Retour de la farine animale : quels risques pour la santé ?

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La Commission Européenne autorise en France et en Europe l'élevage de poissons à la farine animale, à compter du 1er Juin 2013. Ce mode d'alimentation, créé à base d'animaux morts, est interdit depuis 1997 à la suite de l'épidémie de "vache folle" (plus de 200 morts). Il revient en France pour l'aquaculture et tend à se développer vers les autres secteurs d'élevage. 
Plus de risque pour la santé
 
 
Selon les experts des Etats membres consultés en vue d'autoriser ou non le retour des protéines animales transformées (PAT) dans l'alimentation des bêtes d'élevage, il n'y aurait aucun risque d'une nouvelle propagation de "vache folle". En 1997, quand la Commission Européenne avait interdit toute farine animale dans l'alimentation des ruminants (bovins, ovins, caprins), elle avait élargit l'interdiction à l'ensemble des animaux d'élevage afin d'écarter tout risque de nouvelle crise sanitaire. Cependant, l'ESB (maladie de la "vache folle") étant éradiquée depuis plus de 10 ans, la dernière crise datant de 2002, l'Europe se prononce à nouveau sur le sujet, et déclare la farine animale utilisable sous certaines conditions :
- uniquement pour "non-ruminants" à savoir les porcs, les volailles et les poissons ;
-  et qu'une espèce ne soit jamais nourrie avec les farines animales de son espèce (cannibalisme).
 
 
Des raisons économiques, écologiques et alimentaires.
 
Selon un communiqué de la Commission Européenne "Elle [l'autorisation de la farine animale] améliorera la durabilité à long terme du secteur de l'aquaculture, car ces PAT [Protéines Animales Transformées, farine animale] pourraient être un substitut précieux aux farines de poisson, qui sont une ressource rare". Selon M. Stephan Beaucher, ancien responsable de la campagne "Océans" de Greenpeace France "la farine de poisson est devenue une denrée spéculative cotée en dollars : entre 1996 et 2000, son cours mondial à la tonne est passé de 300 à 1 200 dollars. 300 % de hausse en quatre ans."
 
En plus du prix élevé de la farine de poisson, les poissons d'élevage nécessitent de grosses quantités de nourriture. Ainsi, selon Greenpeace, la quantité de poisson sauvage utilisée actuellement pour nourrir les poissons d'élevage est telle qu'elle contribue à la surpêche, et ainsi à la mort de certaines espèces. "Pour 1 kg de saumon, de bar ou de daurade d'élevage il faut 4 kg de farine de poissons sauvages (hareng, sardine ou maquereau). Ce chiffre passe à 15 ou 20 kg pour 1 kg de thon rouge d’élevage". Car les poissons d'élevage sont bel et bien carnivores, et nourris avec d'autres poissons, sous forme de farine et d'huile.
 
Cependant, le taux de farine représente 15 à 20% de l'alimentation des poissons d'élevage, et l'huile de poisson 10 à 15%, selon le Comité Interprofessionnel des Produits d’Aquaculture. Le reste est constitué de végétaux, vitamines et minéraux. Or le poisson à l'état sauvage mange de tout, et une farine animale variée ne ferait qu'améliorer la qualité des poissons, selon Yann Bellet (taille, taux de graisse et goût). Remplacer la farine de poisson par de la farine de porc ou de volaille permettra de diminuer le taux de surpêche, de protéger ainsi de nombreuses espèces  qui s'éteignent peu à peu, et de produire des poissons de meilleure qualité.
 
 
Les changements dans votre consommation
 
La décision européenne étant controversée, certains changements pourraient avoir lieu dès le 1er juin 2013, dans l'achat de votre poisson. Actuellement, les poissons d'eau douce et d'eau de mer, les poissons d'élevage et ceux issus de la pèche en haute mer, sont séparés à la vente, et leur provenance est indiquée. Ainsi, le type d'alimentation des poissons pourrait être un nouveau critère de distinction à la vente. Un label "nourris avec farine animale" pourrait voir le jour, pour que le consommateur sache "si le poisson qu'il achète a été ou non nourrit à la viande", explique la ministre française de l'écologie.
 
Dès 2014, la farine animale pourrait servir d'alimentation aux porcs et aux volailles, pour enrichir l'alimentation du reste des animaux d'élevage, tout en respectant le "recyclage entre espèce", c'est-à-dire en prohibant le cannibalisme. Ainsi, les volailles seront nourries de viande porcine, et les porcs de farine de volaille. La levée d'interdiction ne concerne cependant pas les ruminants, qui n'entrent pas dans le programme de farine animale : ils n'en ingèreront pas, et ne serviront pas à en fabriquer.