Le web favorise-t-il la hausse du chômage dans le secteur tertiaire ?

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En période de crise économique, tout ce qui peut faire gagner en productivité est bon à prendre pour les entreprises qui cherchent à maximiser leurs bénéfices. Au contraire, pour les salariés, les gains de productivité menacent directement l'emploi, car ils tendent à faire exécuter par des automates les tâches routinières confiées aux moins qualifiés. Or, aujourd'hui l'automatisation des tâches ne se contente plus de faire perdre leur boulot aux ouvriers, mais s'attaque avec le développement des logiciels aux travaux des "petites mains", voire aux professions intermédiaires, qui requièrent un certain savoir-faire et font vivre des millions de foyers.

Avec les nouveaux environnements de travail (logiciels de gestion, de secrétariat, applications et réseaux sociaux), les travailleurs du secteur des services (les "travailleurs routiniers de l’économie tertiaire") voient leur utilité décliner. Ils risquent d’être les grands perdants de la transformation de l'économie : alors que 60 % des emplois américains sont liés au traitement de l’information, que plus d’un million de secrétaires ont été remplacés par des services en ligne ces 10 dernières années (calendrier, agences de voyage, etc.), c’est une énorme masse de travailleurs aux niveaux de diplôme intermédiaires qui est menacée par le progrès technologique.

Le paradigme de la productivité oppose travailleurs très qualifiés et travailleurs routiniers

Pour les travailleurs les plus compétents et les plus diplômés, ces changements technologiques sont au contraire bénéfiques : ils renforcent la productivité et augmentent la valeur du travail de tous ceux qui maîtrisent leur environnement de travail et en ont une vision globale : créatifs, ingénieurs, chercheurs, responsables marketing. Si vous êtes surdiplômé, vous en profitez, mais si vous faites partie des "travailleurs de routine du secteur tertiaire", vous en faites les frais. Ou bien, si vous gardez votre job, ce sera l’enfer. Par exemple, les manutentionnaires qui travaillent pour Amazon : les logiciels indiquent non seulement à l’employé où aller chercher les produits à envoyer, mais le parcours optimal à emprunter pour s’y rendre, réduisant ainsi à zéro l'autonomie de l'employé, ce qui a pour effet de déshumaniser l'emploi.

Marc Andreessen, un célèbre investisseur de la Sillicon Valley, en a tiré cette conclusion : le marché du travail tend à se diviser en deux pôles : "Les gens qui donnent des ordres aux ordinateurs, et ceux à qui les ordinateurs donnent des ordres". Andreessen va jusqu’à dire que la classe moyenne n’existe plus, et il prédit que les travailleurs du futur devront se couler dans l’épuisante course au maintien de leur "employabilité". Faire preuve de créativité, d’amélioration perpétuelle de leurs compétences et de capacité d’entreprendre, sous peine d'être laissé sur le carreau. Résultat : au lieu de fluidifier les relations de travail et d'améliorer la situation au niveau de l'emploi, Internet pourrait bien accélérer la crise et faire régresser le monde du travail plusieurs décennies en arrière, nous ramenant au problème de la robotisation et à la question : que faire des travailleurs qui ont perdu leur emploi suite à des gains de productivité, et à qui échoit la responsabilité de le faire ?

Sources : Slate, Quartz (en anglais), et Blog du NY Times (en anglais)