Un vaccin contre le sida en test à Marseille

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C'est une nouvelle ère qui commence pour les porteurs du virus du sida. En effet, cela fait maintenant 30 ans que le virus d'immunodéficience humaine (VIH), responsable du sida, a été découvert et aucun vaccin n'existe. Les différents essais dans le monde, pourtant prometteurs, se sont pour la plupart soldés par des échecs. Et les autres sont encore en cours d'étude. Cependant, un vaccin a peut-être été découvert par un médecin français, biologiste au CNRS. Des essais cliniques, afin de vérifier son efficacité, ont démarré à Marseille.

Le 8 avril 2013 à Marseille, 2 personnes recevaient, grande première fois en France, une injection de ce qui deviendra peut-être le tout premier vaccin contre le sida. Le docteur Erwann Loret, père de ce nouveau traitement, a reçu les autorisations le 24 janvier dernier par l'ANSM pour mener des essais cliniques sur humains. Cet essai clinique sert à valider l'efficacité du nouveau vaccin. Pour cela, 3 volontaires seront admis chaque semaine jusqu'à ce qu'il y en ait 48. Pour la première phase de l'étude, les critères de sélection des candidats sont drastiques, et malgré les 2000 volontaires, seuls 30 correspondent au profil-type.

Une étude sur plusieurs années

Les cobayes seront répartis en 4 groupes distincts : les 3 premiers groupes se feront administrer le vaccin, chacun à doses différentes, et le 4e recevra un placébo. Aucun groupe ne saura, bien évidemment, quelle dose il reçoit, et s'il a ou non le placébo. Une injection mensuelle leur sera ainsi administrée, durant 3 mois. Une fois cette première étape déroulée, les participants devront arrêter leur trithérapie durant 2 mois, afin de s'assurer que l'organisme réponde bien au vaccin, et que le virus ne refasse pas une apparition ou une mutation. Si au bout de ces 2 mois, le taux de virus dans le sang est indétectable, le vaccin aura alors rempli les critères mis en place par Onusida. Les premiers résultats sont donc attendus d'ici 5 mois, au plus tôt.

Si tout cela fonctionne, une troisième phase sera lancée, vers 2014 : la vaccination élargie à 80 personnes, représentant un "groupe significatif". Parmi ces 80 personnes, une partie recevra la dose optimale de vaccin, déterminée par la phase en cours, et l'autre un placébo, servant ainsi de groupe témoin. Le vaccin vise une protéine, appelée Tat, qui protège les cellules infectées par le VIH. La protéine Tat empêche donc le système immunitaire de se défendre. Le docteur Loret, père du vaccin, a mis au point une protéine synthétique appelée Tat Oyi, dont la fonction est d'attaquer la protéine Tat. En neutralisant Tat, l'organisme pourrait mieux se défendre, et le malade pourrait diminuer sensiblement la trithérapie, dont les effets sont lourds et contraignants.

Vaccin et seringue

Un vaccin prometteur

Beaucoup d'espoir repose sur ce vaccin, après les différents revers de ces dernières années : en avril dernier, l'essai clinique (HTVN 505) d'un vaccin expérimental contre le sida au Etats-Unis s'est soldé par un échec. Le traitement mené en Thaïlande en 2009, très prometteur avec un taux d'immunisation de 31 % est quant à lui toujours en cours d'étude. Pourtant, un bébé a été soigné du sida, en mars 2013. Difficile pour l'heure, pour les chercheurs, de comprendre pourquoi certains malades répondent mieux au traitement que d'autres.

De plus, les essais effectués sur des singes ont obtenu des résultats très positifs : le vaccin est ainsi parvenu à contrôler l'infection. Il aurait même un rôle préventif. En effet, la protéine Tat Oyi, synthétisée par le docteur Loret, a montré une capacité étonnante à reconnaitre les différentes variations de la protéine Tat. Au lieu de lutter contre la protéine basique, elle parvient d'elle-même à détecter les formes diverses de Tat, s'offrant donc un champ d'action d'autant plus important. Il ne reste plus qu'à savoir si les effets sont aussi bénéfiques sur l'Homme. Le docteur Loret préfère à ce titre rester prudent.

Sources : Universcience ; AFP avec Le Parisien