Pourquoi se souvient-on plus facilement des visages que des noms ?

Article mis à jour le 

Terrible sensation lorsque l'on croise une personne, qu'elle nous sourit, nous met la main sur le bras et nous demande les nouvelles depuis la dernière fois. Elle se rappelle de votre nom, bien évidemment, et vous, impossible de mettre la main dessus. Même si vous l'avez sur le bout de la langue, il rechigne à sortir, et vous jonglez avec les formules pour éviter d'avoir à le prononcer, avant de vous précipiter vers n'importe qui à même de vous renseigner. Sachez que cette situation, très commune, est naturelle et neuronale.

Si certains ont une mémoire à toute épreuve, sachant restituer sans aucun problème le nom d'une personne, pour d'autres - la majorité des gens - la tâche n'est pas si facile. Et pour cause : ce n'est pas naturel pour l'Homme.

Nous avons la mémoire des hommes préhistoriques

En effet, d'après une étude des scientifiques de Bristol, avant que l'Homme ait le langage et une communication commune aux différentes peuplades qui l'entouraient, il se repérait grâce au visage, tout bêtement. Eh oui, car le visage recèle mille et un petits détails dont la combinaison est unique : ce rictus, cette ride, cette "expression" finalement. Tant et si bien que les noms de famille (comme les prénoms d'ailleurs) sont nés des descriptions physiques de la personne : Leroux, Lebrun, Legros… Puis l'on s'est servi des caractéristiques des gens en question : Dupont, Legendre, Dubois…, évoquant quelque chose de visuel.

Notre mémoire est donc naturellement optique. On peut se rappeler de quelqu'un et le visualiser, peu importe son nom. C'est pour cela que l'on parle du "méchant" d'un film, alors que l'on a entendu son nom des dizaines de fois. C'est aussi pour cela que, généralement, vous avez un concept, une forme, un endroit en tête, mais le mot vous manque.

L'image, qu'il s'agisse d'une personne ou d'un animal, sera toujours la même quelle que soit la langue, au contraire du mot. Et bien que le nom propre soit inchangé d'une langue à une autre, il reste, pour notre cerveau, un simple mot, une information auditive. En effet, le nom n'est qu'un mot froid, renvoyant à plusieurs images : combien de Marie ou de Thomas connaissez-vous…? Ce mot "marie", vide de sens, ne prendra vie qu'avec l'image à laquelle il renvoie.

combien de Marie ou de Thomas connaissez-vous…?

Le cerveau est plus sensible aux images

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont étudié le fonctionnement du cerveau humain, et particulièrement la zone concernant la mémoire. Celle-ci est traitée par 3 zones du cerveau, bien connues des médecins. Or, elles ont toujours été abordées individuellement. Pour cette étude, les docteurs Clea Warburton et Gareth Barker ont eu l'idée de les observer toutes trois simultanément. L'une d'elle, le cortex périrhinal, semble jouer un rôle majeur dans la reconnaissance de nouveauté.

C'est elle qui s'occupe de déterminer si ce que vous voyez est nouveau ou non, tandis que l'hippocampe gère l'espace, et le sens de l'orientation notamment. Le cortex préfrontal, enfin, est associé à des fonctions supérieures. Ainsi, lorsque vous cherchez vos clefs, l'une des zones se souvient de l'objet en question, l'autre de l'endroit et enfin la troisième s'occupe de trier si le souvenir que vous avez est bien le plus récent. Si l'on coupe la connexion entre les trois, la mémoire est handicapée. C'est le cas de nombreuses maladies neuronales type Alzheimer.

Le docteur Clea Warburton explique que "parmi les 3 zones de la mémoire, notre cerveau a davantage sollicité le cortex consacré au traitement des informations visuelles par rapport à celle de nos autres sens. Nous sommes programmés pour être l'encodage et la récupération de l'information visuelle beaucoup plus que l'information auditive". Il y aurait même un espace dans le cerveau spécialement dédié à la reconnaissance faciale ! En revanche, l'information nominative, elle, se dirige dans une zone différente. Et lorsque vous revoyez quelqu'un, toutes les connexions visuelles se font immédiatement, mais la synchronisation avec la zone qui a stocké le nom, se fait plus lentement…

En d'autres termes, lorsque vous revoyez quelqu'un, vous êtes capable de dire quand vous l'avez rencontré pour la première fois, à quel endroit et surtout à quel moment de la soirée (avant ou après avoir parlé a telle autre personne…). Pour le nom, il faudra travailler sa mémoire. Enfin, Warburton précise qu'il ne s'agit pas d'un défaut de mémoire mais d'attention : l'information est bel et bien stockée finalement. Mais lorsque le nom est prononcé, cela ne dure qu'un très court instant, au contraire du regard qui sera toujours plus long.

Nous sommes programmés pour être l'encodage et la récupération de l'information visuelle

Sources : FridayScience ; Compte rendu de l'université de Bristol