Carnassiers des eaux douces françaises

Un silure pêché et remis à l'eau dans la Seine devant Notre-Dame à Paris ©Arnaud Filleul
Un silure pêché et remis à l'eau dans la Seine devant Notre-Dame à Paris ©Arnaud Filleul
Les eaux douces françaises ne sont pas si douces que cela pour les gardons et autres goujons, elles abritent et nourrissent les brochets, black-bass, perches, sandres et autre silure.


Le brochet (Esox lucius)

Le brochet est le prédateur le plus connu des eaux françaises. C'est un magnifique poisson au corps élancé. Ses mâchoires sont longues et larges, elles forment une sorte de bec aplati extrêmement efficace pour saisir un poisson. Elles sont, en outre, armées de centaines de dents très acérées. La robe, montrant des marbrures ou des taches jaunâtres sur un fond verdâtre, permet un camouflage parfait au sein de la végétation, très utile pour ce chasseur à l'affût. Les nageoires dorsale et anale sont positionnées très postérieurement, cet empennage permettant au brochet de produire une forte accélération. Les nageoires pelviennes sont en position abdominale. Les pores sensitifs des mâchoires sont très visibles. Le brochet appartient à la famille des Esocidés.
La famille des Esocidés comprend 5 espèces de l'hémisphère Nord toutes réparties dans le genre Esox.
Brochet
Brochet
Il fréquente les zones de végétation des étangs et rivières où il sait se dissimuler pour attendre sa proie. C'est un animal solitaire très territorial qui préfère les courants lents et les zones calmes.
Il pénètre les eaux saumâtres de la mer Baltique, sa croissance est d'ailleurs très bonne dans cet environnement particulier. Il a été introduit dans de nombreux pays.

C'est un prédateur capable de consommer une très grande variété de proies, y compris des vertébrés d'assez grande taille comme un gros poisson ou un oiseau.
Les brochets adultes de nos eaux consomment principalement des Cyprinidés (gardon, rotengle, brème, etc.) mais la liste des autres espèces de poissons trouvées dans les contenus stomacaux est longue : chevaine, petit brochet, anguille, tanche, carpe carassin, vimbe, goujon, corégone, vandoise, perche, petit sandre, flet, vairon, perche-soleil, truite et ce ne sont que des exemples.
Le brochet attaque également les grenouilles, les rongeurs, les écrevisses, les oiseaux fréquentant les eaux douces comme les canards et les poules d'eau.

La reproduction se déroule de février à mai, selon la région considérée. Elle a lieu dans des endroits peu profonds, généralement des zones inondées. La disparition de ces zones lors de l'aménagement des rivières est d'ailleurs une des raisons de la raréfaction du brochet.
Les femelles sont accompagnées d'un ou deux mâles, en général plus petits. Une cinquantaine d'oeufs sont libérés et fécondés, puis de nouveau une cinquantaine quelques minutes plus tard, l'action se répète ainsi pendant plusieurs heures.
Les oeufs adhèrent aux végétaux, il n'y a pas de soins parentaux.
Après l'éclosion et la résorption de la vésicule vitelline, les larves se nourrissent essentiellement de copépodes.
Les juvéniles sont très agressifs et une journée sans nourriture suffit pour déclencher un fort taux de cannibalisme.
Lors de sa première année de croissance, un brochet vivant dans un milieu riche peut atteindre la taille de 60 centimètres.
La taille maximale est de 1,50 mètre, et le plus gros brochet connu pesait 35 kilogrammes.

Le black-bass (Micropterus salmoides)

Black bass, également appelé perche truitée
Black bass, également appelé perche truitée
Également appelé achigan à grande bouche, ce poisson a été introduit dans nos eaux. Il est d'origine nord-américaine.
Comme son nom l'indique, Micropterus salmoides possède une bouche très grande, capable d'engloutir n'importe quel leurre.
Le corps est trapu et puissant, la tête est grande. Comme chez tous les Centrarchidés, la nageoire dorsale présente une partie antérieure épineuse assez peu élevée et une composante postérieure à rayons mous plus développée.
Le dos du black-bass est très sombre, les flancs sont verts, de plus en plus clairs en descendant vers le ventre qui est franchement blanc. Une ligne de taches vert foncé parcourt les flancs. La partie postérieure de l'opercule, pointue, est également pigmentée.
Les nageoires dorsale et caudale sont sombres alors que les nageoires pectorales, pelviennes et anales ont une coloration rougeâtre peu prononcée.

Très courant en Amérique du Nord, ce poisson extrêmement apprécié des pêcheurs sportifs a également été introduit dans nombreux pays, y compris la France.
Il aime des eaux assez chaudes et c'est dans le sud des EUA que l'on rencontre les plus grands spécimens. C'est également dans les lacs espagnols et marocains que les populations introduites ont très bien réussi. Le black bass peut se rencontrer un peu partout dans ces environnements, depuis les zones riches en végétaux et peu profondes jusqu'en pleine eau.

Le black-bass peut s'attaquer à une très grande variété de proies mêmes si les poissons constituent souvent l'essentiel du régime alimentaire. Ainsi, les écrevisses sont très appréciées mais beaucoup d'autres invertébrés benthiques peuvent être consommés. Les grenouilles, les petits mammifères et les jeunes oiseaux sont fréquemment attaqués. Si les Cyprinidés et les petits crapets sont les proies les plus fréquentes, l'achigan à grande bouche n'hésite pas à attaquer les membres de sa propre espèce.

Il fraie à partir de la fin du printemps jusqu'au début de l'été. Cette espèce fabrique un nid et procure des soins parentaux. C'est le mâle qui se charge de la construction du nid, une simple dépression dans une zone sableuse et tranquille.
Pendant cette période, les mâles sont très agressifs et empêchent l'accès de tout intrus au nid. La femelle rejoint le mâle sur la cuvette creusée et y dépose ses oeufs qui seront immédiatement fécondés. Une femelle peut frayer avec plusieurs mâles sur de nids différents.
Chaque nid produit environ 6 000 alevins pour peu qu'il n'ait pas été détruit par les crapets. Pour éviter l'approche de ces petits prédateurs, le mâle protège les oeufs et le ventile jusqu'à l'éclosion. Il protège aussi les larves pendant quelques jours.
Les achigans à grande bouche (big-mouth) atteignent pratiquement le mètre pour un poids de 11 kilogrammes.

La perche commune (Perca fluviatilis)

Perche commune
Perche commune
La robe de la perche est si caractéristique qu'il est impossible de la confondre avec une autre espèce des eaux françaises. Attention cependant, sa cousine américaine, la perchaude, et la perche se ressemblent comme deux gouttes d'eau.
La perche se reconnaît immédiatement à sa robe verdâtre traversée d'une série de bandes verticales noires. Ces bandes peuvent être en forme de V ou bien présenter des bords parallèles.
Le dos est plus sombre et le ventre est blanc.
La première dorsale, de couleur grise, est élevée et épineuse. Elle montre une tache noire postérieurement. La deuxième dorsale présente des rayons mous.
Les nageoires pelviennes, anale et le lobe ventral de la caudale sont rouge vif.
Le dos est plus ou moins bossu selon les populations et l'opercule émet postérieurement une expansion pointue.
La perche commune appartient à la famille des Percidés, qui dans nos eaux, regroupe également le sandre, la gremille et l'apron.
La perche n'est pas un poisson d'eaux vives, elle préfère les courants modérés. Pour cette raison, c'est un habitant commun des étangs, lacs et rivières français. Elle adore les obstacles, et il est fréquent de la rencontrer contre les arbres immergés, sous les pontons ou encore le long des zones rocheuses. Ce poisson vit en bancs regroupant de nombreux individus pour les jaunes stades, mais souvent 3 ou 4 individus quand ceux-ci sont gros.

La perche est un carnassier mais son régime alimentaire n'est pas exclusivement piscivore. Elle consomme aussi des crustacés, des larves d'insectes ou encore des annélides tombés à l'eau. Les petits individus sont également planctophages.
Les gros individus préfèrent les poissons qu'ils capturent en chassant en groupe, et provoquent des scènes de chasse spectaculaires à la surface de l'eau.

La perche se reproduit en général d'avril à mai, mais l'époque et la durée de la reproduction varient selon la région considérée. Les oeufs sont inclus dans une masse gélatineuse qui forme de longs rubans. Ces rubans sont déposés sur des obstacles, le plus souvent des branches immergées.
Après la résorption de la vésicule vitelline, les perches se nourrissent de zooplancton, puis attaquent les larves d'insectes. La croissance est rapide dans les premiers stades mais devient nettement plus lente par la suite.

La perche peut atteindre la taille de 50 centimètres pour un poids de 5 kilogrammes. L'âge maximal reporté est de 22 ans.
Gremille
Gremille
Ne pas confondre la perche franche et la perche goujonnière ou grémille
Ces deux poissons appartiennent à la même famille (les percidés) et la même sous-famille (les percinés). On ne sera donc pas étonné de constater une grande ressemblance dans la forme du corps, conséquence de la parenté proche. Cependant il n'est guère difficile de différencier ces deux animaux. La morphologie est certes similaire, le patron de coloration est, lui, totalement différent. La perche présente des bandes sombres sur les flancs, une robe globalement verdâtre, et des nageoires rouges. La grémille montre au contraire une robe pâlichonne, globalement brunâtre. Les moeurs sont différentes également, la perche étant un vrai carnassier quand la grémille est plutôt un omnivore qui se nourrit près du fond. Enfin, la grémille est un petit poisson qu'on rencontre le plus souvent à une taille de 15 centimètres, alors que la perche peut dépasser 50 centimètres.

Le sandre (Sander lucioperca)

Bien que sa silhouette soit caractéristique des Perciformes, son corps plus élancé le distingue immédiatement de sa cousine la perche.
Le museau est allongé et l'oeil qui est blanchâtre se positionne assez antérieurement et dans la partie avant de la tête. L'ouverture buccale est grande et la bouche est armée de dents effilées et pointues, quatre dents caniniformes étant particulièrement remarquables.
La robe est peu colorée, présente des marbrures foncées sur un dos brun clair. Le corps est globalement blanc en dessous de la ligne latérale, cette dernière étant assez peu arquée.
Les nageoires sont bien développées et donne une belle apparence à l'animal. La première dorsale ne comporte que des épines (une quinzaine) au contraire de la deuxième constituée de rayons mous. Les nageoires pectorales s'insèrent assez haut sur le corps et les nageoires pelviennes sont en position thoracique. Les écailles sont assez petites et de type cténoide.
La ligne latérale s'étend jusque sur la nageoire caudale.

Le sandre appartient à la famille des Percidés et à la sous-famille des Luciopercinés.
La famille des Percidés regroupent 162 espèces de poissons réparties en deux sous-familles: les Percinés, groupe auquel appartiennent la perche et la grémille, et les Luciopercinés, groupe du sandre mais aussi de l'apron, son proche parent du Rhône.
On connaît deux espèces étroitement apparentées au sandre en Europe et deux autres en Amérique du Nord (le walleye et le sauger), ces deux dernières étant regroupées sous le genre Stizostedion.
Sandre ©Dominique Meunier
Sandre ©Dominique Meunier
Le sandre habite les rivières et étangs de toute l'Europe et même de l'ouest de l'Asie. Il est originaire d'Europe centrale et de l'Est, mais a largement été introduit dans les pays voisins.
Beaucoup de pays ont d'ailleurs fait état de répercussions négatives après son arrivée, en particulier sur les populations de carnassiers qui préexistaient dans la zone d'introduction. Il préfère les eaux calmes et effectue des migrations saisonnières d'amplitudes variables. Il est en général dans les endroits profonds durant l'hiver, alors qu'il affectionne les fonds de profondeur faible et moyenne durant la saison de reproduction et pendant l'automne. Il apprécie tout particulièrement les cassures.

Le sandre adulte a un régime essentiellement piscivore. En France, les proies les plus fréquemment trouvées dans les contenus stomacaux sont les Cyprinidés (ablette, gardon, rotengle, brème, etc.) mais il consomme aussi beaucoup de petites perches. Comme tous les prédateurs, il est opportuniste et peut changer de proies en cas de pénurie. Il se nourrit de jour comme de nuit et consomme facilement les poissons morts.

La reproduction entraîne une période de migration vers les frayères qui sont en général des zones graveleuses ou à gros sable. La période de ponte s'étend de mars à juin, plus fréquemment avril à mai.
La ponte est parfois suivie d'une forte mortalité en particulier chez les femelles.

Les sandres gardent le nid et sont donc particulièrement vulnérables durant cette période. Pour défendre leur progéniture ils montrent un courage et une ténacité étonnants en allant jusqu'à faire front à un plongeur qui s'approcherait trop des oeufs ou des alevins.
Ils attaquent systématiquement les intrus, y compris lorsqu'il s'agit d'un leurre et deviennent trop faciles à pêcher.
Les petits sandres sont planctophages, mais ils devront, avant de devenir des prédateurs redoutés, faire face aux assauts des perches et des brochets qui les apprécient particulièrement.

Le silure glane (Silurus glanis)

Silure glane
Silure glane
Un peu mystérieux, un peu effrayant, le silure n'a pas une allure très engageante.
Sa tête aplatie n'inspire guère confiance, pas plus que son oeil minuscule.
Le museau n'est pas allongé et la bouche extrêmement large et prognathe. Quatre barbillons mentonniers et 2 longs barbillons s'insérant sur la mâchoire supérieure sont observables.
La nageoire dorsale est toute petite, la nageoire adipeuse est absente. Inversement, une très longue nageoire anale longe le corps par le ventre pour atteindre antérieurement le niveau de la cavité viscérale, très courte. Les nageoires pectorales sont bien développées et arrondies.
La partie antérieure du corps est massive mais celui-ci s'effile vers l'arrière. La robe, sombre, présente des marbrures grises sur un fond brun.

Le silure appartient à l'ordre des Siluriformes et à la famille des Siluridés. Les poissons de l'ordre des Siluriformes ont une peau soit nue soit couverte de plaques. Iles ont des barbillons autour de la bouche (jusqu'à 4 paires).
Les Siluridés se reconnaissent à leur petite nageoire dorsale (en général moins de 7 rayons) et à l'absence de nageoire adipeuse. Cent espèces d'Europe et d'Asie appartiennent à cette famille.

C'est un poisson essentiellement benthique qui fréquente les grands lacs et les grandes rivières. Occasionnellement on le rencontre en eaux saumâtres.
Les fosses regroupent souvent de nombreux spécimens qui restent au fond durant la journée mais deviennent plus actifs durant la nuit.

Les pêcheurs sportifs introduisent cette espèce un peu partout, parfois trop vite, sans possibilité d'estimer l'impact de son introduction sur les espèces déjà présentes.
La prudence s'impose avant d'introduire un animal de cette taille là où le plus grand prédateur indigène mesure le tiers d'un silure.
Le silure attaque des Cyprinidés adultes comme les brèmes, les tanches et les carpes. Consommer un poisson de plusieurs kilogrammes ne lui fait pas peur. Les écrevisses, les oiseaux, les mammifères sont également ingérés. La consommation de géniteurs des espèces de poissons précités peut entraîner une baisse de leurs populations et toute introduction de silure ne doit pas être prise à la légère.
Le silure se reproduit de mai à juin. Le mâle creuse une petite dépression dans le substrat où la femelle dépose ses oeufs. Ils seront gardés par le mâle jusqu'à l'éclosion.

Le silure atteint la taille de 5 mètres et dépasse les 300 kilogrammes. Il peut vivre 30 ans.