La murène commune / iStock.com - Kurga

La murène commune

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La murène a une réputation ambiguë. Elle serait dangereuse, mais les plongeurs l'approchent et la nourrissent comme un animal de compagnie.

Comment reconnaître la murène ?

Il faut d'abord préciser que reconnaître les murènes de nos eaux n'est pas compliqué. On y rencontre la murène commune, à la robe marbrée, et la murène brune, aux coloris effectivement plus unis et brunâtres. En revanche, quand on cherche à identifier les 200 espèces de murènes du monde, c'est un vrai casse-tête. Voici quelques clés pour une première approche.

Description
La murène commune présente toutes les caractéristiques des Murénidés, une famille de poissons à l'anatomie remarquablement semblable. Le corps serpentiforme de la murène est parfaitement lisse au toucher et recouvert d'un épais mucus.

La gueule est effrayante. Le museau est assez pointu, la partie postérieure des mâchoires est large, et l'ouverture buccale très grande. On notera surtout des rangées de dents caniniformes qui incitent à la prudence.

Les nageoires dorsale et anale sont très longues, elles se rejoignent postérieurement. La caudale, au contraire, n'est pas différenciable. Du coup, l'extrémité postérieure du corps est pointue. On notera l'absence de nageoires pectorales et pelviennes. Il n'y a pas d'opercule, l'ouverture branchiale est réduite à un simple orifice. Toutes ces caractéristiques sont partagées par l'intégralité des murènes du monde. La robe marbrée de la murène commune la distingue (un peu) de ses cousines. Notons que cette robe est un parfait camouflage.

Taille
La murène commune peut mesurer 1,50 m ce qui est d'ailleurs la taille normale chez les Murénidés.

Longévité
Non étudiée.

La murène et ses cousins

Origines des murènes

La murène appartient au super-ordre des Elopomorphes, à l'ordre des Anguilliformes, et à la famille des Murénidés. Une explication de tous ces groupements hiérarchiques s'impose, car la murène est un fantastique exemple pour illustrer les changements évolutifs que peuvent subir des poissons en 150 millions d'années.

Une curieuse larve !

Le super-ordre des Elopomorphes est un assemblage hétérogène qui regroupe des poissons d'allure primitive, comme le tarpon, et des poissons extrêmement évolués, comme les Anguilliformes. Les poissons qui vivaient au Jurassique, alors que les dinosaures marchaient sur la terre ferme, avaient l'allure d'un hareng, ou justement d'un tarpon. C'est à partir d'un poisson à la forme d'un tarpon que la nature a fabriqué, mutation après mutation, des espèces aussi spécialisées que l'anguille, le congre ou la murène.

Malgré leur anatomie très différente, on est sûr que le tarpon, et encore le bonefish (un poisson bien connu des pêcheurs sportifs), sont apparentés aux anguilles et murènes, car tous ces animaux ont une caractéristique en commun : ils présentent un stade larvaire unique : la larve leptocéphale. Il s'agit d'une larve à tête petite (d'où son nom) et au corps allongé et très aplati latéralement, lui donnant un aspect rubané. Cette larve présente l'étonnante particularité de se raccourcir à la métamorphose, ce qui signifie que la juvénile est plus courte que l'adulte.

D'autres faits curieux singularisent cette larve. Elle est remplie d'une substance mucilagineuse. Elle porte souvent de grandes dents mais dans le même temps, elle semble se nourrir principalement de bactéries et ne se sert donc pas de ses mâchoires.
Une bien curieuse larve ! Si spécialisée qu'elle prouve que toutes les espèces qui la possèdent proviennent d'un même ancêtre chez qui ce type de larve est apparu pour la première fois. L'ancêtre a légué à sa descendance actuelle la larve leptocéphale qui est considéré comme le caractère définissant le groupe des élopomorphes. On dit d'une telle caractéristique que c'est la synapomorphie des Elopomorphes.

Une grande famille

Murène ruban

Au sein des Elopomorphes, les Anguilliformes forment un vaste ensemble de plus de 700 espèces au corps allongé et extrêmement transformé par rapport à l'état primitif. Outre l'aspect serpentiforme, la plupart les Anguilliformes ont développé une multitude d'adaptation à la vie dans le substrat. On notera par exemple le minuscule orifice branchial, qui est une adaptation à l'enfouissement. De même, les écailles sont souvent minuscules et totalement intégrées dans la peau. Le corps est couvert d'un épais mucus.

Parmi les familles incluses dans l'ordre des Anguilliformes, on notera les murénidés (celle des murènes), mais aussi les anguillidés et les congridés, qui ont des représentants sur nos côtes. Sans oublier un étonnant anguilliforme, le grand-gousier, un poisson des profondeurs à la gueule démesurée.

Adaptée à la vie dans les rochers

Murène léopard

Les murènes n'ont ni nageoires pelviennes ni pectorales. Il faut savoir que les nageoires paires sont fréquemment perdues dans l'histoire évolutive des poissons adaptés à la vie dans les trous rocheux ou à l'enfouissement dans le substrat. Au contraire, les nageoires dorsale et anale sont très longues, et se regroupent postérieurement, au point que la nageoire caudale n'est pas identifiable.

Sur nos côtes, nous avons la murène commune, présente en Méditerranée comme sur la façade atlantique, et la murène brune, seulement présente en Méditerranée. Notons que si la diversité spécifique des Murénidés n'est pas importante en France, les membres de cette famille fréquentent toutes les mers tempérées et tropicales du globe.
La plus grande murène est une espèce tropicale, Strophidon sathete, qui atteint 4 mètres. Enfin, précisons que, au sein des Murénidés, le genre Muraena compte à lui-seul 11 espèces.

Une grande gueule pleine de dents

Murène géante

Les murénidés forment une grande famille de 15 genres pour 200 espèces, à la morphologie très homogène.
Ce sont surtout les variations de la robe qui permettent de reconnaître les espèces, mais cette dernière varie avec le substrat.
La principale caractéristique des murénidés est d'avoir des mâchoires très reconnaissables, avec une très large ouverture buccale. Si le museau est fin, les mâchoires deviennent plus larges postérieurement, et surtout, elles montrent des rangées de dents caniniformes très impressionnantes. La vilaine morsure des murènes leur donne bien mauvaise réputation, d'autant que la plaie s'infecte facilement. Notons cependant que les murènes de nos côtes ne sont pas venimeuses, au contraire de certaines espèces du Pacifique qui produisent des toxines.

Ne pas confondre les murènes avec les congres et les anguilles

Description congre et anguille

Bien que ces poissons montrent tous un corps serpentiforme, la robe uniforme de l'anguille et du congre et la forme de leur tête empêchent toute confusion avec les murènes, en particulier la murène commune, à la robe marbrée.

La distinction entre l'anguille et le congre est un peu plus subtile. S'il s'agit de spécimens de taille équivalente, la confusion est possible. Il faut alors regarder l'anatomie de ces deux espèces de plus près. L'anguille présente une bouche prognathe, la mâchoire inferieure dépassant nettement la mâchoire supérieure. Chez le congre, c'est l'inverse, c'est le museau qui est proéminent. De plus, la nageoire dorsale du congre commence juste en arrière des pectorales, beaucoup plus antérieurement que chez l'anguille.

Ethologie de la murène

Alimentation
Au contraire de la plupart des poissons Téléostéens, la murène ne peut pas aspirer sa proie, car les mâchoires allongées ne se projettent pas vers l'avant en formant un tube. Du coup, elle "cloue" sa proie avec ses canines et l'entraine dans son repère rocheux, où elle finira la dégustation. Les Murénidés ont développé un système de dents pharyngiennes qui viennent agripper la proie comme des hameçons. Du coup, elle attaque à l'affut poissons, crustacés et céphalopodes qui passent près de son trou, mais peut également partir en chasse aux alentours de son repère, notamment à la nuit tombée.

Activité
La murène, essentiellement nocturne, aime les eaux peu profondes et encombrées où elle peut se cacher durant la journée.
On la rencontre depuis les zones de bordure, par une quinzaine de mètres de fond, jusqu'à des zones plus éloignées, mais pas au-delà de 150 mètres de profondeur.
La murène aime principalement les rochers, les récifs coralliens, les épaves et les obstacles en tout genre.

Reproduction
C'est une espèce ovipare à fécondation externe, mais la reproduction est globalement peu étudiée.

La murène est-elle dangereuse ?

Ce poisson discret n'aime pas être dérangé. Si aucune attaque spontanée n'a été recensée, elle réagit à la provocation et peut mordre un plongeur qui l'embête un peu trop. Notons que la morsure de la murène commune n'est pas venimeuse, mais les bactéries de la gueule du poisson entrainent une infection rapide, d'autant que la blessure n'est, en général, pas belle à voir. Les tahitiens préconisent l‘application de jus de citron sur la morsure pour éviter l'infection.

Carte d’identité de la murène

Classe: Ostéichtyens (les poissons osseux)
Ordre : Anguilliformes
Famille : Murénidés
Nom : Muraena helena


Article réalisé par Arnaud Filleul.