Peut-on dire ce que l'on veut sur les réseaux sociaux ?

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Facebook et Twitter sont dans le collimateur de la justice. Certains internautes se sentant tout puissant derrière leur écran, diffusent des messages qui bien souvent dépassent les bornes et qui, de surcroit, ne sont pas modérés ou supprimés par administrateurs des réseaux sociaux. Tweets racistes, photos sexistes, appels au viol ou au meurtre, les réseaux sociaux sont dépassés, et doivent désormais collaborer avec la justice, pour revoir totalement leur fonctionnement, leurs règles, leur sécurité.

On pourrait être tenté de dire que, quel que soit le message diffusé sur internet, il appartient à son auteur et est protégé par la liberté d'expression. Mais ce serait se tromper. En s'inscrivant sur ces réseaux sociaux, l'utilisateur signe une charte de bonne conduite à travers laquelle il promet sur son honneur de ne pas mettre en ligne certains contenus. De plus, les contenus appartiennent au réseau, et l'utilisateur en est responsable. Nuance à garder en tête.

Peut-on, peut-on pas… où commence la ligne rouge ?

Facebook ne prend pas à la légère ses codes de bonne conduite et de nombreux journaux ou musées ont vu leurs photos être tout bonnement supprimées, jugées trop violentes ou pornographiques. Pourtant, ce même réseau laissait circuler librement la vidéo d'une femme se faisant décapitée sous le prétexte de témoignage sur le "monde dans lequel nous vivons".

Alors pourquoi supprimer des photos de journaux ? Près de 300 millions d'images étant mises en ligne chaque jour, il est impossible de faire un tri pertinent des photos. C'est donc un robot qui supprime ce qu'il détecte comme étant contraire aux règles du site. Évidemment, certains contenus passent à travers les mailles du filet…

D'autres groupes condamnent les jeunes filles magrébines pour des raisons variées

Twitter et Facebook : nouveaux repaires du racisme ?

Avec l'extrême liberté dont jouissent les utilisateurs des réseaux sociaux, toutes les dérives possibles ressortent, sans aucune modération ni contrepartie. Twitter commence à mal vivre la liberté qu'il a offerte à ses abonnés : de nombreux groupes racistes et antisémites se sont emparés des "hashtags" (un mot-clef reliant votre commentaire à une page spécifique), moyen de communication à grande échelle, simple, précis et immédiat. Quoi de plus simple pour communiquer à un nombre illimité de personnes, à travers toute la France, le monde entier ? Des hastags tels que "un juif mort" ou "l'homme noir est inférieur car" sont donc apparu rapidement.

La justice est intervenue, demandant au réseau social de fournir toutes les informations qu'il détient pour que les auteurs des tweets racistes et antisémites soient retrouvés et condamnés, informe Le Figaro.

Sur Facebook, des groupes font la promotion d'actes d'une rare violence, légitimant d'odieux méfaits. L'un d'eux, pour exemple, annonce la couleur de par son titre : "Voila pourquoi les filles indiennes se font violer". D'autres groupes condamnent les jeunes filles magrébines pour des raisons variées, selon les groupes, informe L'Express. Peut-on encore parler de "liberté d'expression" dans ce type de cas de figure ? La réponse est bien évidemment non : il s'agit de véritables incitations à la haine.

La nuance des photos : la limite entre la plaisanterie et la revendication

Des photos de famille, de films, de politiciens, de publicités, de tout et n'importe quoi, sont détournées à l'aide d'une légende. C'est le principe des sites 9Gag.com ou Epic Fail. Les détournements sont de tous types, du remplacement d'un slogan publicitaire à l'humour le plus noir. Des photos utilisées pour des campagnes contre le racisme ou contre le sexisme ont ainsi été détournées afin d'ironiser les comportements violents, et ont été publiées sur Facebook notamment.

Les blagues sur le viol ne sont pas encore considérées comme des incitations à la haine par Facebook. Aussi, certaines photos détournées présentent des filles évanouies, dénudées, entourées de garçons, la légende précisant "les filles adorent les rooffies" (drogue du violeur) ou "à quel âge as-tu perdu ta virginité ?". On y voit très bien la double lecture des photos : il peut s'agir à la fois d'un avertissement aux jeunes filles des dangers des soirées, comme d'une célébration du viol, collectif vraisemblablement.

Des groupes font la promotion d'actes d'une rare violence

Débordements extrêmes : quand la promotion de la violence est tolérée

Dans la même veine, une photo montrant une femme battue et jetée en bas d'un escalier trouve une explication dans la légende : "la prochaine fois, ne sois pas enceinte". Il en va de même : condamnation des maris violents ou promotion des violences perpétrées sur les femmes ?

D'ailleurs, la limite est vite franchie puisque certaines personnes publient des photos sérieuses. Un jeune homme a mis sur un réseau social le portrait d'une jeune fille le visage tuméfié, les yeux en larmes, les lèvres abimées, avec comme explication une description des supplices, justifiés bien entendu, qu'il lui a fait subir.

Aux grands maux les grands remèdes

Alors, le 28 mai dernier, Facebook a déclaré renforcer sa sécurité : l'identité des utilisateurs sera sans cesse reliée au contenu mis en ligne, même au fil des partages. Avec cette technique d'identification, les responsables seront identifiés, et subiront devant le Tribunal les conséquences de leurs actes.

La conséquence immédiate est de se faire assimiler à ce type de groupes, par un "like" étourdi, non volontaire, ou ayant un lien avec ces idées. Une photo que vous auriez pu trouver amusante hier fait peut-être d'ores et déjà partie d'une collection d'autres images violentes.

Sources : Le Monde ; Buzz Feed