[CRITIQUE] Star Wars VII, gant de velours pris dans la fonte

Article mis à jour le 

Capture d'écran du premier trailer de Star Wars : le Réveil de la Force
Capture d'écran du premier trailer de Star Wars : le Réveil de la Force

D’ores et déjà canonisé par le tout venant de la presse internationale, Star Wars : le Réveil de la Force peut se targuer d’un accueil critique dithyrambique. Mais si force est de constater l’aisance - toutefois prévisible - d’Abrams pour rendre hommage aux films originels, ce septième épisode de la saga traîne avec lui une intrigue cousue de fil blanc sans aucune surprise. Critique éclair, garantie sans spoilers.

Inutile de tergiverser : Star Wars VII est d’une efficacité redoutable. Filmés le plus souvent dans des décors réels, ses plans sont superbes et rivalisent avec les prises de vue d’Un Nouvel Espoir, voire avec celles - prodigieuses - de Mad Max : Fury Road. À condition toutefois d’éviter les séances 3D dégradées par une colorimétrie terne due aux lunettes fumées, difficile de ne pas rester admiratif devant le travail d’orfèvre accompli par J.J. Abrams et ses équipes. Tout en veillant drastiquement à ne pas changer d’un iota la formule initiée par les films de 1977, 1980 et 1983, le protégé de Steven Spielberg a par ailleurs aussi conservé les quelques rares bonnes idées appliquées par Lucas dans sa prélogie (dynamique enfantine à la Disney). En découle un space opera reprenant peu ou prou toutes les articulations scénaristiques des épisodes de 1977 et 1980.

L’on retrouve avec le sourire Han Solo, Chewbacca, Princesse Léïa, C-3PO, R2D2 et même Luke Skywalker. Personnages cultes qui passent cette fois le relai à Rey, Finn, BB8 ou encore Poe. Éminemment conservateur, ce septième film de la saga Star Wars se place donc sous le signe de l’héritage. Mais le bonheur de voir à nouveau virevolter le Faucon Millénium, les X-Wing et autres Tie Fighters, la nostalgie avec laquelle l’on retrouve les combats au sabre laser à l’ancienne, s’accompagnent d’une désagréable impression. Passées les quelques minutes d’exultation des premières séquences épiques du long métrage, l’on se dit que tout, absolument tout ce que l’on attendait de ce Star Wars : le Réveil de la force est là - sans exception ou presque. Alors pourquoi bouder son plaisir ? Tout simplement parce que le fait d’assister exactement au film que l’on imaginait sous-tend aussi fatalement un manque cruel de surprise.

Inutile de chercher un semblant d’histoire originale ici : tout a déjà été aperçu dans les mêmes circonstances dans les vieux épisodes, à la différence près qu’une nouvelle génération de personnages a vu le jour. Une chose est sûre : Disney et Lawrence Kasdan ne sont pas allés chercher bien loin pour raviver les frénésies passées. Tout semble à tel point sous contrôle que les ficelles pourtant déjà grossières d’Avatar passeraient comparativement pour de la spontanéité. Oui, mais : il n’est évidemment pas tous les jours question de rentabiliser un investissement de 4,5 milliards de dollars - ceci explique aussi cela. Reste que ce nouveau jalon dans la saga Star Wars s’avère par conséquent des plus solubles dans la généalogie de la série, et à même de plaire au plus grand nombre. De mémoire, rarement film aura soupesé dans pareille mesure le détail le plus insignifiant. Une bonne façon d’éviter la moindre critique négative de la part des fans.

Il n’empêche : Star Wars : le Réveil de la Force demeure malgré tous ses défauts, et en dépit de personnages pas tous aussi charismatiques qu’on l’aurait souhaité (quid de l’inexistante Phasma et des jérémiades adulescentes de Kylo Ren ?), un divertissement haut de gamme comme on en fait peu. J.J. Abrams n’avait plus rien à prouver depuis Super 8 et le reboot de Star Trek, mais il s’acquitte de sa mission avec brio. Dommage néanmoins que sa liberté acquise sur Star Trek : Into Darkness ne se retrouve cette fois à ce point corsetée dans Star Wars VII. Il s’agit là sans nul doute du prix à payer pour mener pareil navire sous la houlette d’un géant comme Disney. Le créateur de Lost a le mérite de défendre un élément que tout fan de Star Wars qui se respecte ne comprend que trop bien : on ne réinvente pas Star Wars. Gageons que Rian Johnson (Looper) et Colin Trevorrow (Jurassic World) - les deux réalisateurs respectivement en charge des épisodes VIII et IX - parviennent cependant à déconcerter sans trahir.

À noter que Star Wars VII  a signé le quatrième meilleur départ de l’histoire du cinéma au box-office. Sans surprise, une fois de plus...