Les lamproies ne sont pas des sangsues géantes

Disque buccal d'une lamproie marine
Disque buccal d'une lamproie marine
Un corps de serpent, une bouche franchement hideuse, une vie en parasite, la lamproie n'est pas vraiment considérée comme un poisson sympathique. Mais d'un point de vue biologique, elle est vraiment intéressante.


Quelques précisions au niveau du vocabulaire

Prière de ne pas utiliser le mot poisson pour parler des lamproies !
Les lamproies ne sont pas des poissons au sens strict.
Il faut rappeler que le terme poisson est réservé à l'usage commun et qu'il n'est plus employé en science. Cependant, même lorsque le terme était utilisé par les scientifiques, il n'a jamais désigné les lamproies. La raison est simple, ce que l'on désigne habituellement par poisson est un vertébré aquatique possédant des branchies et DES MACHOIRES.
Les "poissons" appartiennent en conséquence au groupe des gnathostomes, le groupe comprenant les vertébrés à mâchoires.
Or les lamproies sont dépourvues de mâchoires. Elles ont bien une bouche, mais cette dernière n'est pas soutenue par une structure osseuse. La bouche est transformée en un disque buccal qui porte de nombreuses productions cornées servant à se fixer sur l'animal parasité et à lui râper la peau. Les lamproies n'ont donc jamais été classées parmi les poissons et on évitera d'employer ce terme pour les désigner. Le nom de leur groupe est plus complexe, elles appartiennent à la classe des céphalospidomorphes.

Les lamproies ont toutes un disque buccal, un corps serpentiforme et 7 pores branchiaux
Les lamproies ont toutes un disque buccal, un corps serpentiforme et 7 pores branchiaux

Les céphalaspidomorphes
Si l'on ne désire pas employer ce terme, faire référence aux "lamproies" est suffisant et correct aussi bien pour l'usage commun que scientifique.
On connaît des céphalaspidomorphes fossiles âgés de 430 millions d'années et on a découvert des lamproies fossilisées pratiquement identiques aux lamproies actuelles dans des couches sédimentaires datées à - 300 millions d'années.

Les lamproies ne sont pas des sangsues géantes
Les lamproies sont des... lamproies, les sangsues sont des annélides donc des vers.

Les lamproies ne sont plus des agnathes
On évite, de nos jours, de parler d'agnathe, car si on considère les formes fossiles ce groupe ne veut plus rien dire. Il vaut mieux donner
le nom de la famille, les petromyzontides.

Comment reconnaître les lamproies de France ?

Il n'existe que 3 espèces de lamproie en France : lamproie marine, lamproie de rivière ou fluviatile, lamproie de Planer ou chatouille. Toutes possèdent un disque buccal, un corps serpentiforme et 7 pores branchiaux, des caractéristiques communes à tous les pétromizontidés, il faudra donc utiliser d'autres caractéristiques pour l'identification au niveau spécifique. Il faut préciser que Petromyzon marinus (la lamproie marine) et Lampetra fluviatilis (la lamproie fluviatile) sont toutes deux, malgré leur nom, des poissons migrateurs qui partagent leur existence entre la mer et les eaux douces. Les adultes effectuent leur phase de grossissement en mer puis ils reviennent frayer en eau douce.

Description

Lamproie marine
Lamproie marine

La lamproie marine :
La lamproie marine (Petromyzon marinus) est l'espèce la plus pêchée, la plus grosse aussi. Avec une taille maximale de 1,20 mètre, c'est déjà un animal imposant. Outre sa grande taille elle se reconnaît à sa robe marbrée.

Lamproie fluviatile
Lamproie fluviatile

La lamproie fluviatile :
La lamproie fluviatile (Lampetra fluviatilis) ne dépasse pas 50 cm et sa robe est verdâtre. Petromyzon marinus et Lampetra fluviatilis sont toutes deux des espèces parasites, et elles peuvent s'attaquer à des espèces volumineuses.

Lamproie de Planer
Lamproie de Planer

La lamproie de Planer :
Enfin, la lamproie de Planer (Lampetra planeri) appelée également chatouille dans le Centre de la France, est un petit animal qui, au contraire de ses grandes cousines, effectue tout son cycle en eau douce.

Elle excède rarement 20 cm, elle est détritivore et non parasite, ce qui la rend tout de suite plus sympathique.

Le dos est brun et les flancs jaunâtres. La lamproie de Planer est très facile à capturer, et il fréquent de la rencontrer en soulevant des cailloux dans les ruisseaux. On croit parfois avoir trouvé une anguille, en raison de la robe brune de l'animal et de la forme extrêmement similaire, mais les mouvements de la lamproie de Planer sont beaucoup moins vifs que ceux de l'anguille. Il suffit alors de la saisir à pleines mains, l'animal est lent et ne s'échappera pas.

Photo <i>Petromyzon</i> corde : cette dissection de lamproie marine montre l’absence totale de vertèbres
Photo <i>Petromyzon</i> corde : cette dissection de lamproie marine montre l’absence totale de vertèbres

Taille maximale
1,20 mètre pour la lamproie marine
50 centimètres pour la lamproie fluviatile
20 centimètres pour la lamproie de Planer

Les lamproies sont caractérisées par de nombreuses particularités anatomiques :
Le disque buccal, bien sûr, mais aussi la présence de 7 pores branchiaux, l'absence total de vertèbres (voir photo), l'absence d'écailles, l'absence de nageoires paires.

En somme, ce sont des animaux extrêmement différents de tous les poissons qui peuvent, en apparence, leur ressembler.
Les lamproies n'ont, par exemple, aucun lien de parenté avec les anguilles, même si ces dernières ont également un corps serpentiforme. En fait, à part le disque buccal qui est une structure très spécialisée, les lamproies sont des animaux extrêmement primitifs.

Ethologie des lamproies

Alimentation
Le disque buccal de la lamproie est l'arme absolue pour parasiter les poissons ou les mammifères marins. La gamme des espèces de vertébrés pour lesquelles on a recensé des attaques parasitaires prouve l'efficacité de cette structure anatomique très spécialisée. Jugez-vous même : églefin, bar rayé, lotte d'eau douce, lépisostée, poisson-chat, tassergal, lieu jaune, alose, morue, brochet, carpe, esturgeon jaune, espadon, saumon atlantique, maquereau, sandre, truite fario et arc-en-ciel, corégone, requin pèlerin, mammifères marins, voici une liste non exhaustive des espèces qu'on a déjà vues parasitées par la lamproie marine.

Le fonctionnement de cette bouche très transformée est le suivant : la ventouse buccale permet de se fixer fortement sur l'animal choisi, les dents cornées effectuent alors un mouvement circulaire qui râpe la peau et les chairs, puis les dents les plus internes perforent les chairs plus profondément. Dans le même temps, un liquide anticoagulant maintient l'hémorragie. Il faut savoir que les « dents » des lamproies sont en fait des formations kératineuses, elles ne sont pas composées de tissus hypercalcifiés comme nos dents.

Activités et reproduction
Petromyzon marinus (la lamproie marine). La larve des lamproies se nomme ammocète et est complètement aveugle. Au stade ammocète, la lamproie marine ne fréquente que les eaux douces et se nourrit uniquement dans le substrat, de détritus. Ce n'est qu'après plusieurs années (2 à 5) que les ammocètes subissent une métamorphose qui les transforment en adultes. Ces derniers migrent vers la mer où ils commencent à se nourrir activement en parasitant principalement des poissons.

Après 2 à 3 ans en mer, durant le printemps, les adultes remontent les cours d'eau pour se reproduire. Ils déposent leurs oeufs dans un nid préalablement creusé puis meurent. En Amérique du Nord, les populations de lamproie marine sédentarisées dans les grands lacs sont une véritable catastrophe écologique. Les dégâts sur la faune de poissons sont énormes et de nombreuses espèces sont menacées.
Alors qu'elle était autrefois présente partout, la lamproie marine ne se reproduit plus que dans les fleuves de Bretagne, de Normandie, dans l'Adour, la Garonne, le Rhône et la Loire.

Lampetra fluviatilis (la lamproie fluviatile). Elle est devenue très rare et se rencontre beaucoup moins fréquemment que la lamproie marine. Le cycle de reproduction est identique à celui de la lamproie marine. La chair de la lamproie fluviatile est consommable, mais attention au sang et au mucus : ils sont toxiques. Prenez bien soin de parfaitement nettoyer l'animal avant de le manger.
En France la lamproie de rivière se reproduisait jusqu'en 1961 dans tous les bassins fluviaux sauf en Corse. Depuis à cause des barrages et de la pollution sur les frayères les populations sont en forte diminution.

Lampetra planeri (la lamproie de planer). Cette petite espèce ne dépasse pas 20 cm. On la rencontre depuis la Suède jusqu'en France (excepté dans la pointe Sud-est et la Corse). La phase ammocète dure 3 à 5 ans, durant lesquels la larve se nourrit de détritus qu'elle trouve sur le fond. Après la métamorphose, les adultes restent en eau douce, au contraire des deux espèces précédentes, et ne se nourrissent plus. Il n'y a pas de stade parasite chez cette espèce. La vie des adultes est brève et ce stade ne sert qu'à la reproduction.

Cette espèce est l'appât le plus efficace qui existe pour attirer les carnassiers, brochet, silure et surtout anguille. Une "chatouille" sur un hameçon c'est presque l'assurance d'une prise. Le plus difficile étant de les trouver en bêchant les bancs de sable de la rivière. Elles se font rares, surement victimes du recalibrage et de la pollution de nos petits cours d'eau.

Carte d’identité des lamproies

Classe : Céphalospidomorphes.
Ordre : Pétromyzontiformes
Famille : Pétromizontidés
Nom : Petromyzon marinus, Lampetra fluviatilis, Lampetra planeri


Article réalisé par Arnaud Filleul et Jean-Pierre Fleury.