La seiche commune

Seiche commune
Seiche commune
Parmi les céphalopodes qui sont tous des animaux extraordinaires, la seiche est l'une des espèces de ce groupe les plus faciles à observer. Il suffit d'aller les pêcher pour avoir entre ses mains une petite merveille de la nature commune mais pas banale.


Des animaux pas comme les autres

Les céphalopodes qui ont une durée de vie très courte donc une croissance très rapide constituent une véritable manne pour les espèces marines supérieures. Seiches et calamars (on peut aussi dire calmars, et pourquoi pas encornets), par leur nombre et leurs capacités de reproduction, sont (comme les sardines et les harengs) une des bases de la nourriture des marlins, des morues mais également des cachalots et des dauphins.

Les seiches sont des céphalopodes, ce qui littéralement signifie qu'elles ont les pieds dans la tête ou la tête dans les pieds... Les seiches, et les céphalopodes en général, sont les plus intelligents des mollusques. Des expériences de laboratoire ont mis en évidence leur capacité à des mémoriser des événements simples comme le trajet pour trouver de la nourriture. Cependant, leurs capacités, certes exceptionnelles pour des mollusques, sont très souvent exagérées. Les céphalopodes restent d'intelligence faible par rapport à la plupart des vertébrés.

La seiche est un mollusque à "réaction" qui se déplace en contractant et en libérant brusquement l'eau qu'elle contient dans un siphon. La seiche peut orienter son siphon pour choisir sa direction, lorsqu'elle se propulse, notamment pour fuir un prédateur.

Aplysie ou lièvre de mer © Genny Anderson
Aplysie ou lièvre de mer © Genny Anderson

La poche d'encre de la seiche existe aussi chez les calmars ou les pieuvres. Elle permet de générer un écran noir protecteur au moment de la fuite. L'encre est éjectée par le siphon. La seiche n'est pas le seul animal de nos côtes à se cacher derrière un écran protecteur. L'aplysie ou lièvre de mer, un mollusque ressemblant à une limace brune avec des "oreilles", emploie aussi la technique de l'écran protecteur. Il est facile de les provoquer dans les mares à marée basse lorsqu'en janvier elles s'approchent de l'estran (zone du littoral découverte et recouverte deux fois par jour par les marées) pour se reproduire. Devant la menace, elles émettent un épais rideau d'encre de couleur violette du plus bel effet. Attention, la chair de l'aplysie est toxique !

Si vous trouvez un os de seiche sur la plage, vous verrez qu'il est très léger. Il contient en effet de l'air, ce qui permet à la seiche de rester parfaitement immobile entre deux-eaux.

Ethologie de la seiche

Bec de seiche © A. Filleul
Bec de seiche © A. Filleul

Alimentation
Les tentacules sont très longs en proportion des bras, ce qui permet à la seiche d'attraper ses proies avant qu'elles ne se sauvent, les proies pensant être toujours à bonne distance. Malheureusement pour la crevette ou le crabe qui passe trop près de la seiche, l'extrémité des tentacules est couverte de ventouses qui agrippent fermement la proie pendant qu'elle est amenée jusqu'aux bras. Une fois prisonnière des 8 bras de la seiche, la proie ne peut plus rien faire, d'autant que le bec chitineux (vient de chitine, la substance cornée des invertébrés, le bec des céphalopodes mais aussi l'exosquelette des arthropodes (araignées et scorpions). Ne pas confondre avec la kératine qui elle est la substance cornée qui entre dans la composition des tissus durs des invertébrés comme les ongles ou le bec. Ce bec permet de briser les carapaces des crustacés. Les effets d'une toxine secrétée par les glandes salivaires peut la rendre la morsure douloureuse.
La seiche peut manger tout animal de petite taille passant à sa portée, mais les crustacés constituent l'essentiel de son régime alimentaire.

Activité
C'est un animal côtier que l'on rencontre dans des profondeurs modérées, en général à une quinzaine de mètres de la surface de l'eau. Elle se promène à proximité du fond, sur toute sorte de substrat, mais elle semble préférer les fonds mixtes, alternant rochers, prairies, et sables. Elles y trouvent leur large spectre de proies, notamment les crustacés et les petits poissons. En tant normal, elle nage à vitesse modérée grâce aux expansions latérales du manteau, qui ondulent et permettent une nage vers l'avant. La propulsion liée au siphon provoque une accélération utilisée surtout dans un mouvement de fuite vers l'arrière.

Reproduction de la seiche
Reproduction de la seiche

Reproduction
Les seiches effectuent des mouvements migratoires liés à la reproduction, s'éloignant des côtes durant l'hiver, mais s'en rapprochant à la belle saison. Selon les régions, il peut y avoir un pic de reproduction du printemps à l'automne. Cette activité est visible sur nos côtes qui voient apparaitre nombre de cadavres sur l'estran puisque les seiches meurent à l'issue de leurs accouplements.

Durant la reproduction, la seiche se livre à des danses nuptiales et des changements de coloris spectaculaires, incluant des vagues sombres traversant le corps et un ventre vert phosphorescent. L'accouplement se fait tête contre tête, le mâle déposant ses spermatophores, des capsules contenant les spermatozoïdes, dans le manteau de la femelle, à l'aide de son bras transformé, le bras hectocotyle. Les oeufs sont fécondés dans le corps de la femelle. Ils seront ensuite déposés par cette dernière sur un obstacle quelconque. C'est d'ailleurs un piège pour les seiches qui ont tendance à déposer leurs oeufs sur les casiers et à entrer à l'intérieur au passage. Les oeufs sont noirs et forment une grappe, rappelant l'aspect d'une grappe de raisins. Des grappes décrochées se trouvent assez souvent le long de la plage à marée basse.

Il n'y a pas de stade larvaire, ces oeufs contiennent des miniatures de seiches déjà prêtes à larguer leur encre si elles se sentent menacées.

Grappe d’œufs de seiche ©A. Filleul
Grappe d’œufs de seiche ©A. Filleul

Article réalisé par Arnaud Filleul et Jean-Pierre Fleury.

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