Giallo : notre sélection des meilleurs films

Par : Alexandre Jourdain - fiche pratique
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Les meilleurs gialli © Seda Spettacoli - Giallo Production

Dès les années 1920, l'Italie voit émerger une littérature policière à suspense très populaire. De nombreux éditeurs en profitent aussitôt pour multiplier les ouvrages. Le succès est fulgurant. Comme pour exorciser une population gangrénée par les tabous, ces romans mettent en scène des assassinats ponctués d'histoires d'amour. Le maître mot : divertir. On surnomme rapidement le genre giallo (jaune) compte tenu des fameuses couvertures jaunes caractéristiques dont sont recouverts les romans. Souvent violents et irrévérencieux, ces derniers ne font pas tout de suite l'objet d'adaptations cinématographiques. Il faudra pour cela attendre le vent de liberté des années 1960 pour voir des longs métrages s'en inspirer. Ainsi, le réalisateur Mario Bava introduit le genre dans les salles obscures avec son film hitchcockien La Fille qui en savait trop en 1963. D'autres réalisateurs suivront, dont le grand Dario Argento, avec L'Oiseau au plumage de cristal en 1970. Dès le départ, l'horreur et le suspense sont de la partie.


Au cinéma, on peut considérer le giallo comme le style précurseur ayant influencé le slasher, avec notamment la présence d'un tueur psychopathe masqué qui assassine à l'arme blanche comme dans Scream, Vendredi 13 ou encore Halloween. Il mélange dans ses thématiques à la fois le film policier, le film d'horreur, le film fantastique et l'érotisme. Mais n'oublions pas, néanmoins, l'influence indiscutable du Psychose (1960) d'Hitchcock et du Voyeur (1960) de Michael Powell, auxquels le cinéaste Dario Argento ne cessera de rendre hommage tout au long de sa carrière. Quelques caractéristiques viendront toutefois asseoir la particularité du genre, comme ses fameux éclairages rouge (renvoyant à la pulsion de vie) et noir (pour la pulsion de mort). À cela s'ajouteront les longs travellings, les gros plans et un autre fil conducteur : la musique (Enio Morricone, les Goblin, etc.).   


Si les ambassadeurs du genre prendront systématiquement un malin plaisir pour mettre en scène des assassinats toujours plus sanglants et sulfureux, le scénario se révèlera quant à lui plus profond que ne le laisse paraître son intrigue insignifiante. Ainsi, les énigmes policières mâtinées de fantastique renverront bien souvent à une partie de Cluedo façon Agatha Christie, où chacun des personnages apparaîtra tour à tour comme un suspect potentiel. Attention, nous avertissent les Bava, Argento et autres Fulci, le cinéma est un art qui ne fait que reproduire le réel et dissimule la réalité (cf. Blow Up, de Michelangelo Antonioni). Ces dernières années, les hommages rendus au giallo semblent de moins en moins rares (Amer, d'Hélène Cattet & Bruno Forzani ; etc.). Le jaune redeviendrait-il à la mode ? Nous avons sélectionné pour vous les incontournables du genre.


Le corps et le fouet, de Mario Bava

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Le Corps et le Fouet © Leone Film

XIXème siècle. Le baron Kurt Menliff regagne le château familial dont il avait été écarté par son propre père quelques années auparavant. C'est là qu'est sur le point d'être célébré le mariage de son frère Cristiano avec Nevenka, son ancienne fiancée. Dès son arrivée, une gêne s'installe aussitôt chez chacun des habitants. Toujours éprise de Kurt, Nevenka renoue bientôt une relation avec lui. Mais il est soudain assassiné…

Dans sa jeunesse, Mario Bava a travaillé avec quelques-uns des plus grands (Pabst, Roberto Rossellini et Raoul Walsh, entre autres). Rapidement, il va toutefois prendre ses distances avec ces derniers en termes de style pour se tourner assez tôt dans sa carrière vers un cinéma bis haut de gamme. Sous le pseudonyme J. M. Old, il signe ainsi en 1963 le giallo Le corps et le fouet, à peine un an après avoir introduit le genre avec La Fille qui en savait trop (1963). Un brin de cinéma policier, un brin de cinéma d'horreur, de fantastique et une once d'érotisme, tous les éléments qui feront les lettres de noblesse du genre sont déjà présents. Tant et si bien que les censeurs de tous les continents s'opposent avec force à la sortie de cette œuvre. Cette dernière se voit ainsi purement et simplement interdite en Italie. Sans doute l'audace thématique de Bava y est-elle pour quelque chose… Si l'on retrouve la tradition gothique du château isolé, de l'orage et du fantôme, le point de vue des actions est quant à lui assez complexe à délimiter. Le cinéaste est en effet parvenu à créer une confusion importante entre subjectivité et objectivité. Élément à part entière au même titre qu'un personnage, la grammaire cinématographique de Le corps et le fouet, avec ses nombreux mouvements de caméra et ses zooms avant (pourtant si souvent décriés), est d'une redoutable efficacité. Avec sa mise en scène vaporeuse, sa splendeur de tous les instants, son traitement du son novateur (coups de fouet, etc.), Le corps et le fouet fait figure d'œuvre moderne. À la fois commerciale et expérimentale, elle est à classer parmi les œuvres les plus abouties du genre.

À noter la présence au casting du grand Christopher Lee.

Dans le même genre et du même réalisateur : La fille qui en savait trop, 1963 ; Six femmes pour l'assassin, 1964 ; L'île de l'épouvante, 1970 ; Une hache pour la lune de miel, 1970.

L'Oiseau au plumage de cristal, de Dario Argento

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L'Oiseau au plumage de cristal © Central Cinema Company Film

Sam Dalmas est un écrivain américain qui vit avec sa petite amie à Rome. Un soir, alors qu'il marche dans la rue, il est témoin d'une agression à travers la vitre d'une galerie d'art. Alors qu'il tente de venir en aide à la jeune femme, il est piégé entre la porte d'entrée et le portillon de sécurité. Il assiste alors, démuni, à l'assassinat de la malheureuse. Traumatisé, il est bientôt incapable de se souvenir distinctement de ce qu'il vient de voir…

Un an après avoir participé à l'écriture du scénario de Il était une fois dans l'ouest avec Sergio Leone, Dario Argento commence à se passionner pour la réalisation et tourne son premier giallo, L'Oiseau au plumage de cristal. C'est le début de l'âge d'or du genre. On distingue dans ce premier long métrage presque tous les éléments qui caractériseront quelques années plus tard son cinéma. D'un baroque flamboyant (plongées, contre-plongées, gros plans, longs travellings, plans fracturés), cette œuvre est déjà travaillée par la question du rapport à la réalité. Évènement typique du giallo, le personnage principal assiste démuni à l'assassinat d'une jeune femme dans une galerie d'art. La métaphore est limpide : depuis la rue et au travers d'une vitre, il observe l'action mais ne parvient pas à la saisir dans sa totalité. Dario Argento semble vouloir nous faire comprendre que ce spectateur désemparé  n'est autre que la matérialisation de notre propre perception de la réalité. Pour le cinéaste, le cinéma est ainsi un moyen pour souligner notre incapacité à comprendre par notre seul regard, les choses qui nous entourent. Dès lors que survient un assassinat, chaque plan est millimétré et se veut très symbolique (cadrage d'œuvres d'art, etc.). On notera par ailleurs, à l'inverse des gialli qui feront son succès quelques années plus tard, que les couleurs se font ici assez discrètes, avec une dominante de teintes claires, de noir et quelques nuances de rouge lorsque le sang, effusion cathartique et érotique, ruissèle. Un très grand premier film doublé d'un chef d'œuvre du genre.

À noter que L'Oiseau au plumage de cristal est le premier volet de la "trilogie animal" de Dario Argento. Suivront deux autres œuvres incontournables : Le chat à neuf queues (1971) et Quatre mouches de velours gris (1973).

L'Étrange vice de Madame Wardh, de Sergio Martino

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L'Étrange vice de Madame Wardh © Devon Film

Au-delà de sa bourgeoisie et de sa sidérante beauté, Madame Wardh cache un secret inavouable. Tandis qu'elle séjourne à Vienne avec son mari, le vice qu'elle pensait depuis longtemps avoir refoulé commence de nouveau à la tourmenter. Bientôt, un étrange tueur muni d'un rasoir terrorise les habitants de la ville et cherche à l'assassiner…

Avec L'Étrange vice de Madame Wardh, Sergio Martino prouve qu'il possède une véritable palette d'effets et un style à la fois riche et bigarré. Utilisant le schéma classique du film policier, le scénario va, à mesure que l'étau se resserre, identifier le coupable. Comme les grands Mario Bava et Dario Argento, on sent que Sergio Martino s'est inspiré des classiques Les Diaboliques de Georges Henri Clouzot et de L'Inconnu du Nord Express d'Alfred Hitchcock. Avec sa mise en scène de haute volée, son suspense savamment dosé son solide scénario, L'Étrange vice de madame Wardh est à compter parmi les plus belles réussites du genre.

Dans le même genre et du même réalisateur : La queue du scorpion, 1971 ; Torso, 1973

Le Venin de la Peur, de Lucio Fulci

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Le Venin de la Peur © Apollo Films

Carol, fille d'un politicien influent et mariée à un ami de ce dernier, vit dans un luxueux appartement situé en plein centre de Londres. Ces derniers temps, des cauchemars effrayants viennent la tourmenter. Elle s'y voit errant chez sa voisine, une femme débauchée qui ne cesse d'organiser des soirées étranges sous l'influence de stupéfiants. Pour comprendre ce que signifient ces rêves inquiétants, elle consulte bientôt un psychiatre qui lui indique que ses songes sont relatifs à la fois à sa fascination et son aversion pour les mœurs douteuses de sa voisine. Quelque temps plus tard, elle fait de nouveau un rêve dans lequel elle assassine sa voisine. Coïncidence, le cadavre de cette dernière est retrouvé peu de temps après…

Pour le giallo, l'année 1971 est une année charnière. On assiste d'une part à l'âge d'or du genre, qui rencontre alors un succès public inédit. De l'autre, on sent comme un parfum sulfureux inusité s'installer dans la plupart des productions du genre. Parmi celles-ci, Le Venin de la Peur de Lucio Fulci fait sans aucun doute figure d'ambassadeur. Si le cinéaste Mario Bava a inconsciemment théorisé un nouveau sous-genre du cinéma (le giallo) en 1963 avec La Femme qui en savait trop, Lucio Fulci a su avec ce long métrage tirer profit au maximum les codes du maître. Préservant cette fameuse atmosphère pesante, la violence et l'érotisme (à défaut d'un véritable scénario), Fulci a ajouté une dimension politiquement incorrecte et provocatrice qui lui valut alors les foudres de la censure. Outre cette libération morale indéniable, le schéma reste identique aux canons du genre : l'ambiance est tendue, l'enjeu du scénario est une énigme. Si l'on ne retrouve pas la finesse d'un Mario Bava ou d'un Dario Argento, reste que la mise en scène, les décors, la musique (signée Enio Morricone) et les éclairages sont réussis. Une descente aux enfers rondement menée. Exit le flower power des années 1970 et la bourgeoisie alors très à la mode, Lucio Fulci rejette tout en bloc en signant une critique sociale cinglante et éprouvante.

Dans le même genre et du même réalisateur : Perversion story, 1969

Toutes les couleurs du vice (L'Alliance Invisible), de Sergio Martino

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Toutes les couleurs du vice © Lea Cinematografica

Jane Harrison, une jeune femme tourmentée, perd petit à petit pied avec la réalité. Submergée par les cauchemars, elle est néanmoins épaulée par son compagnon Richard. Celui-ci pense que son traumatisme est relatif à l'accident de voiture qui lui a valu une fausse couche quelques semaines auparavant. Pourtant, rien n'est moins sûr : dans ses songes tortueux, Jane revit un évènement passé qui n'a jamais cessé de la hanter : le meurtre de sa mère, autour duquel plane encore un véritable mystère. Dans ce cauchemar, le meurtrier est un homme au regard bleu perçant. Coïncidence : Jane va quelques jours plus tard le croiser, cette fois-ci à l'état d'éveil. Subitement, la paranoïa et le sentiment d'être persécuté incessamment s'emparent de la jeune femme…

Après avoir réalisé La Queue du scorpion (1971), un giallo on ne peut plus classique, Sergio Martino surprend l'année suivante avec L'Alliance invisible, un long métrage ambitieux où se mêlent drame psychologique, drame social et psychédélisme. C'est en prenant comme point de départ l'onirisme que Sergio Martino réussit à mettre en scène des enjeux psychanalytiques sous-jacent. Pour ce faire, le cinéaste nous plonge dans les méandres de l'esprit de Jane. Son regard ne cesse d'être scruté par la caméra. Pour elle, chaque évènement anecdotique prend des proportions démesurées. Difficile de ne pas penser au Rosemary's Baby de Roman Polanski, sorti quatre ans plus tôt. Contrairement à la plupart des gialli, la dimension freudienne de L'Alliance invisible n'est pas qu'un énième prétexte pour légitimer une intrigue confuse. La place prise par la névrose de Jane est telle que la menace du tueur en vient même à s'effacer. Dans l'univers du giallo, L'Alliance invisible, avec ses acteurs stupéfiants et sa réalisation de haute volée, fait partie des incontournables du genre.

Dans le même genre : Rosemary's Baby, de Roman Polanski, 1968

Les Frissons de l'angoisse, de Dario Argento

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Les Frissons de l'angoisse © Rizzoli Film

Au cours d'un congrès de parapsychologie, la médium Helga Ulman repère un assassin parmi l'assemblée. Elle est bientôt assassinée à son domicile. Présenté comme témoin du meurtre par la journaliste Gianna Brezzi, Marcus Daly, le voisin du dessus, est victime à son tour d'une tentative d'assassinat. Contre l'avis d'un de ses amis, ce dernier décide de mener sa propre enquête sur le meurtrier…

Au même titre que Suspiria et Ténèbres, Les Frissons de l'Angoisse bénéficie d'une atmosphère sans pareille magnifiée par le groupe Goblin. Souvent considéré comme le chef d'œuvre de Dario Argento, c'est un long métrage à part dans la filmographie du réalisateur italien. Difficile de ne pas penser à Blow Up de Michelangelo Antonioni, d'une part parce qu'on y retrouve l'acteur David Hemmings dans un rôle assez semblable, d'autre part parce que la thématique est également proche. Pas si étonnant quand on connait l'admiration de Dario Argento pour Antonioni. Du propre aveu du réalisateur, Les Frissons de l'angoisse s'inspirerait d'ailleurs fortement de Blow Up. Comme dans ce dernier, on retrouve un personnage incapable d'interpréter correctement la scène dont il a été le témoin. Encore une fois, il est donc question de faux semblants. Avec sa mise en scène hitchcockienne, ses effusions de sang et ses hurlements, Les Frissons de l'angoisse est un film admirable. Un sentiment irrépressible de terreur s'empare bien souvent de nous et le héros nous emporte avec lui dans son interprétation faussée de la réalité. Un grand moment de cinéma.

La maison aux fenêtres qui rient, de Pupi Avati

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La Maison aux fenêtres qui rient © A.M.A. Film

Stefano, un artiste spécialisé dans la restauration des fresques, est convié dans un petit village italien pour rénover une église. Sur place, il découvre une œuvre qui n'est autre que le martyre de Saint Sébastien. Alors qu'il projette de remettre en état cette peinture, il est rapidement confronté à l'hostilité du prêtre et des habitants du village.

Dès le générique, à la fois sombre, morbide et psychédélique, l'atmosphère de La maison aux fenêtres qui rient est tissée. Spectaculaire et terrifiante, la séquence d'ouverture en donne quant à elle le ton. Ingénieusement imbriqué sur l'enquête de Stefano et l'avancée de son œuvre dans l'église, le scénario est, en dépit de quelques imperfections, une réussite. À mi-chemin, le réalisateur Pupi Avati abandonne les teintes du film d'épouvante pour s'orienter vers une ambiance plus organique et viscérale. Les séquences tournées à l'intérieur de la fameuse maison aux fenêtres qui rient provoquent une peur difficile à expliquer. On sent vraiment que le réalisateur a cherché à travailler le spectateur au corps. Avec sa photographie ambitieuse et sa poésie macabre, La maison aux fenêtres qui rient est un giallo à classer parmi les perles du genre. Injustement méconnu, le réalisateur Pupi Avati mérite autant d'attention qu'un Dario Argento ou qu'un Mario Bava.

Suspiria, de Dario Argento

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Suspiria © Seda Spettacoli

Suzy Banner, une jeune étudiante sur le point d'intégrer l'école de danse Talm Akademie, vient d'atterrir à Fribourg. Tandis que l'orage gronde et que la pluie s'abat sur la ville, elle monte dans un taxi. La nuit tombée, elle arrive devant l'établissement, où elle aperçoit une jeune fille s'enfuir en hurlant une phrase inaudible…

Pénétrer dans l'école de danse de Suspiria, c'est un peu comme sombrer dans un rêve étrange dont on ne peut prévoir à l'avance la tournure. C'est sans doute que les couleurs sont ici trop belles, trop vives, pour ne pas dissimuler quelque chose d'insidieux, quelque chose d'interdit. Pauvre Suzy, si seulement elle avait pris le temps d'observer dans cette pluie battante les signes avant-coureurs de son destin. C'est un grand classique chez Dario Argento : dès son arrivée, le personnage principal est témoin d'un meurtre ou d'une mort dont il ne connait ni les tenants ni les aboutissants. Il va lui falloir regarder au-delà des apparences et du possible pour percer à jour le mystère qui entoure la Talm Akademie. Avec ses nuances de rouge, de bleu et de noir, Suspiria bénéficie de la direction de la photographie la plus pointilleuse dans toute la filmographie de Dario Argento. Chaque plan est l'occasion de montrer encore un peu plus son savoir faire en termes de gestion de la lumière. L'une des séquences les plus marquantes est très certainement celle se déroulant dans les dortoirs. Ces derniers, entièrement entourés de voiles au travers desquels perce la lumière, révèlent des ombres inquiétantes et se meuvent au gré des courants d'air. Le va et vient incessant de ces tentures symbolise à la fois la présence physique des adolescentes mais également leur fuite dans les limbes du cauchemar ou du rêve. L'utilisation perpétuelle de travellings avant le long des couloirs et la musique des Goblin sont des éléments transitoires pour passer de la réalité à l'horreur sous-jacente. Véritables chorégraphies, les assassinats sont superbes. Rarement la mort aura semblé aussi belle que dans Suspiria, quintessence du cinéma de Dario Argento.

À noter que Suspiria est le premier volet de la trilogie dite "des enfers" de Dario Argento. Suivront Inferno (1980) et La Troisième mère (2007).

Dans le même genre et du même réalisateur : Inferno, 1980 ; Ténèbres, 1982 ; Le Syndrome de Stendhal, 1996

L'emmurée vivante, de Lucio Fulci

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L'emmurée vivante © Rizzoli Film

Ces derniers temps, Virginia Ducci est travaillée par des visions prémonitoires. Tant et si bien qu'elle est bientôt convaincue que la demeure de son ancien mari abrite un cadavre. Après avoir fait appel à une spécialiste en paranormal, elle découvre finalement un squelette derrière un mur…

S'appuyant quelque peu sur les nouvelles d'Edgar Allan Poe, L'emmurée vivante est une œuvre majeure dans la carrière inégale du réalisateur Lucio Fulci. Souvent moqué pour son imprécision et ses réalisations fauchées dignes des plus gros navets du réalisateur Ed Wood, Fulci fait ici preuve d'une maîtrise et d'une rigueur rares. Il parvient même à dresser une intrigue complexe. Avec ses nombreux flashbacks et flashforwards, L'Emmurée vivante distille une véritable réflexion sur le temps et l'espace, où passé, présent et futur se télescopent. La mise en scène des hallucinations de Virginia force souvent le respect. Comme dans tout giallo qui se respecte, les objets (cigarette, journal, vitre brisée, etc.) sont ici fétichisés et érotisés. Chacun d'entre eux fait partie d'un véritable puzzle qu'il est nécessaire de recomposer pour décrypter le réel. Avec sa musique enivrante et son atmosphère onirique parfaitement ciselée, L'Emmurée vivante est une géniale réflexion psychanalytique sur l'inconscient. Mention spéciale pour sa beauté plastique et ses comptines entêtantes (cf. mélodie qui sera reprise dans Kill Bill vol. 1, de Quentin Tarantino).

Dans le même genre et du même réalisateur : L'éventreur de New York, 1982

Les Nuits Rouges du Bourreau de Jade, de Julien Carbon & Laurent Courtiaud

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Les Nuits Rouges du Bourreau de Jade © The French Connection

3ème siècle avant Jésus Christ. Sous le règne du premier empereur de Chine, un bourreau passionné d'acupuncture et d'alchimie met au point un élixir capable de provoquer la mort par le plaisir. Hong Kong, de nos jours. Carrie, une femme qui n'a d'yeux que pour la légende du Bourreau de Jade, rêve de retrouver la potion maudite pour perpétuer la légende. Coïncidence : une française nommée Catherine, en cavale à Hong Kong et recherchée par Interpol pour meurtre, est en possession du fameux élixir. Alors que celle-ci est à la recherche d'une personne à qui revendre son butin, le destin va lui faire croiser le chemin de Carrie. Comme si cela ne suffisait pas, le précieux flacon attire bientôt l'attention d'un influent mafieux taïwanais…

Au regard des récentes tentatives entre autres de Dario Argento (vaines, pour la plupart) de vouloir redonner un souffle au giallo, on s'attendait au pire avec cette énième rengaine. Contre toute attente, c'est une œuvre cinématographique originale et stylisée qui se révèle. D'une précision obsessionnelle, le cadrage de ce Les Nuits Rouges du Bourreau de Jade émerveille. Résidant à Hong-Kong depuis une quinzaine d'années, les réalisateurs français Julien Carbon et Laurent Courtiaud sont de véritables amoureux du cinéma. Pour ce premier film, il y a comme un grain de folie, une pointe d'enthousiasme. Très influencé, leur style rappelle celui des réalisateurs Johnnie To et Takashi Miike, respectivement chinois et japonais. Il y a même parfois du Jean-Pierre Melville : impassible, l'actrice Frédérique Bel  et son imperméable font penser à Alain Delon dans Le Samouraï (1967). Ingrédient indispensable du giallo, les meurtres brillent par leur invention et leur sensualité. Pour garder l'équilibre, Les Nuits Rouges du Bourreau de Jade mêle la beauté à la mort, l'érotisme à la violence. Il serait presque réducteur de réduire ce long métrage hors du commun à un genre. Un cocktail insensé des plus délectables.

Amer, d'Hélène Cattet & Bruno Forzani

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Amer © Anonymes Films

À travers trois moments cruciaux de son existence, Ana va traverser tour à tour la peur et le désir. Un périple initiatique au-delà des sens, aux frontières du réel…

Pour rendre hommage au cinéma italien des années 1970 et plus précisément au giallo, Hélène Cattet et Bruno Forzani livrent avec Amer une expérience sensorielle délirante qui n'est pas sans rappeler leur court métrage La Chambre Jaune, réalisé en 2002. Dans cette œuvre quelque peu expérimentale, ils parviennent à faire revivre avec brio les figures de style auxquelles nous avait habitué le cinéma italien des années 1960 – 1970. Dès le départ, on retrouve ses marques : chaque effet est très souligné, la mélodie est inquiétante (et fréquemment issue de classiques du giallo), les split-screen (division de l'écran en deux parties distinctes) sont nombreux, l'atmosphère est pleine de mystère. Plus encore qu'à l'accoutumé, la sensibilité est au centre de l'intrigue. Chaque détail, chaque plissement de tissu, éveille les sens d'Ana. La quasi-absence de dialogue renforce cet effet. Dans cette déambulation presque psychédélique, le langage que l'on connait n'a plus sa place. On est confronté à une logique onirique, qui laissera malheureusement plus d'un cartésien sur le carreau. Un objet cinématographique non identifié que l'on n'est pas prêt d'oublier.

Mais aussi…

  • La mort a pondu un œuf, de Gulio Questi, 1968
  • Une folle envie d'aimer, de Umberto Lenzi, 1969
  • Dans les replis de la chair, de Sergio Bergonzelli, 1970
  • Je suis vivant, de Ado Lado, 1971
  • Paranoïa, de Umberto Lenzi, 1970
  • Les insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock, de Fernando Di Leo, 1971
  • La tarentule au ventre noir, de Paolo Cavara, 1971
  • La Baie Sanglante, de Mario Bava, 1971
  • Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé, de Sergio Martino, 1972
  • La longue nuit de l'exorcisme, de Lucio Fulci, 1972
  • Torso, de Sergio Martino, 1973
  • Terreur à l'opéra, de Dario Argento, 1987
  • Le sang des innocents, de Dario Argento, 2001

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