Pourquoi on avance mieux quand les voitures roulent moins vite

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Samedi 10 août, en milieu de journée, il fallait compter pas moins de 700 kilomètres de bouchons cumulés, sur les routes françaises. Mais y a-t-il une solution pour résoudre ce genre de phénomène ? Pas vraiment, si ce n'est d'étaler les départs et les retours, le tout n'étant finalement qu'une question de physique et de mécaniques des fluides, pas toujours fluides… Quoiqu'il en soit, une fois la circulation dégagée, beaucoup semble penser que la meilleure solution pour arriver plus vite est de rouler plus rapidement. Grossière erreur, d'après un rapport américain, car pour aller plus vite, il suffirait en vérité de ralentir. Une bonne façon, en tout cas d'éradiquer les bouchons.

Combien de conducteurs, cet été, sur les routes de France et partout ailleurs, à rager contre "le crétin de la file de gauche" qui ralentit tout le monde ? Beaucoup trop, si l'on en croit de nombreux automobilistes échaudés. Pourtant, contrairement aux idées reçues, rouler plus vite et passer son temps sur la file de gauche ne fait certainement pas gagner du temps. Cela favoriserait même la création d'embouteillages, comme le met en évidence un rapport américain découlant du programme "rolling speed harmonization" (harmonisation graduelle de la vitesse).

L'I-70, un axe routier particulièrement vital dans le Colorado, est de plus en plus embouteillé. Dès que le cap de 1 100 véhicules par heure pour chaque sens est atteint, des véhicules de patrouille autoroutière circulant par deux tous feux allumés, font baisser artificiellement la vitesse à 90km/h, là où les voitures et les camions peuvent respectivement circuler en temps normal à 110 et 50km/h.  Dès lors, il n'est plus possible pour les automobilistes de s'adonner aux slaloms furieux, et adieu les brusques apparitions de feux stop.

Ce dispositif, comme le souligne un rapport de Transportation Research Board (TRB), vise à harmoniser la vitesse en faisant respecter les limitations et en réduisant la différence de vitesse d'un véhicule à l'autre. Un mécanisme qui permet ainsi d'augmenter fortement le débit de véhicules sans pour autant agrandir la dimension de l'autoroute. Il faut savoir en effet – concept de circulation de base de l'ingénierie – qu'un différentiel de vitesse trop important entre les voitures est dangereux. D'après le "livre vert", sorte de bible de l'American Association of Surface Highway Transportation Officials, "les accidents sont davantage liés aux écarts de vitesse, de la plus rapide à la plus réduite, qu'à la vitesse tout court".

Toutes les études montrent d'ailleurs, et ce quelle que soit la vitesse moyenne sur l'autoroute, que plus un automobiliste s'éloigne de cette moyenne, plus le risque d'accident est élevé. Mais quant à l'idée selon laquelle augmenter la vitesse moyenne pour tout le monde permettrait de rendre la route plus sûre, rien n'est moins vrai. Dans le cas de l'I-70, par exemple, où une importante file de véhicules a dû s'arrêter soudainement – leur vitesse est donc de 0km/h –, plus les voitures roulent vite, plus le différentiel est conséquent, de même que le danger.

Comme du riz dans un entonnoir

D'ailleurs, les résultats des voitures de patrouille d'autoroute chargées de régler l'allure des véhicules en cas de mauvais temps, notamment pour éviter les carambolages en chaine et les accidents, aux États-Unis, le prouvent. Alors que le principal objectif de la patrouille de l'État du Colorado, baptisée Snow Tortoise, était la sécurité, ses actions ont permis d'atténuer les embouteillages, mais aussi d'éviter les accidents (pas un seul n'a été enregistré durant cette période) et les bouchons. Dans le même temps, le nombre de véhicules circulant sur le même tronçon à un instant donné a fortement augmenté. Principale clé de cette réussite : l'introduction de zones de réduction du nombre de voies. C'est la célèbre technique du riz dans l'entonnoir : plus on verse le riz lentement, plus il coule vite dans le goulot.

Ainsi, l'idée du programme du Colorado pour améliorer la circulation ne serait non pas d'imposer des limitations de vitesse fixes et des infrastructures statiques en laissant les automobilistes se débrouiller mais plutôt d'adapter la circulation en fonction des changements de situation (zone de travaux, embouteillages, etc.). À noter que de nombreuses études démontrent que l'introduction de limitations de vitesse variables, qui s'adapteraient aux conditions de trafic, pourrait réduire considérablement les risques d'accident et fluidifier la circulation. Autre donnée non négligeable : d'après les ingénieurs de la circulation, lorsque les voitures roulent à 90 km/h sur un tronçon d'autoroute donné, il en passera nettement plus que si elles roulaient à 140 km/h. De quoi remettre en question les raisonnements hâtifs des automobilistes pressés.

Sources : Transportation Research Board, Denverpost, Slate