Carpes et toute la famille des cyprinidés

Carpe commune
Carpe commune
Carpe, gardon, brème, goujon, autant de noms qui évoquent nos cours d'eau. Ces poissons appartiennent à la famille des Cyprinidés, la famille la mieux représentées dans les eaux douces de France, et une des plus riches au monde.


Un succès évolutif

Certains groupes de poissons ont eu un succès évolutif plus important que d'autres. Ainsi, les plus petites familles ne sont représentées que par quelques espèces alors que les plus grandes présentent des milliers d'espèces pour une répartition parfois mondiale. Parmi ces grandes familles de poissons, la famille des Cyprinidés est particulièrement importante pour nous. En effet, la plupart des poissons de nos cours d'eau et étangs sont des Cyprinidés.

Mahseer
Mahseer

La plus grande famille de poissons d'eau douce
Avec 2010 espèces réparties dans 210 genres, la famille de Cyprinidés est non seulement la plus grande famille de poissons d'eau douce, mais aussi la deuxième famille de vertébrés après les Gobiidés.
La plus grande espèce est la carpe géante, Catlocarpio siamensis, qui avec ses 3 mètres apparaîtrait monstrueuse même à côté d'une respectable carpe commune.
On notera également l'existence des mahseers (genre Tor), des poissons
répandus dans une bonne partie de l'Asie, ressemblant à de gigantesques barbeaux, et pouvant eux-aussi être énormes. Au contraire, la plus petite espèce de Cyprinidés, Danionella translucida, n'atteint que 12 mm.

Pink carp
Pink carp

Les Cyprinidés sont présents en Europe, Asie, Afrique et Amérique du Nord, mais absents de l'Amérique du Sud.
C'est cependant l'Asie qui montre la plus grande richesse spécifique. Elle possède aussi les espèces les plus belles, comme ce superbe cyprinidé bleu et rose du sud de L'inde, appelé "pink carp" par les locaux.

Les proches parents
En ce qui concerne les parents proches, les familles connues qui sont le plus étroitement apparentées aux Cyprinidés sont les Catostomidés (qu'on appelle communément suckers ou meuniers) et les Cobitidés (les loches).
Les suckers sont caractérisés par leur bouche infère aux lèvres très épaisses alors que les loches se reconnaissent à leur corps très allongé.
Les familles des Cyprinidés, Catostomidés et Cobitidés étant étroitement apparentées, elles ont été classées dans le même ordre, les Cypriniformes.
C'est ainsi que fonctionne la classification moderne, les organismes ne sont plus rassemblés sur des critères de ressemblance mais de parenté. Les membres d'un même groupe doivent partager un ancêtre commun exclusif. Il est peut être nécessaire de rappeler comment fonctionne la hiérarchie des catégories utilisées pour la classification. L'unité de base de la classification est l'espèce, les espèces apparentées sont regroupées dans un même genre, les genres apparentés sont regroupés dans une famille, les familles sont regroupées dans un ordre, les ordres dans une classe, les classes dans un embranchement.

Appareil de Weber d'un cyprinidé
Appareil de Weber d'un cyprinidé

L'appareil de Weber
Plus encore que la parenté proche, les parentés un peu plus lointaines des Cyprinidés sont particulièrement intéressantes. C'est un caractère morphologique, lié à la perception des vibrations, qui sera le centre de cette discussion. Le pêcheur sait bien que les poissons sont très sensibles aux vibrations et l'une des premières choses qu'il apprend est de ne pas taper du pied lorsqu'il est au bord de l'eau. Ce comportement est effectivement justifié, les poissons ont développé des structures anatomiques qui détectent parfaitement les sons et vibrations. La plus connue de ces structures est la ligne latérale, mais il en existe d'autres. Si vous regardez en arrière du crâne d'un Cyprinidé, vous trouverez une série d'os qui n'existent pas chez la majeure partie des poissons. Ces os sont des transformations des premières vertèbres et leur association est appelé appareil de Weber. Le rôle de l'appareil de Weber est de connecter la vessie natatoire à l'oreille interne. De cette façon, les vibrations perçues par la vessie natatoire sont immédiatement transmises à l'oreille interne, d'où une perception accrue. Cette structure est bien visible sur la photo de carpe colorée à l'alizarine présentée ci-contre.

Les Otophysaires

Dans la nature, quatre ordres de poissons partagent cette structure anatomique : les Cypriniformes, les Characiformes, les Siluriformes, et les Gymnotiformes.
Pour vous y retrouvez, voici quelques espèces représentatives de chaque groupe.
Nous l'avons vu précédemment, l'ordre des Cypriniformes contient des poissons comme la carpe, le gardon ou la loche de rivière.
L'ordre des Characiformes regroupe des poissons sud-américains et africains comme le piranha, le dourado, le pacu, la traira, ou le poisson-chien.
L'ordre des Siluriformes comprend tous les silures et les poissons-chats ainsi que les espèces apparentées.
Enfin, les Gymnotiformes sont des poissons au corps très allongé, dont la forme rappelle celle de l'anguille, et dont le représentant le plus connu est un animal appelé anguille électrique ou gymnote. Le gymnote est capable de produire des décharges pouvant tuer une proie et éventuellement assommer un homme.

Arbre de parenté des otophysaires
Arbre de parenté des otophysaires

Tous ces poissons, aussi différents soient-ils, présentent cette transformation des premières vertèbres. D'un point de vue évolutif, ce partage d'une même caractéristique veut dire quelque chose. Il signifie que ces animaux, bien que très différents, proviennent tous d'un ancêtre commun chez qui l'appareil de weber est apparu pour la première fois. En conséquence, ces quatre ordres appartiennent au même groupe, les Otophysaires. Les relations de parenté des Otophysaires sont présentées sur le schéma ci-contre. Il faut lire ce schéma comme un arbre généalogique, les points rouges représentent des ancêtres communs. Pour simplifier, on peut retenir qu'une carpe, un poisson-chat, un piranha et un gymnote proviennent tous d'un ancêtre commun et appartiennent en conséquence, et malgré des morphologies très différentes, au même groupe. C'est une excellente illustration de la classification moderne qui ne se base pas sur la ressemblance mais sur la parenté.

Des dents pharyngiennes
En ce qui concerne plus précisément les Cyprinidés, les caractéristiques de la famille sont la présence de dents pharyngiennes, d'une bouche généralement protractile et pouvant porter des barbillons, et d'un nombre de chromosomes primitivement égal à 50. Evidemment, le dernier caractère est inaccessible à l'oeil nu. Les deux premiers caractères sont plus faciles à utiliser. Les dents pharyngiennes permettent aux Cyprinidés de broyer leurs aliments, ces animaux ne portent en effet pas de dents sur les mâchoires.

Les Cyprinidés de nos eaux

Les Cyprinidés sont les poissons les plus fréquents des eaux françaises et ils ont permis à nombre de pêcheur d'effectuer la première capture de leur vie.
Les espèces les plus fréquemment rencontrées dans nos chers étangs et rivières sont le gardon, la brème commune, la brème bordelière, le rotengle, la carpe, la tanche, l'ablette, l'able, le goujon, le vairon, le chevaine, la vandoise, le carassin, le hotu et le barbeau. Mais de nombreuses autres espèces moins connues sont présentes dans nos eaux telles la vimbe, l'ide, l'aspe, le spirlin, le blageon, la carpe marbrée, la carpe argentée, l'amour blanc ou encore la bouvière.

Pour ne plus les confondre
Devant cette profusion d'espèces, souvent très ressemblantes, nous finirons par quelques caractères clé pour différencier quelques Cyprinidés souvent confondus. Nous proposons ici des caractères facilement accessibles et ne demandant pas de comptages laborieux ni de dissection du poisson. Gardez cependant en mémoire que d'autres particularités morphologiques permettent de reconnaître les espèces présentées ci-dessous.

Comparaison entre un rotengle et un gardon
Comparaison entre un rotengle et un gardon

Le gardon et le rotengle : pour différencier ces deux poissons, considérez la bouche orientée vers le haut du rotengle alors que celle du gardon est pratiquement droite, la nageoire dorsale insérée en arrière du niveau des pelviennes chez le rotengle alors que les nageoires sont au même niveau chez le gardon, le corps plus haut et plus compressé latéralement chez le rotengle. Les couleurs peuvent être très trompeuses, car variables. En général les nageoires du rotengle sont plus rouges que celles du gardon, plutôt orangées.

Comparaison entre un chevaine et une vandoise
Comparaison entre un chevaine et une vandoise

Le chevaine et la vandoise : la bouche du chevaine est très large, beaucoup plus que celle de la vandoise. La nageoire anale du chevaine est arrondie vers l'extérieur alors que celle de la vandoise est échancrée.
 

Comparaison entre un chevaine et un ide
Comparaison entre un chevaine et un ide

L'ide mélanote : souvent confondue avec un gros gardon, l'ide appartient en fait au même genre que le chevaine. On dirait un mélange de gardon, de rotengle et de chevaine. Pour la reconnaître et la différencier des trois espèces précédentes, il faut considérer une combinaison de caractère : La bouche est de taille moyenne et dirigée vers le haut (différence avec le gardon et le chevaine), les proportions du corps rappellent celles d'un gros gardon (différence avec le corps élevé et aplati du rotengle), la nageoire dorsale est insérée en arrière du niveau des nageoires pelviennes (différence avec le gardon), la nageoire anale n'est pas convexe (différence avec le chevaine).



Article réalisé par Arnaud Filleul et Jean-Pierre Fleury.