhaite permettre des actions en justice – et notamment des actions de groupe – en donnant une définition du délit d'obsolescence programmée.

À noter qu'au niveau européen, quelques directives contribuent indirectement à lutter contre l'obsolescence programmée, en incitant notamment les constructeurs à concevoir des produits dotés de piles et accumulateurs amovibles et façonnés dans la logique de l'écoconception. De son côté, le Conseil économique et social européen rédige en ce moment un avis qui pourrait potentiellement entrainer la mise en place de nouvelles directives à la Commission et au Parlement européen.

Et au niveau des citoyens : des solutions pour ne pas tomber dans le panneau

S'il faudra néanmoins s'armer de patience avant de voir ces législations appliquées, reste que des solutions – accessibles à tout un chacun – peuvent permettre d'éviter l'obsolescence programmée.

D'une part, il est impératif lorsque vous comptez faire l'acquisition d'un produit, de vous renseigner sur les conditions de fabrication de ce dernier, une façon par ailleurs de vous informer sur la qualité de celui-ci. Et si toutefois vos économies vous le permettent, dépensez un peu plus que prévu, la durée de vie n'en sera a priori que meilleure.

Lancé en 2012, le site internet garantie5ans.com permet de faciliter la recherche de produits dont la garantie d'origine est longue (5 ans). Invitant les consommateurs à prendre du recul sur leur façon de consommer, le site CommentRéparer.com – qui se propose d'aider les internautes bricoleurs à trouver des solutions pour réparer leurs appareils – est quant à lui une véritable mine d'or, à l'instar du site ifixit.

Si vraiment votre appareil est en panne et que votre service après vente n'est pas en mesure de vous donner satisfaction, n'oubliez pas de vous tourner vers les pros de la bidouille que sont les FabLab ou encore les HackLab. D'ici quelques années, certains spécialistes considèrent que la solution sera à trouver du côté des imprimantes 3D – notamment lorsqu'il s'agira de changer une pièce défectueuse.

Et si vraiment vous préférez éviter les mauvaises surprises en matière d'électroménager, vous pouvez aussi vous tourner vers le service Lokeo, premier site internet en France à offrir des solutions de location d'électroménager et d'image/son/multimédia. Livraison, SAV, reprise du produit en fin d'usage et bien entendu recyclage, la société, filiale du groupe Boulanger, s'occupe de tout. Dans un autre genre, les sites Zilok et E-Loue permettent quant à eux d'emprunter les appareils dont on a besoin.

Enfin, pensez aussi à trier ou revendre les choses que vous jugez inutiles. Et si vous souhaitez à votre tour vous mobiliser contre l'obsolescence programmée, pourquoi ne pas jeter un œil sur cette pétition lancée par Avaaz le 23 mars 2013.

Sources : Le Monde, assemblee-nationale, ademe, 20minutes, Lci