Bénitier et les hommes

Gravure représentant un bénitier dans une petite église bretonne
Gravure représentant un bénitier dans une petite église bretonne
Le bénitier n'est pas un objet simple décoratif destiné à finir sur le meuble du salon, ou comme récipient pour l'eau bénite dans les églises. Il sera de plus en plus essentiel à l'homme, car l'aquaculture de plusieurs espèces de tridacninés est maintenant maîtrisée, dans diverses régions de la zone indopacifique.


Le bénitier dans notre histoire et notre culture

Bien que les bénitiers (les 9 espèces de la sous-famille des tridacninés) ne se rencontrent pas dans nos eaux tempérées, nous sommes tous familiers de cet énorme bivalve, leurs coquilles ont depuis bien longtemps colonisé les entrées de nos églises pour offrir l'eau bénite à la main tendue des croyants.

Les bénitiers de Saint Sulpice
Les deux bénitiers de l'église de Saint Sulpice à Paris sont l'oeuvre de Pigalle. Peut être ce sculpteur trouvera t-il là une rédemption au fait d'avoir donné involontairement son nom à un quartier de Paris plus connu par ses relents de débauche que par ses odeurs de sainteté... Les coquillages qui rehaussent les statues avaient été offerts à François 1er en guise de cadeau diplomatique par les doges de Venise.

Des nourritures spirituelles aux nourritures de ce monde
En ce même 16 ème siècle, les voyageurs rapportaient qu'ils existaient en Inde des coquillages si grands, que cent personnes pouvaient faire leurs repas de la chair d'un seul de ces monstres. Un dénommé Foster raconte qu'on en faisait une grande consommation au Moluques, et que pour les enlever il préconisait la méthode suivante : « on enfonce un bâton entre leurs valves quand elles sont ouvertes, en se refermant à s'y attachent fortement et définitivement au point que l'on peut ensuite les arracher ».
Les récits de toutes les époques ne sont pas avares de relation des accidents causés par les bénitiers. Malheur à celui qui, plongeur ou simple coureur de lagons, laissait une jambe dans les « mâchoires « du monstre. Une fois le piège refermé, rien ne pouvait l'ouvrir... A chaque tentative, l'étau se resserrait un peu plus sur le membre broyé du supplicié qui s'éteignait lentement avant de mourir noyé eu quelques minutes s'il s'agissait d'un plongeur, ou en attendant la remontée de la mer et des requins s'il s'agissait d'un promeneur.
En Polynésie, la densité de bénitiers atteint des sommets dans les atolls des Tuamotu de l'Est. A Tatakoto, on compte 544 individus au m² dans certains endroits, en raison de la présence de mapikos, des agrégations de bénitiers, formant de véritables monts constitués à la fois de spécimens vivants et de coquilles vides. C'est très impressionnant à voir. De fait, les bénitiers survivent parfaitement en groupes denses, en raison de leur association symbiotique avec les algues zooxanthelles, qui fournissent par photosynthèse l'essentiel des composés carbonés nécessaires à la survie de l'animal.
Du coup, le bénitier devient un animal idéal pour l'aquaculture, produisant une énorme quantité de chair, et pouvant vivre en agrégats. L'élevage est maintenant lancé dans diverses régions de la zone indopacifique, comme les Philippines, qui élèvent Tridacna gigas, ou justement la Polynésie française, qui n'est pas en reste avec l'élevage de Tridacna maxima. Un grand pas a été franchi en 2003 grâce à la maîtrise de la collecte des naissains, ce qui veut dire qu'on arrive à collecter les larves qui se fixent sur des supports, donnant ainsi les juvéniles. Les bénitiers sont protégés par la Convention de Washington et l'exportation est pour l'instant interdite. L'aquaculture sert actuellement au repeuplement, mais il y a fort à parier qu'elle aura un fort rôle économique dans le futur et que la chair de ce coquillage sera une solution au récurant problème de la faim dans le monde.

Expression
Nous connaissons tous l'expression « grenouilles de bénitiers » qui désignent péjorativement ceux passant beaucoup de temps à l'église. C'est une façon de critiquer la bigoterie. En effet, le terme bénitier désigne tout récipient pour l'eau bénite. Ce n'est qu'ultérieurement que le nom est passe à l'énorme bivalve. Les personnes passant trop de temps devant le dit bénitier sont également accusées d'incessants bavardages, encore une allusion aux grenouilles qui coassent dans leur mare.
De nos jours, les bénitiers abriteraient d'autres créatures bien plus dangereuses que les grenouilles. Ils sont accusés d'être des réservoirs du virus de la grippe H1 N1, ils auraient donc des diables dans les bénitiers...

« Comme un diable dans un bénitier » : l'expression désigne une personne qui s'agite.

Etymologie du bénitier

Bénitier de l’église
Bénitier de l’église
Le bénitier désigne à l'origine n'importe quel récipient contenant l'eau bénite à l'entrée des églises. Mais comme le grand bivalve a été utilise à cet effet, il a été dénommé ainsi. Bénitier vient du vieux français benoitier, dont l'origine première est ewe benëeite pour l'eau benite.

Les synonymes
Le terme directement issu du nom scientifique est tridacne géant pour Tridacna gigas, le plus grand des bénitiers, et on peut appeler tous les bénitiers simplement par le terme « tridacne ». Nous ne donnerons pas tous les noms communs de la zone Indopacifique mais rappelons que le bénitier est appelé « Pahua » dans les îles de la Société et aux Australes et « Kohea » dans les Tuamotu de l'Est.

Conseils de cuisine
Même si on ne peut pas le cuisiner en métropole en raison de l'interdiction d'exportation, le bénitier est largement consommé ailleurs. On notera la recette du Pahua au curry en Polynésie française. Les Polynésiens dégustent le Pahua le plus souvent cru, au lait de coco, ou cuit en curry, mais aussi, tout simplement frit, en salade ou encore cuisiné en soupe. J'ai bien aimé la recette au curry.

Où rencontrer des bénitiers ?

Bénitier dans les eaux d’un lagon polynésien
Bénitier dans les eaux d’un lagon polynésien
La sous-famille des tridacninés ne vit que dans les eaux tropicales mais présente une très vaste aire de répartition qui inclut toutes les eaux chaudes de la zone indopacifique.
L'animal a été surexploité dans la plupart des sites trop proche des populations humaines mais d'importants efforts de repeuplements sont réalisés dans de nombreux endroits de son aire de répartition. Notons que la Polynésie française reste un des meilleurs endroits au monde pour l'observation de ces animaux, qui se rencontrent parfois en masse dans les lagons.


Article réalisé par Arnaud Filleul et Jean-Pierre Fleury.

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