Plutôt que prendre des antidépresseurs, faites une tango-thérapie

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La célèbre danse originaire d'Argentine, aux pas pleins de sensualité, serait un médicament de choix d'après le psychologue argentin Frederico Trossero, pour guérir ceux qui ont des problèmes de santé physique ou mentale, comme les phobies, schizophrénie et attaques de panique, ainsi que les personnes confrontées à des problèmes de dépendance. Plus largement, la danse est de plus en plus souvent évoquée comme un remède, un traitement ou du moins une forme d'accompagnement des personnes atteintes de troubles mentaux ou de la personnalité.

Le psychologue argentin a mis en place des ateliers de danse, appelés "tangothérapie" en Argentine. Il s'occupe de toutes sortes d'affections, mais aussi de couples et d'adolescents en souffrance. En se mettant à la danse, c'est non seulement une activité physique, mais aussi un lien social, qui apporte maîtrise, estime de soi et sentiment de compétence aux personnes suivant le traitement. "Le tango peut nous apprendre beaucoup sur nous-mêmes et sur notre rapport à l’autre", relève France Joyal, organisatrice du colloque international "Tango, culture et santé" à l’Université de Trois-Rivières au Québec, et auteure du livre Tango, corps à corps culturel. Cette danse est donc passée du statut de spécialité locale à celui de thérapie de groupe. Sociologues, psychologues, anthropologues et autres se prennent donc de passion pour le tango, dans le prolongement de l'intérêt porté à la thérapie par le mouvement.

La compagnie des Grands Ballets Canadiens de Montréal sont à l'initiative du lancement d'un centre national de thérapie par la danse, dont la création permettra de promouvoir la danse comme outil qui peut favoriser le bien-être, et où sera dispensé un traitement par la danse et le mouvement ainsi qu'une formation à la thérapie par la danse. Sont examinés sous l'angle de la thérapeutique la maîtrise de l’espace, l’esthétique, le sens de l’équilibre, la communication ou les rapports de couples dans les danses, et particulièrement dans le tango, qui réclame à la fois force, souplesse, vigueur et une proximité voire une intimité partagée entre les deux partenaires. Ce qui fait d'ailleurs l'intérêt de cette démarche pour des personnes ayant un rapport compliqué à eux et aux autres. Par ailleurs, les recherches réalisées par l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal auprès de personnes âgées ont montré les nombreux bienfaits de l’exercice sur la santé de leur cœur et de leur cerveau.

Comment se déroule une séance de thérapie par la danse

Le premier bienfait de la danse est d’aider à la socialisation. Le groupe se met en cercle, commence à produire des rythmes et à modifier sa respiration, permettant de créer un lien entre les membres du groupe, ce qui est très utile au début pour se sentir ensemble et chercher la cohésion. Par contre, si on travaille avec un groupe de jeunes filles en dépression, on évite ce cercle humain et on enlève les miroirs habituellement présents dans les studios de danse, afin qu'elles se placent face au mur. Cela va leur prendre de nombreuses séances pour être capables de partager ensemble ce moment de détente, on commence donc en travaillant la respiration. Au bout d'un certain temps, les principes de la danse prennent le dessus, et l'aspect thérapeutique de l'activité de s'effacer pour ne laisser que le plaisir partagé d'une chorégraphie exécutée en groupe.

Il n’y a pas de recette unique : il faut adapter la séance de thérapie à ceux qui font cette démarche. Les techniques ne sont pas une fin en soi, il s’agit plutôt de comprendre qui est l'interlocuteur et quels sont ses besoins propres. Il peut s’agir d’un complément de soins en intégrant la danse au traitement global de l’individu, ou d'une démarche initiée par le patient atteint d'un symptôme particulier, qu'il va chercher à supprimer par le mouvement. Ce peut être aussi simple que des exercices de respiration ou des postures, ou des mouvements de groupe en rythme. Le tango, dans une optique de thérapie, peut permettre à la personne de ressentir un frisson ou une sensation de contentement qui provient d'un neurotransmetteur à la fois calmant et favorisant l’attachement, l'ocytocine, libéré par le contact avec un partenaire. Le tango combine de nombreux bienfaits sans que les gens s’en rendent compte : raison de plus pour en commencer l’apprentissage. Sans compter que l’activité physique régulière raffermit les muscles, améliore l’équilibre et entretient la santé mentale.

  Sylvia Gerbi et Diego Amado (et au bandonéon : Gilberto Pereyra) lors du concert "Tango Aravi"

Sources : Agence Science Presse (Canada), Huffington Post