Des histoires de calmars

Illustration de l’œuvre de Jules Verne "20 000 lieues sous les mers"
Illustration de l’œuvre de Jules Verne "20 000 lieues sous les mers"
Un cerveau bien fait et 4 paires de mains associés à une force énorme : Les calmars géants sont ils armés pour prendre un jour la place de l'homme en tête de l'évolution ?


Le calmar dans notre histoire et notre culture

Histoire du calmar
Le calmar, c'est avant tout le mythe d'un animal géant et terrifiant, que ce soit dans le roman de Jules Vernes, 20 000 lieues sous les mers, ou plus récemment dans le film à succès Pirates des Caraïbes.


Légendes et faits
Le calmar géant existe-t-il ?
Il existe plusieurs espèces de calmars géants, de nombreux spécimens capturés dépassant les 10 mètres. La plus grande taille, a été estimée sur des fragments à 18 mètres.
La plus connue est l'architeuthis (Architeuthis dux).
L'architeuthis n'a rien à envier au monstre décrit par Jules Vernes puisque, avec une longueur de 18 mètres, il s'agit du plus grand invertébré connu. Notons cependant que l'essentiel de la longueur vient des gigantesques tentacules.
Le corps à lui seul peut mesurer 4 mètres et il est prolongé par huit bras et deux tentacules, comme chez les autres calmars. Les ventouses sont munies d'un disque dentelé, responsable des marques retrouvées sur la peau des cachalots. En effet, les calmars géants sont attaqués par les cachalots, ces derniers étant capables de plonger à de grandes profondeurs pour les dévorer.
Les yeux de l'architeuthis sont parmi les plus grands du règne animal, leur diamètre pouvant atteindre 40 centimètres. Seul son cousin, Mesonychoteuthis hamiltoni, a des yeux de taille similaire.

Calamar géant (Architeuthis sp.) © NASA
Calamar géant (Architeuthis sp.) © NASA

Le calmar géant émerge des profondeurs
Avant la fin du 20ème siècle, les seuls spécimens d'architeuthis connus étaient des animaux trouvés morts, souvent en décomposition, ou encore dans l'estomac des cachalots, son plus féroce prédateur.
Mais à partir des années 1980, la pêche professionnelle à grande profondeur s'est généralisée et les captures d'architeuthis se sont enchaînées à bon rythme. Récemment, des pêcheurs de Nouvelle-Zélande ont capturé 23 spécimens de calmars géants, pour le plus grand bonheur des scientifiques locaux, même si aucun des spécimens n'a survécu à la remontée.
Capture après capture, on comprend davantage la biologie de cet animal. Comme tous les céphalopodes, la croissance de l'architeuthis est rapide et l'on estime que trois ans suffisent pour atteindre 500 kilogrammes.
On pense que le calmar géant occupe une grande partie de la colonne d'eau puisqu'il se rencontre depuis -300 jusqu'à -1 000 mètres. Des calmars géants ont été capturés partout autour du globe mais plus rarement dans les zones tropicales et polaires

Extrait d’un journal australien avec une des premières photos de calmar géant estimé autour de 220 kg
Extrait d’un journal australien avec une des premières photos de calmar géant estimé autour de 220 kg

C'est moi le plus gros !
Si l'architeuthis est le plus long, tentacules compris, d'autres calmars lui disputent le titre de plus gros monstre marin à l'existence avérée.
Mesonychoteuthis hamiltoni, n'est pas aussi long que son cousin, mais il est plus massif, son bec étant le plus grand de tous les calmars. Il se distingue également par l'expansion natatoire postérieure très large, sa tête plus globuleuse et ses bras et tentacules proportionnellement plus courts.
Il est certain que Mesonychoteuthis est un prédateur autant redouté qu'Architeuthis par les poissons abyssaux. Il est même fortement probable que ses capacités prédatrices soient supérieures et qu'il puisse notamment s'attaquer à des poissons plus gros.
Il vit dans des profondeurs supérieures à celles fréquentées par l'architeuthis (au delà de 1 000 mètres), ce qui contribue à sa faible notoriété, très peu de spécimens ayant été capturés dans ces eaux pratiquement inaccessibles. Des 6 spécimens connus, 5 ont été trouvés dans des estomacs de cachalot et un seul a été capturé, en 2007, à près de 2 000 mètres de profondeur.

La biologie de cette espèce est encore inconnue
L'extrémité de ses tentacules montre deux rangées de ventouses ornées d'impressionnants crochets qui ne doivent laisser aucune chance à la proie visée. Cet imposant animal des eaux froides de l'hémisphère Sud peut atteindre au moins 10 mètres, le manteau pouvant à lui seul mesurer 4 mètres, mais il est si peu étudié que sa taille maximale est impossible à estimer. L'avenir nous prouvera peut-être que c'est le plus grand de tous les céphalopodes.

De taille plus raisonnable mais tout de même impressionnante, Galitteuthis phyllura et Kondakovia longimana se rencontrent également dans les eaux australes, décidément riches en céphalopodes géants, mais aussi dans d'autres régions du globe. Atteignant respectivement une taille maximale de 2,70 mètres et 2 mètres, ces calmars sont des proies appréciées des cachalots. Le premier est caractérisé après un manteau très étiré portant sur son prolongement postérieur une membrane natatoire également allongée.
Observé par des scientifiques lors de plongées profondes, l'animal a montré un comportement très intéressant. Il gonfle son manteau et relâche son encre à l'intérieur de la cavité formée. Comme ce calmar est transparent, son corps devient complètement noir et donc totalement invisible dans les eaux abyssales. Cet étonnant stratagème est probablement une façon d'échapper à ses prédateurs bien qu'il doive être faiblement efficace face à l'écholocation des cachalots. Kondakovia longimana présente une morphologie plus classique mais sa répartition dans la colonne d'eau est particulièrement grande, depuis la surface jusqu'à plus de 200 mètres. Sa présence en surface fait des petits spécimens une proie fréquente des albatros.

Combat entre les hommes et un calamar géant
Combat entre les hommes et un calamar géant

Les calmars, maitres du monde ?
Cette proposition sur le futur de notre planète tient compte du fait que les céphalopodes sont les seuls animaux à posséder une forme d'intelligence et des organes pour l'exprimer. L'essentiel de la réussite humaine tient du fait que l'homme possède un bon cerveau ET des mains efficaces. Un dauphin, par exemple, a beau être intelligent, il ne peut rien construire. Les céphalopodes, avec leur bras incroyablement efficaces, pourraient-ils, à long terme, devenir l'équivalent de l'homme chez les invertébrés ?
Pour être honnête, on est bien loin du compte. Si les céphalopodes sont plus intelligents que leurs cousins mollusques (par exemple les escargots), leurs capacités intellectuelles sont souvent exagérées. Des expériences ont montré que les céphalopodes apprennent très mal, mémorisent difficilement une situation, et ne sont finalement pas très intelligents en comparaison des vertébrés.
L'avenir de l'homme, leader de l'évolution, ne semble donc pas menacé, du moins pas pour le moment par les céphalopodes... Céphalopode ne signifiant pas pour cela : bête comme ses pieds...

Etymologie

Commençons par le terme céphalopodes, il vaut dire pieds sur la tête. Et c'est parfaitement vrai, les bras et tentacules qui entourent la bouche des calmars dérivent d'une structure unique appelée pied, qui chez les mollusques primitifs sert à ramper sur le sol.

Le terme décapodes, fait référence aux 10 "pieds" de l'animal, en fait 2 tentacules et 8 bras.

Calmar vient du latin calamarium, qui désigne un étui où l'on mettait les calames, les roseaux qui servaient à écrire. On pense que c'est le corps du calmar, rappelant l'étui, qui lui vaut son nom, plutôt que le rapport avec l'encre. D'autres prétendent que c'est la fine coquille interne du calmar qui rappelle le calame (calamus en latin).
Encornet veut dire en forme de corne en se référant à la morphologie de l'animal.

Les synonymes
On peut l'appeler calmar, calamar, encornet, chipiron au pays basque, supion en Méditerranée, soubia en Tunisie.

Où rencontrer des Calmars ?

Absolument partout ! On trouve des calmars dans toutes les mers du globe, de la surface jusqu'aux abysses.

La pêche du calmar

Bateau pêchant industriellement dans les eaux philippines  © Arnaud Filleul
Bateau pêchant industriellement dans les eaux philippines © Arnaud Filleul

Cet animal se pêche avec des leurres ou des appâts naturels, comme un poisson mort. La pêche au leurre, appelé localement turlute, est la façon la plus rentable de le capturer. Les turlutes modernes sont des imitations de crevettes, ornées d'une ou deux couronnes de crochets sans ergots, qui ne sont pas des hameçons. Lorsque le calmar se saisit du leurre, les bras se prennent dans les nombreux crochets, et le pêcheur n'a plus qu'à ramener sa prise sans laisser de mou pour éviter le décrochage.
La défense d'un gros calmar est étonnante, plus puissante qu'on pourrait le croire, en raison du jet sortant du siphon. Attention au jet d'encre lorsque vous saisissez l'animal.
La pêche sportive du calmar est bien développée le long des côtes françaises, mais c'est au Japon qu'elle est le plus répandue, certains pêcheurs préférant même le calmar aux poissons.

Arnaud Filleul pêchant le calamar à la turlutte
Arnaud Filleul pêchant le calamar à la turlutte

Article réalisé par Arnaud Filleul et Jean-Pierre Fleury.

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