Emploi : comment faire face quand son poste est menacé ?

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Abattement, stress, troubles de l'anxiété… lorsqu'on est dans l'incertitude, sans informations sur ce qui va se passer dans son entreprise, il est souvent difficile de gérer le changement. Mais comment le salarié peut-il survivre dans une entreprise qui va fermer ?


Quand le stress prend le pas sur la motivation au travail

De l'avis de la plupart des psychologues sociaux, la faillite ou la restructuration d'une entreprise  entraine presque toujours de lourdes conséquences pour les employés, notamment du point de vue de l'équilibre personnel. Mais souvent, les salariés qui en sont victimes n'ont d'abord pas conscience de ces répercussions. Au premier rang de ces contrecoups : l'abattement mais aussi les troubles anxieux.

Voilà vingt ans qu'Éric (prénom modifié) travaille à la chaîne chez PSA à Aulnay en Seine-Saint-Denis. La fermeture de l'usine, il y pense à chaque seconde. Depuis quelques mois, le stress a pris le pas sur sa motivation au travail et l'a même décidé à se mettre en arrêt. Ses collègues, eux, non moins abattus, continuent le travail, plus par habitude que par envie.

Mais alors que la fermeture de l'usine PSA d'Aulnay est prévue pour 2014, comment trouver la motivation pour continuer à assembler, peindre ou encore contrôler les C3 avant leur mise en circulation. Comment faire pour effectuer les mêmes tâches que d'habitude, rester motivé et ne pas craquer quand on sait que son poste est en sursis ?

De la colère pour reprendre le dessus

Pas étonnant, selon le psychologue social Matthieu Poirot, que l'abattement fasse son œuvre parmi les ouvriers d'Aulnay. Lors de l'annonce officielle de la fermeture de l'usine PSA, le 12 juillet 2012, aucune précision – quid des reclassements et de l'accompagnement ? – n'avait d'ailleurs été évoquée. Le plus surprenant dans ce type de situation est l'absence de colère des salariés, ce qui de l'avis des spécialistes dénote un certain désespoir.

Pour éviter ces situations de dépression, les entreprises qui ferment ont parfois recours à un consultant dont l'objectif est d'accompagner le management ou de se faire médiateur. Pour Matthieu Poirot, si la colère est palpable dans ces moments, "c'est plutôt bon signe". Dans tous les cas, l'annonce d'une fermeture a bien souvent un impact sur la performance globale d'une entreprise. Par exemple, les règles de sécurité sont globalement beaucoup moins respectées qu'à l'accoutumée.

Pour certains, il n'est pas possible de continuer le travail

Réaliser les même tâches, continuer à travailler comme si de rien n'était… pour certains salariés, cette atmosphère n'est pas tenable. Sur son blog, la psychologue du travail Valérie Tarrou, qui reçoit régulièrement des salariés tourmentés dans le secteur des soins, raconte que les employés mis sur la sellette en attendant un éventuel repreneur pour leur entreprise ne parviennent plus à garder la distance émotionnelle nécessaire. Certains d'entre eux, à bout,  pleurent même devant leurs patients sans réussir à se contenir.

Pour d'autres, à l'inverse, cette période de doute est une occasion pour mobiliser les collègues contre la fermeture. Jean (prénom modifié), un militant CGT d'une usine sur le point de fermer, s'est fixé cet objectif pour oublier ne serait-ce qu'un instant sa détresse. Quelques autres réussissent aussi à dépasser leurs incertitudes grâce au travail à la chaine, pendant lequel "ils ne pensent pas trop à autre chose".

Dans la détresse, des désaccords entre collègues

D'après les psychologues, les principales préoccupations des salariés dont l'emploi est condamné sont les tensions entre collègues. Dans le désarroi, à l'heure où des licenciements sont à prévoir dans le meilleur des cas ou, pire, une absence de repreneur, difficile pour les salariés de s'entendre sur l'attitude à adopter. Ainsi à Aulnay, si certains choisissent de se mobiliser contre la fermeture, d'autres préfèrent continuer à travailler. Dès lors, les mésententes sont nombreuses et l'atmosphère, d'autant plus pesante.

La situation est identique pour Julie (prénom modifié), une trentenaire qui gère l'administration dans une entreprise de presse en redressement judiciaire. Devant le manque de candidats à la reprise de son entreprise, elle a décidé de soumettre un projet de Société coopérative et participative (Scop) – société commerciale où les salariés sont dits "co-entrepreneurs". Problème : son idée n'a fait que diviser l'équipe et créer la discorde. Mais qu'importe, se dit-elle avec satisfaction : il y a désormais au moins un projet à envoyer à l'administrateur et au juge, qui pourra par la suite être soumis au potentiel repreneur.

Dire les choses clairement

Comme le souligne Matthieu Poirot, qui consulte notamment des PME ou des grands groupes pour les conseiller en cas de fermeture ou de liquidation judiciaire, il est préférable de dire les choses avec netteté. Pour de nombreux employeurs, la meilleure méthode est celle consistant à ne pas tout dire d'un coup, pour éviter de "brusquer" les salariés. Mais cette technique est une idée fausse. Pour Matthieu Poirot, il est impératif d'avoir une vraie "communication de grands" dès le départ.

Ainsi, le consultant recommande de présenter aux salariés tous les scénarios possibles, qu'il s'agisse d'une situation catastrophique (la fermeture), neutre (la solution temporaire) ou engageante (la perspective d'un repreneur). Malheureusement, explique Matthieu Poirot, certaines directions ordonnent à leurs managers de ne rien dire – ce qui a souvent un effet catastrophique, entrainant par exemple  la circulation de multiples rumeurs. Résultat : sur certains sites internet, des salariés indiquent attendre une réponse depuis deux ans, sans savoir de quoi sera fait le lendemain.

Sources : Psychologiepositiveautravail, Observatoire santé-travail, Rue89, LeMonde