Le silure et les hommes

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Silure de 2,28 m de 81 kg pêché à Arles dans le Rhône © Dominique Meunier
Silure de 2,28 m de 81 kg pêché à Arles dans le Rhône © Dominique Meunier
Le silure n'est pas un poisson autochtone, son arrivée est principalement liée à l'action de l'homme.

Le silure dans notre histoire et notre culture

Histoire du silure
L'histoire du silure commence en Asie, aire d'origine de la famille des Siluridés. On peut trouver les cousins du silure jusqu'en Asie du Sud-est. Le silure glane, quant à lui, s'étend vers l'ouest. La croissance du silure est maximale au-dessus de 25 degrés. Il s'alimente assez peu en dessous de 15 degrés, ce qui conditionne sa répartition. De ce fait, son habitat le plus au Nord est la Pologne.

Si l'arrivée du silure est récente en France, il s'agit cependant de la deuxième vague de colonisation. Les archives paléontologiques prouvent que le silure glane était présent en France au Pliocène (-2 à -5 millions d'années) près de Perpignan. Mais les glaciations ont eu raison des populations de silure implantées à cette époque, et l'aire de répartition a considérablement diminué, pour ne subsister que dans certaines zones-refuge, notamment le Danube pour les populations de silure d'Europe centrale.

Puis, lentement, avec le réchauffement, le silure est parti à la reconquête des milieux dulçaquicoles européens, grandement aidé par des implantations liés à l'homme, qu'elles soient légales ou totalement sauvages. C'est le cas des introductions réalisées par des pêcheurs sportifs. On parle ainsi d'une dizaine de silures relâchés dans le canal du Rhône au Rhin dès 1868, puis de captures dans le Doubs l'année suivante. Notons qu'en France, on considère que la colonisation naturelle n'a pas eu lieu, seul l'homme est responsable de l'arrivée du silure. C'est également le cas avec l'exemple plus récent de l'Espagne, où le silure a simplement explosé, dans le bassin de l'Ebro. Dans notre pays, un propriétaire d'étang introduisit une vingtaine de spécimens dans un affluent de la Seille, elle-même affluent de la Saône. La messe était dite, deux grands lieux de la pêche sportive du silure étaient nés.

Maintenant, on trouve des silures dans tous les grands axes fluviaux de France, y compris dans la Seine, des individus de 2 m ont été capturés au pied de Notre-Dame.

On reporte de nombreux effets indésirables dans plusieurs écosystèmes où il a été introduit, notamment une diminution de poissons blancs, mais aussi une diminution des carnassiers, que le silure consomme sans mal. Par exemple, la population de sandres de l'Ebro, en Espagne, a grandement chutée depuis l'arrivée du silure, voici maintenant plus de trente ans. Néanmoins, l'absence d'études scientifiques empêche l'établissement de conclusions fiables. D'une façon générale, l'introduction d'espèces est toujours une activité à haut risque, et il faut éviter ce genre d'initiative.

Illustration parue dans l’ouvrage de L’abbé Bonnaterre en 1788
Illustration parue dans l’ouvrage de L’abbé Bonnaterre en 1788

Au 18ème siècle, on ne l'appelait pas silure mais le "mal"
L'abbé Bonnaterre en 1788, parle du silure glanis, dans Tableau Encyclopédique de la Nature, en appelant ce poisson le mal.
Le mal a une seule nageoire sur le dos. Le corps est glissant, recouvert de limon... Le mal atteint parfois une grosseur monstrueuse. En 1761, on en prit un sur l'Oder à Writzen en Pologne qui pesait au moins 750 livres sans y comprendre les entrailles, la tête ni les nageoires.
Traduit en langage moderne ce silure pesait au bas mot environ 500 kg.

Silure glane
Silure glane

Légendes et faits
Ce poisson gigantesque a entraîné les légendes les plus folles, sur l'intégralité de son aire de répartition. C'est bien normal, la taille de ce poisson a de quoi inquiéter. Néanmoins, et pour couper court aux rumeurs, le silure n'a jamais fait aucune victime humaine.
En revanche, il peut mettre un coup de gueule dans les palmes d'un pêcheur en float-tube.
Il peut aussi avaler tout cru un petit chien, comme ce fût le cas dans un parc allemand où un silure avait été introduit par un pêcheur.
On l'a vu arracher un sac de carpiste avec à l'intérieur une carpe de 10 kg.
Il peut également, je l'ai vu moi-même, dévorer un autre silure d'1,20 m, qui avait été placé au piquet pour prendre une photo.
Autrement, si aucune attaque sur un jeune enfant n'est connue à ce jour, elle n'en reste pas moins possible.

Le silure dans notre assiette
L'avantage de la chair du silure, et de l'intégralité des espèces de Siluriformes, c'est qu'elle est totalement dépourvue d'arrêtes. En effet, les Siluriformes sont dépourvues d'épineuraux et d'épipleuraux, des os intermusculaires qui s'insèrent normalement entre chaque tronçon de chair, et qui constituent l'essentiel de ce qu'on appelle communément "arrêtes".
Il est donc aisé de faire des darnes avec ce poisson, mais la chair est un peu molle et fadasse. Cela reste consommable pour qui le souhaite.
On peut également le fumer comme l'on fume l'églefin pour faire du haddock.
C'est la base de la nourriture des pêcheurs des rives du Danube où ils l'accommodent en sauce avec du paprika.

Etymologie de la silure

Poisson-chat
Poisson-chat

Silure glane est le nom commun dérivé du nom scientifique Silurus glanis. Glanis était le nom latin du silure ainsi que d'une rivière du Campanie.

Les synonymes
On peut l'appeler silure ou silure glane, mais il n'y a pas d'autres synonymes en Français.
Le terme poisson-chat est à déconseiller. Certes, il peut désigner collectivement toutes les espèces de Siluriformes ("les" poisson-chat) mais lorsqu'on parle d'une seule espèce, il ne désigne qu'Ameiurus melas, le poisson-chat nord-américain introduit dans les eaux françaises.

Où rencontrer des silures ?

En France, tous les grands fleuves et rivières ont leur population de silures, suite aux introductions sauvages. Rhône, Saône, Rhin, ont vu les premières captures de grands silures, notamment dans les années 90. Mais on peut maintenant prendre des silures de 2 m dans la Seine et des poissons plus gros encore dans la Loire. Dordogne et Garonne ont maintenant leurs silures. Ce poisson étant un prédateur opportuniste et généraliste, il est promis à un bel avenir dans l'intégralité de son aire de répartition.

La Pêche du silure

Le silure a permis aux pêcheurs de prendre des poissons d'une taille qui leur était autrefois inaccessible. Songez que des poissons de deux mètres pour 50 kilos sont maintenant des captures courantes, reléguant loin derrière les carpes et les brochets.
Évidemment, le matériel et les techniques ont dû être adaptés au gigantisme de ce poisson. On utilise maintenant du matériel presque similaire à celui utilisé pour les grands poissons marins tropicaux. On le pêche principalement au vif, aux pellets ou au leurre.

Pour le vif, on utilise en général un carpeau de 500 grammes ou une anguille, accroché sur des triples de taille 3/0 au minimum. Le plus souvent, le vif est fixé par l'intermédiaire d'une bouée, elle-même ancrée sur le fond. Cela permet de laisser le vif actif sur le poste voulu, en général près d'une fosse, où le pêcheur aura préalablement repéré les silures à l'échosondeur.

Pour les pellets, ses aliments normalement utilisés en aquaculture, le pêcheur effectue au contraire un lourd amorçage, destiné à fixer les silures sur le poste voulu. Il ne reste qu'à placer ses cannes à la manière des carpistes, avec détecteurs de touches, et à attendre qu'un silure attaque la grappe de pellets placée sur l'hameçon.

Au leurre, toutes les techniques sont utilisables depuis la mouche (qui se pratique notamment en Espagne) jusqu'au gros leurres souples manié sur le fond. On peut pratiquer du bord ou en bateau, mais de plus en plus de pêcheurs aiment le côté sportif du float-tube, bien que prendre un gros spécimen sur cet ustensile est franchement acrobatique, voire périlleux.

Arnaud Filleul et un silure d’environ 40 kg
Arnaud Filleul et un silure d’environ 40 kg

Il se défend avec son poids
Le silure offre un combat très lourd, mais il faut admettre que le poisson est assez peu vigoureux, notamment en comparaison des grandes espèces marines de pêche sportive, comme les carangues et les thons. Mais pour un pêcheur qui n'a pratiqué qu'en France, ce sera à coup sûr le combat de sa vie.

Les pêcheurs de l'Europe de l'Est, pionniers en matière de pêche du silure, utilisent la technique du klonck. Le klonck est un petit morceau de bois avec lequel ils frappent la surface de l'eau pour émettre le son : "klonck", qui attire les silures.



Article réalisé par Arnaud Filleul et Jean-Pierre Fleury.

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Mots clés :poissonssilure