Quand le RER A saute des arrêts pour respecter les horaires

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Les lignes de trains de banlieue parisienne, particulièrement celles des RER A et B, sont déjà connues pour leurs retards fréquents, et leurs grèves paralysantes. Désormais, on s'en souviendra aussi pour les trains qui ne s'arrêtent pas aux gares prévues, quand ils sont en retard. Pas sûr que cela règle le problème.

La RATP s'est vue rappelée à l'ordre par le président du Syndicat des Transports en Île de France (STIF) Pierre Serne et par celui de la région Île de France Jean-Paul Huchon au sujet du respect des arrêts prévus par les trains circulant sur le réseau du RER A. En effet, selon la radio Europe 1, les conducteurs officiant sur ce réseau ont pris l'habitude de sauter un ou deux arrêts, normalement desservis, en cas de difficultés (retards dus soit à des accidents voyageurs, ou plus souvent à des problèmes matériels). La raison évoquée par la radio est que la RATP est soumise, par le contrat qui la lie au STIF, propriétaire du réseau, à une obligation de ponctualité. En cas de retard, elle doit payer au STIF une amende, et si les trains arrivent à l'heure, le syndicat lui verse un bonus

C'est donc une consigne donnée par la direction de l'entreprise de transports publics, de ne pas marquer tous les arrêts en cas de retard, pour permettre à la RATP de toucher son bonus, même si cela doit se faire au détriment des usagers. Ceux-ci ne sont pas prévenus à l'avance, et ils se retrouvent obligés d'attendre le train suivant ou de descendre dans une station qui n'est pas la leur, juste pour permettre à l'entreprise de service public d'atteindre ses objectifs de ponctualité. Selon Cédric, conducteur sur le RER A et blogueur, et bien que celle-ci s'en défende, la direction fait passer la consigne de sauter des arrêts pour rattraper le retard.

Une pratique interdite mais courante

Cette consigne est contraire au contrat d'exploitation qui lie l'entreprise de transports et le syndicat qui possède le réseau. Selon le président du Stif, «Il est demandé à la RATP non seulement d’avoir  des trains à l’heure, mais également de desservir les arrêts prévus d’une ligne, même en situation perturbée, précise-t-il dans un communiqué. Les arrêts prévus doivent donc être respectés par l’opérateur.» Pourtant Cédric, qui est conducteur de trains, témoigne sur son blog de l’existence «très régulière» de cette pratique, mais précise que «nous [conducteurs] sommes nombreux à refuser». Ils déplorent que la direction ne prenne pas de mesures contre ces retards et les arrêts non marqués, qui exaspère les voyageurs du RER A, ligne la plus fréquentée d’Europe, avec 1,2 million de passagers chaque jour.

La RATP, de son côté, se défend d’avoir recours à une telle pratique. «De manière exceptionnelle, il peut arriver qu’un train ne marque pas un arrêt à certaines  stations, mais cela est fait pour fluidifier le trafic, précise la Régie parisienne. Et les voyageurs sont toujours prévenus en avance.» Mais ces explications sont démenties par les informations délivrées par Europe 1 et par les témoignages des conducteurs et passagers. Jean-Paul Huchon, qui est, en sa qualité de président de la région, au sommet de la chaîne de commande du Stif, a déclaré "On est chez les fous !". Le Stif reverse 3 milliards par an à la RATP pour l'exploitation du réseau, ce qui selon l'élu socialiste devrait lui permettre d'avoir un service de qualité

Sources : Europe 1, 20 minutes, blog "Mesdames et messieurs votre attention s'il vous plaît"…