Que va changer la nouvelle réforme de l'université ?

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L'Université française est régulièrement critiquée, parfois à juste titre, sur l'efficacité et la qualité de l'enseignement qu'on y dispense. L'enseignement supérieur en France, soi-disant, "ne prépare pas à la vie professionnelle", est "trop compliqué, inadapté aux nouveaux arrivants" et a "un taux d'échec élevé". La Ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso présentait le 22 mai à l'Assemblée nationale son projet de loi visant à accueillir au mieux les jeunes et à favoriser le transfert de la recherche vers le secteur privé. Après une semaine de débats, le vote de la loi se tiendra le 28 mai.

Premier objectif affirmé de la loi : accueillir plus d'étudiants en études supérieures pour atteindre un objectif européen d'amener 50 % d'une classe d'âge à un diplôme d'enseignement supérieur (ES). La ministre cite l'exemple de la Corée du Sud, qui a 59 millions d'habitants, et 3,3 millions d'étudiants, alors qu'avec 2,4 millions d’étudiants pour 65 millions d’habitants, la France est loin du compte. Elle fixe l'objectif qui correspond à la volonté européenne : atteindre "3 millions d’étudiants en 2020". C'est notamment pour arriver à attirer plus d'étudiants étrangers que l'article 2 de la loi devrait étendre la possibilité de recourir à l'anglais dans les cours fondamentaux, alors qu'une loi du 4 août 1994 prévoyait que "le français est la langue de l’enseignement", mais qu'on compte déjà 790 formations en anglais, la grande majorité dans les écoles de commerce et d’ingénieurs.

Autre point sur lequel va se concentrer la loi, la réussite en licence. En effet, le taux de réussite en licence en France a régressé de  37 % à 32,5 % (alors que l'Allemagne, par exemple, arrive à 60 % de réussite au même niveau). Les deux premières années à l'université, qui sont mal connues des bacheliers, feront l'objet d'une présentation au lycée par des professeurs du supérieur, qui expliqueront leurs attentes et l'organisation des formations proposées. Celles-ci feront aussi l'objet d'une simplification, afin d'y voir plus clair dans les plus de 3 000 intitulés de licences et 10 000 de masters. Des cours magistraux (aujourd'hui dispensés en amphithéâtre) seront remplacés par des cours en ligne, afin de laisser du temps aux professeurs pour voir les élèves en plus petits groupes.

Regroupements par fusions ou associations d'universités

La philosophie de cette loi, si elle ne revient pas sur l'autonomie des universités mise en place par la loi LRU de 2008, est de rendre l'emploi des moyens de l'enseignement supérieur plus efficaces. C'est pour renforcer ces moyens que la loi va favoriser la diffusion de la recherche et les partenariats avec les petites et moyennes entreprises, et les regroupements d'universités par fusion ou association. En visant de faire diminuer le nombre d'établissements à une trentaine de pôles universitaires et de recherche contre 180 aujourd'hui, la ministre cherche à constituer des "méga-pôles" universitaires, ce qui ne diffère pas vraiment de la loi de 2008, pour permettre de relever neuf "défis" : l'énergie, l'environnement, les technologies de l'information et de la communication, la santé, les sciences humaines et sociales, le spatial, la sécurité alimentaire, la mobilité et les systèmes urbains durables, et le renouveau industriel.

Enfin, l'orientation sera largement réformée, afin de corriger les incohérences entre le lycée et le supérieur, comme le fait que les admis en IUT (filière technologique sélective) sont en bonne partie des lycéens passés par un bac général et les étudiants en première année d'université sont nombreux à sortir d'un bac technologique. Un amendement a déjà réformé les conditions d'admission en classes préparatoires aux grandes écoles, prévoyant que les recteurs d'académies s'assurent que tous les élèves ayant eu de bonnes notes au bac ont bénéficié du droit d'accès à une formation où une sélection est opérée. Très critiquée, cette mesure vise à remplir d'une part les 7 000 places vacantes en prépa, alors que quelques 150 lycées situés en zones défavorisées n'envoient aucun élève dans ce système pourtant considéré comme la meilleure voie d'ascension sociale. Ce dispositif devra être précisé par un décret, qui fixera le pourcentage minimal de places réservées à ces élèves et le niveau des notes requis.

  Etudiants penchés à une fenêtre dans la bibliothèque de l'École des Chartes à la Sorbonne. Source : Zaniol Simone/Wikipédia

Sources : Le Monde, Jactiv (Ouest-France)