Sangliers dans notre histoire

Enluminure tirée du Grand livre de la Chasse de Gaston de Foix, 14ème siècle
Enluminure tirée du Grand livre de la Chasse de Gaston de Foix, 14ème siècle
Les premières traces de relations entre l'homme et le sanglier remontent au paléolithique. Depuis cette période, l'animal est ardemment chassé pour sa viande, pour sa valeur au combat et pour l'empêcher de nuire aux cultures.


Bien avant les gaulois les hommes ont chassé et vénéré les sangliers

À l'époque néolithique, c'est-à-dire une dizaine de millénaire avant notre ère, l'homme se met à domestiquer l'animal.
Le porc domestique est né à cette et pendant des siècles, il fournit la plus grande partie de la viande consommée par l'homme en Europe.

Durant la préhistoire, la cohabitation, plus ou moins concurrentielle, plus ou moins prédatrice, de l'homme et du sanglier connut sans doute des phases diverses principalement du fait de l'alternance de périodes glacières et de phases interglaciaires. A cette même époque, il est très présent sur les pourtours de la méditerranée et apparaît fréquemment dans la mythologie et notamment celle des grecs.
Dans les récits abondants qui constituent cette dernière, le sanglier intervient assez souvent, toujours sous un aspect néfaste, ainsi dans la légende d'Hercule : le troisième de ses travaux a conduit le héros à combattre le sanglier malfaisant qui se terrait sur Erymanthe, une montagne d'Arcadie ; ou encore, dans le récit rapporté déjà par Homère du sanglier monstrueux de Calydon, envoyé par Artémis pour punir l'impiété de son roi

Hercule et les sangliers d'Erymanthe
Hercule et les sangliers d'Erymanthe

Pendant tous ces temps anciens, il est frappant de constater que le sanglier fut pour l'homme non seulement un concurrent mais aussi un adversaire réellement dangereux.
A l'époque gauloise au moment ou se sont développées les grandes forêts en Europe, l'animal est chassé autant par plaisir que par nécessité. C'est à cette même période qu'il prend une valeur symbolique de plus en plus forte et l'allure d'un véritable symbole guerrier. Les représentations figurées qui attestent de ce caractère abondent. L'une des plus célèbres est la statuette trouvée à Euffigneix en Haute Marne.
Les pratiques funéraires de l'époque reflètent également l'importance accordée à la bête. Dès l'âge du Bronze (2000 - 800 av. J.-C.), on dépose dans les sépultures des défenses de sanglier. On y voit une promesse d'abondance dans l'au-delà, peut-être, pour le guerrier, la préfiguration du banquet divin qui attend les plus méritants.
Le sanglier figure souvent dans l'héraldique médiévale comme un animal symbolisant la force et la ténacité comme le fameux sanglier des Ardennes. S'il n'est peut-être pas l'héritier direct d'un dieu-sanglier gaulois, il montre néanmoins que la continuité symbolique peu survivre aux ruptures religieuses ou culturelles. On retrouve également notre animal dans les armoiries de ville et sur les armes de familles illustres. Il sera aussi adopté pour des insignes de régiments.

Grès et défenses de sanglier
Grès et défenses de sanglier

Notre animal apparaît souvent dans la pharmacopée du passé. L'utérus de laie, après marinade fournissait une poudre qui passait pour renforcer celui de la femme et le rendre propre à la fécondation. L'urine de l'animal tué restant dans la vessie était, après adjonction d'un peu d'huile, mise à sécher dans la cheminée ; lorsqu'elle avait pris la consistance du miel, c'était un remède contre les calculs biliaires et les vers chez l'enfant.
Les défenses des mâles furent également employées comme talisman pour la protection. Les romains en fixaient aux harnais de leurs chevaux avant les batailles. Aujourd'hui on les voit toujours comme pendentifs pour les ânes ou les mules dans certains pays.
Les soies de l'animal continuent pour leur part à fournir à la brosserie une matière première d'une qualité exceptionnelle et irremplaçable ; d'une dureté qu'il les rend inusables, elles sont en même temps d'une grande douceur.

Pour finir, ajoutons à ce chapitre le célèbre dialogue entre nos deux héros de bande dessinée qui ont réjouis des générations d'adolescents par leur bonhomie :

- Obélix: Tu sais, Astérix, le druide Amnésix avait peut-être raison... Si je ne fais pas attention, je vais devenir gros... Je vais me mettre au régime... Je ne vais manger que des biscuits, avec peut-être un petit quelque chose dessus...
Astérix: Un petit quelque chose ?... Quel petit quelque chose ?
Obélix: UN SANGLIER PAR TOUTATIS !


Des mots autour du sanglier
Les mirettes sont les yeux des sangliers. Les suittes ou suites en sont les testicules, le vrille la queue, les écoutes les oreilles, le boutoir le groin. La hure est la tête, l'armure est la peau épaisse qui recouvre les flancs ; les gardes sont des os situés derrière les jambes prés des pieds.
La laie, la femelle fait ses petits, les marcassins, dans un chaudron.
Un sanglier prend ses bains de boue dans une souille. Lorsqu'ainsi il se souille, on disait autrefois qu'il se ventrouiller et qu'il naziller.
Un sanglier passe son repos dans une bauge ; cette bauge est souvent située dans un fort au milieu d'un taillis impénétrable.
Lorsqu'il cherche sa nourriture en labourant le sol avec son boutoir, le sanglier fait des boutis.
Lorsqu'il creuse moins profond à la recherche de vers de terre il fait des vermillis.
Lorsqu'il se frotte et laisse des traces de boue sur les arbres, il fait des houzures.

Un sanglier qui a un les onglons du pied-avant qui remonte en se rapprochant du centre est pigâche.

Le sanglier change de nom en changeant d’âge

Un mire se battant avec un grand vieux solitaire ? couverture du Chasseur Français, années 50
Un mire se battant avec un grand vieux solitaire ? couverture du Chasseur Français, années 50

A la naissance il est marcassin, puis à 4 mois, il devient bête rousse, à 1 an bête de compagnie, à 2 ans, ragot( ragote pour la femelle) à 3 ans tiers an, à 4 ans quartanier, pour vers cinq ans devenir mire à six grand sanglier et peut-être plus tard grand vieux solitaire...

Sanglier au ferme, couverture du Chasseur Français, années 50
Sanglier au ferme, couverture du Chasseur Français, années 50

Souvenirs de chasse
Quand un sanglier est aux abois, c'est-à-dire qu'il ne dérobe plus par fuite ou par ruse mais qu'il fait tête aux chiens qui le fixent en aboyant et en tentant de le mordre, on dit qu'il tient le ferme ou qu'il est au ferme, qu'il fait ferme . Le ferme est roulant s'il s'interrompt et si les abois qui l'accompagnent montrent qu'il se déplace.

Quand le sanglier fait tête et se défend, il contremord. On appelle dentées ou atteintes les coups qu'il donne de ses défenses et décousent et qui éventrent, les chiens les chevaux et les hommes.

"Assaut de lévrier, fuite du loup, défense de sanglier" est une observation cynégétique devenue adage militaire signifiant, attaquer comme un chien, fuir comme un loup ou se défendre comme un sanglier.
Au cerf la bière, au sanglier le miére (le chirurgien) pour signifier que le cerf est plus dangereux que le sanglier puisqu'il mène au cercueil alors que le sanglier ne fait qu'infliger des blessures réputées soignables.
Les équipages de chasse à courre spécialement créancés dans le sanglier sont des vautraits.

En bas le sanglier, en haut le renard
En bas le sanglier, en haut le renard

Homonyme
Un sanglier est un bucheron spécialisé dans le sciage de long. C'est lui qui est en bas, celui qui est en haut est le renard.
Le sanglier est aussi celui qui retire d'un tronc d'épicéa la partie entre aubier et écorce. Cette sangle servira à cercler les fromages vacherins et Mont d'Or.

Article réalisé par Eric Tournier et Jean-Pierre Fleury.