Petites variations en raies majeurs

Raie manta
Raie manta
Les raies et leurs cousins que l'on ne trouve pas dans les eaux tempérées.


La raie manta

Et n'oublions pas la plus grande et sans doute la plus curieuse des raies, la gigantesque raie manta, Manta birostri.

Cet animal a quitté le substrat pour nager en pleine eau, ou plutôt "voler" en pleine eau, puisqu'elle utilise les expansions latérales de son disque comme deux ailes. Mais les particularités de cet animal ne s'arrête pas là : sa tète est énorme, avec une large ouverture buccale, et deux grandes expansions latérales.
Toutes ces modifications permettent à la raie manta de se nourrir de plancton, qu'elle ingère en avançant gueule béante. Un vrai prodige de l'évolution, qui a d'abord transformé les requins en raies vivants sur le fond puis en raie géante, pélagique et planctophage.
La raie manta, se trouve dans toutes les eaux tropicales du monde, souvent autour des milieux récifaux. Avec une envergure maximale de 9 mètres et un poids de 3 tonnes, c'est vraiment une raie géante.

Raie manta
Raie manta

La raie manta appartient à la famille des myliobatidés, comme l'aigle de mer, et à la sous-famille des Mobulinés. Cette sous-famille contient d'autres espèces gigantesques, très ressemblantes à la raie manta, il s'agit des diables de mer (les espèces du genre Mobula). Ces raies, aux moeurs identiques à celles de la manta, sont cependant plus petites que cette dernière, avec un maximum de 5 mètres.

Carte d'identité
Manta birostris
Famille des myliobatidés
Nom vernaculaire : raie manta
Répartition géographique : circumtropicale
Taille maximale : 9,10 m
Poids maximum : 3 000 kg

Les poissons-scies

Poisson-scie
Poisson-scie

Les poissons-scies sont des raies que l'évolution a muni d'un rostre denté et plat qui sert à la défense mais aussi avant tout à taillader les proies enfouies dans le sable où à "hacher" les bancs de poissons. Le rostre qui mesure environ un tiers de la longueur totale de l'animal est armé de 15 à 20 paires de dents. Le poisson scie commun (Pristis pristis) est une espèce des eaux chaudes, à répartition circumtropicale. On peut potentiellement le rencontrer en Atlantique-est du nord de la Floride, dans les eaux Caraïbes, jusqu'à l'embouchure de l'Amazone, ainsi qu'en Atlantique-ouest du Nord de l'Espagne, au sud du Gabon. Mais les stocks ont décliné de manière dramatique. C'est un poisson qui, en raison d'un taux très faible de reproduction (maturité tardive), de la pollution des estuaires et de la pêche (engouement des touristes pour les rostres), est sur la liste rouge de L'UINC. Sur 7 espèces 5 espèces de poissons scies sont en danger, 2 sont en danger extrême.

Carte d'identité
Pristis pristis
Le poisson-scie commun
Famille des pristidés
Taille maximale : 7,50 m
Poids maximal : 500 kg

La raie de Chaophraya

Une raie de Chaophraya pêchée et remise à l’eau par Arnaud Filleul
Une raie de Chaophraya pêchée et remise à l’eau par Arnaud Filleul

Il s'agit d'un animal énorme, qui peut peser 600 kilogrammes pour un disque de 2,50 mètres de large! Cette raie gigantesque est, en outre, venimeuse, comme beaucoup d'autres raies d'ailleurs. Elle appartient a la famille des dasyatidés, comme notre pastenague. Elle possède une longue région caudale en forme de fouet et portant un aiguillon venimeux. Avec cette caudale transformée, elle peut frapper un assaillant éventuel. Une piqûre provoque une douleur particulièrement pénible et ce durant plusieurs jours. J'ai eu la chance de capturer cette raie sur la rivière Bang Pakong, en Thaïlande, et l'animal est vraiment impressionnant. Lorsqu'on la voit arriver en surface, on est surpris par sa taille mais aussi par l'élégance de ses mouvements. Himantura chaophraya est capable de remonter très profondément dans les estuaires, c'est une espèce d'eau saumâtre, tolérante aux variations de salinité.

Carte d'identité
Himantura Chaophraya
Famille des Dasyatidés
Nom vernaculaire : La raie de Chaophraya
Répartition géographique : Asie du Sud-est
Taille maximale : 2,50 m pour le seul disque
Poids maximal : 600 kg

Les potamotrygonidés

Potamotrygon leopoldi pêchée sur le fleuve Araguaia au Brésil © Arnaud Filleul
Potamotrygon leopoldi pêchée sur le fleuve Araguaia au Brésil © Arnaud Filleul

Terminons par une présentation collective de raies très particulières, les potamotrygonidés. Ces raies des eaux douces sud-américaines se sont fait piéger par des évènements orogéniques qui ont duré du Paléocène jusqu'au Miocène (- 65 à - 23 millions d'années). Séparés de leur environnement marin, ces raies se sont adaptées à une vie en eau douce. Il s'agit donc d'un cas à part chez les rajiformes, une curiosité de l'évolution. Traditionnellement, on estime qu'il existe une vingtaine d'espèces de raies d'eau douce, réparties dans les genres Plesiotrygon, Paratrygon et Potamotrygon, la grande majorité appartenant au genre Potamotrygon. Dans les faits, il en existe sûrement beaucoup plus, mais ces animaux sont finalement assez peu étudiés.
Le bassin de l'Amazone ou encore le bassin de l'Araguaia sont simplement immenses et sont composés d'une multitude d'écosystèmes. Dans chaque affluent, il peut exister une espèce de raie qu'on ne retrouve pas ailleurs. Du coup, on ne connaîtra la véritable richesse spécifique de la famille que lorsque la collecte des poissons aura été réalisée dans toutes les rivières, c'est-à-dire dans des dizaines d'années, du moins si les écosystèmes sud-américains ne disparaissent pas avant. En ce qui concerne la reproduction, il s'agit de vivipares aplacentaires. Cela signifie qu'il y a fécondation interne, développement de l'embryon dans le ventre de la mer, mais pas d'échanges par l'intermédiaire d'un placenta. Les embryons sont nourris directement par le lait utérin. La fécondation interne est permise par les organes génitaux du mâle appelés claspers. Il s'agit d'organes allongés servant à conduire le sperme, et provenant de la transformation des nageoires pelviennes. A la naissance, les petits sortent de la mère totalement formés et autonomes. Ce sont des animaux magnifiques à observer, avec souvent des parures ponctuées superbes (voir le spécimen de Potamotrygon leopoldi présenté ci-contre). Ils viennent nager dans peu d'eau et sont observables depuis le bord.


Article réalisé par Arnaud Filleul.