La solitude est responsable de nombreuses pathologies mortelles

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La relation étrange entre "relations sociales" et "santé" a toujours été supposée importante, sans être vraiment comprise. Psychologiquement, l'impact est indéniable, et les études sur le sujet sont nombreuses. Physiquement, des liens théoriques avaient été trouvés lors de précédentes recherches, notamment celles de Cacioppo. A l'ère des relations virtuelles, Lisa Jaremka, approfondit les résultats de Cacioppo en explorant le fin fond de l'être humain pour observer les conséquences de l'isolement. Résultat : la solitude serait une cause de décès en influençant notre organisme.
 
John Cacioppo, chercheur à l'Université de Chicago, mène depuis les années 80 différentes études  sur l'Homme et ses émotions. Ses premiers résultats prouvent que la solitude n'est un état ni temporel ni spatial mais psychologique et social. Aussi, le solitaire sera seul partout, et plus il y aura de monde, plus il réalisera qu'il est seul, se mettant en marge de la société. Aussi, il déprécie les relations humaines, les ressent immédiatement comme négatives, lui renvoyant sa propre situation. Mais il est dans un cercle vicieux, car il se blâme lui-même de ne pas connaitre d'autres personnes. Conséquence : il lui semble insurmontable de provoquer une relation, et lorsque cela arrive, il lui est difficile de l'entretenir.
 
Les conséquences psychologiques et physiologiques
 
La solitude a un impact sur le cerveau et modifie l'interprétation du monde qui entoure l'isolé. En 2008, Cacioppo fait passer à 23 étudiantes un test en IRM pour observer les activités cérébrales face à des visages souriants. Le visage souriant provoque une réaction immédiate dans notre cerveau : lorsqu'une personne vous sourit, c'est qu'elle est heureuse de vous voir ou satisfaite de vous. Le sourire est "contagieux" car il rassure, et le corps se détend. Or face à ce sourire, le système nerveux du solitaire réagit peu ou pas.
 
La deuxième expérience significative consiste à faire lire des mots écrits en couleur à des cobayes et leur demander la couleur du mot. Les solitaires avaient un temps d'hésitation supérieur aux autres lorsqu'il s'agissait de mots négatifs socialement ("isoler" "seul" "abandonné"…), prouvant qu'ils se sentent visés et interprètent les signaux extérieurs.
 
un enfant est isolé de ses camarades
 
Les conséquences physiques
 
Les solitaires présentent un taux élevé d'adrénaline, réponse à un état constant de défense : l'homme, animal social, est fait pour vivre entouré. Un animal jugé néfaste à la meute est abandonné et développe davantage son système de défense. Comme pour le solitaire, qui se sent rejeté. Ainsi, l'adrénaline augmente et le taux de globules blancs en est modifié.
 
Lisa Jaremka, en collaboration avec des chercheurs de l'Ohio, mène une expérience mettant des volontaires en situation de stress (un discours improvisé devant public et exercice de calcul mental devant caméra et public), pendant lesquels leur sang était analysé. Le taux de cytokines est plus élevé chez les personnes seules. Cette protéine est responsable de la santé du système immunitaire, mais lorsque son taux est trop élevé, on observe une inflammation, qui favorise le diabète de type 2, l'arthrite, l'Alzheimer ou des maladies coronaires. Les répercutions sont nombreuses notamment sur le sommeil : les solitaires sont souvent fatigués, dorment plus, mais d'un sommeil moins réparateur car même la nuit, ils restent sur leur gardes. Au réveil, leur corps est un peu plus épuisé. Ainsi, la solitude dérègle l'organisme, qui se fatigue, et contracte alors de graves pathologies qui peuvent être mortelles.
 
un jeune dort sur son bureau, en cours
 
Quelques conseils pour lutter contre l'isolement
La méthode EASE de Cacioppo, qui a pour but d'éviter ou de briser l'isolement,  se décline en quatre étapes:
 
1. Extend yourself (Sortir de chez vous)
Brisez votre routine, elle est nocive. Inscrivez-vous dans des activités inhabituelles. Le but n'est pas de "servir à quelque chose" mais d'ouvrir de nouveaux horizons.
 
2. Action Plan (faites-vous un programme)
Dans les activités choisies, préférez celles qui vous correspondent. Ce n'est pas parce que la danse est plus "populaire" ou "chaleureuse" que vous y ferez des rencontres de qualité, si ce n'est pas un environnement qui vous met à l'aise.
 
3. Selection (ne subissez plus)
Choisissez vos amis et vos centres d'intérêt. L'erreur serait de changer sa personnalité et ses centres d'intérêts pour quelqu'un. Vous n'aurez de véritable relation qu'avec des gens qui vous ressemblent et avec lesquels vous êtes à l'aise. Aussi, ne subissez plus les relations, ne vous dépréciez plus en faveur de gens "mieux".
 
4. Expect the Best (exigez le meilleur – soyez positif)
Comme tout le monde, vous méritez le meilleur. Et pour cela, il faut être optimiste et s'obliger coûte que coûte à toujours trouver un coté positif aux choses. Un homme qui survit à un accident aura le choix de continuer sa vie prétendant n'avoir que des tuiles, la preuve, ou avoir eu de la chance dans son malheur. Cette vision des choses n'est ni instinctive, ni innée, c'est un travail quotidien qui porte rapidement ses fruits.
 
verre à moitié vide ou à moitié plein ?
 
Sources : Etudes de J. Cacioppo sur les relations Solitude et Santé  et Solitude et Dépression ; Etude de Lisa Jaremka sur les impacts de la solitude sur la santé