Les tortues et les hommes

Dans le massif des maures, tortue d’Hermann tentant de fuir un incendie - ©Village des Tortues (SOPTOM)
Dans le massif des maures, tortue d’Hermann tentant de fuir un incendie - ©Village des Tortues (SOPTOM)
Rencontres avec quelques tortues sortant de l'ordinaire.


Que faire en présence d’une tortue ?

Quelques conseils venant de Bernard Devaux, le créateur et l'animateur de la SPOTOM (Association Pour l'Observation et la Protection des Tortues et de leurs Milieux)

Tortue dans la nature
Quand on trouve une tortue dans le Var, il faut la laisser à sa place, et surtout ne pas la bouger. Elle est de toute façon protégée, vous encourez donc une amende si vous la ramassez dans la nature. Par contre, les reproductions en captivité sont autorisées si elles ne sont pas sauvages. Elles sont parfois vendues en animalerie, ce qui complique beaucoup leur conservation (le public ne comprenant pas qu'elles soient en vente autorisée).

Détention de tortue
Si on détient une tortue, il faut désormais la déclarer en préfecture. Si on en détient plus de 6, il faut passer un Certificat de Capacité. Si on veut la placer, on contacte le Village des Tortues, qui peut parfois l'accueillir ou la placer.

Tortues en captivité
Les tortues en captivité ne doivent pas être mélangées, pour éviter des hybridations ou des transmissions de maladie. Les tortues ne sont pas faites pour la captivité ou les jardins, et elles cherchent toujours à s'échapper.

Pour la sauvegarde des tortues en France

Bernard Devaux répare une tortue blessée par un chien à la Clinique des tortues - ©Village des Tortues (SOPTOM)
Bernard Devaux répare une tortue blessée par un chien à la Clinique des tortues - ©Village des Tortues (SOPTOM)

Dans la nature, les principaux problèmes sont l'urbanisation, les activités humaines (routes, industries, agriculture, incendies), la destruction des milieux, et le ramassage. L'espèce est de plus en plus rare, et ses effectifs diminuent chaque année.

Pour la sauvegarder, la SOPTOM a été créée en 1986 et a ouvert le Village des Tortues en 1988. Les principales actions sont :

  • protection des milieux ;
  • études et recherches ;
  • information et sensibilisation ;
  • élevages et remises dans la nature.


A Gonfaron, dans ce Village des Tortues s'est ouvert la première Clinique des Tortues qui se consacre uniquement aux soins, à la prévention, et aux réparations de tortues.

Trois vétérinaires ont d'abord apporté leur expérience. Maintenant, des capacitaires continuent à accueillir plus de 300 tortues par an.
Les blessures sont liées aux relations avec les humains : écrasements par voitures, blessures par tondeuses à gazon ou par morsures de chiens. En dehors de ces traumatismes, on y soigne des malnutritions, des otites, des parasites internes, et parfois des kystes ou cancers, ainsi que des infections bactériennes.
Une grande partie des tortues soignées à la clinique ou élevées sont relâchées dans la nature lors de programmes autorisés par les scientifiques et par l'État.

Les tortues et l’histoire

Eschyle
Eschyle

Une tortue tueuse a été fatale au dramaturge grec Eschyle
En 456 av J.C, Eschyle, après avoir survécu à la bataille de Marathon, vit venir son trépas sous la forme d'une tortue tombée du ciel. Un jour, se promenant dans les environs de Gela en Sicile, un aigle planerait au-dessus de sa tête, à la recherche d'un rocher pour briser la carapace de la tortue qu'il tient entre ses serres. En prenant le crâne chauve d'Eschyle pour une pierre, il lâche la tortue dessus. Celui qui est reconnu comme le père de la tragédie grecque est tué sur le coup. La postérité se souvient que l'oracle avait prédit qu'Eschyle serait tué d'un coup venant du ciel... Une remarque, l'oiseau tueur était surement un gypaète barbu, un superbe rapace charognard qui a l'habitude de larguer ses proies, des os en général, pour les briser sur des pierres afin d'en manger la moelle.

Les tortues, armes de guerre
La plus connue est la formation dite de la tortue que prenaient les soldats romains. Ils se regroupaient et se mettaient à l'abri des projectiles en se faisant une carapace avec leurs boucliers.

Au XVIIème siècle s'était une sorte de bombe de bronze qui servait à miner les ponts.

Dans un domaine quand même plus pacifique, la tortue était, il y a peu la formation compacte inventée par les avants de l'équipe de rugby de Bègles pour enfoncer le pack adverse. Grâce à cette stratégie, l'équipe de l'Union Bordeaux Bègles avec, entre autres, Simon, Moscato, et Laporte est devenue championne de France en 1991.

Les tortues, source de nourriture et de pharmacopée

La ronde qui a servi à nourrir les porcs prussiens
La ronde qui a servi à nourrir les porcs prussiens

Lacepède parle d'une tortue terrestre appelée la Ronde par d'Aubenton, qui servait à améliorer la nourriture des cochons en Prusse.

Au Portugal, les lépreux consommaient de la viande de tortue en espérant y trouver un remède.

Les tortues ont longtemps nourri les populations côtières et les marins. Les récits des équipages Hollandais qui s'arrêtaient à Rodrigues, à proximité de l'Ile Maurice, se souviennent de plages où les tortues étaient tellement nombreuses que jusqu'à l'horizon on n'y parvenait pas à voir le sol.

Cette abondance a disparu de ces parages en même temps que les dodos et les drontes.

Galileo à Joffreville, Madagascar. © Domaine de Fontenay
Galileo à Joffreville, Madagascar. © Domaine de Fontenay

Rencontre avec une tortue pas comme les autres
Longtemps les Seychelles ont servi de réservoir de viande fraîche aux navigateurs. Les immenses tortues terrestres étaient des proies faciles à capturer et à garder vivantes à fond de cale. Beaucoup furent décimées et devinrent de la soupe sur la route maritime des épices.

Parfois, l'un d'eux survivait au couteau et au naufrage. C'est le cas de Galileo qui vit encore maintenant des jours tranquilles. J'ai encore le souvenir de son étrange rencontre lors d'un tournage d'Histoires Naturelles au domaine de Fontenay à Joffreville dans la région de Diégo Suarez à Madagascar.
Jean-Paul Debleds, éminent et passionné erpétologue, nous faisait l'honneur de ces lieux avant d'aller à la recherche de boas, fréquents en ces endroits encore protégés. Nous vîmes alors arriver parmi les pierres sèches d'un grand enclos, une étrange créature.
Marie José de Speville, la maitresse des lieux, fit les présentations. Nous avions en la personne de Galileo, une splendide tortue mâle d'Aldabra, la chance d'être en présence d'un des animaux les plus vieux vivant en ce monde. Etrange impression que de côtoyer ce monument qui était déjà sur terre alors que Napoléon n'était pas encore né et que la Nouvelle venait juste d'être "découverte".
Galileo, qui ne dit plus son âge depuis longtemps, a laissé deviner aux scientifiques qu'il a environ 250 ans. A part le poids des ans (250 kg) quelques rides et un début bien légitime de cataracte, Galileo se porte comme un charme. Le secret de sa longévité : quelques bananes quotidiennes et beaucoup de verdure. Et depuis longtemps, la chance. D'abord celle de ne pas avoir fini sous forme de soupe ou de rôtis à bord d'un navire en partance pour Batavia, ensuite celle d'être soignée, plutôt choyée au domaine de Fontenay.

Et n'oublions pas la tortue de La Fontaine en nous souvenant que pour gagner une course réputée perdue d'avance, rien ne sert de courir il faut partir à point...

Homonymes

Illustration de la fable du lièvre et de la tortue
Illustration de la fable du lièvre et de la tortue

C'était autrefois une tumeur à la tête.
C'était dans la région de Metz, un pain que l'on trempait dans la soupe.
C'est le nom d'un papillon appelé vanesse.


Article réalisé par Jean-Pierre Fleury.