Santé : que sont les perturbateurs endocriniens ?

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Santé : que sont les perturbateurs endocriniens ? / iStock.com - Zerbor
Santé : que sont les perturbateurs endocriniens ? / iStock.com - Zerbor
Bisphénol A, pesticides, perchlorates… les perturbateurs endocriniens se trouvent partout autour de nous. La communauté scientifique estime que nous sommes quotidiennement exposés, à doses variables, à des centaines de ces substances chimiques dissimulées dans nos vêtements, les emballages, ou encore sous forme résiduelle dans la poussière. Que sont concrètement les perturbateurs endocriniens ? Et quels sont leurs effets sur notre santé ? Décryptage. 


Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?

Un perturbateur endocrinien (que l’on trouve souvent sous l’acronyme PE) est une substance chimique capable d’agir sur le système hormonal d’un organisme. Les hormones sont sécrétées par des glandes spécialisées pour réguler un certain nombre de comportements de notre corps, comme la puberté, la faim, la libido ou encore par exemple le rythme cardiaque. Il existe des perturbateurs endocriniens intentionnellement produits pour interférer dans le fonctionnement du système hormonal. C’est notamment le cas des traitements contraceptifs. Cependant, certaines substances influent malgré elles indirectement sur le fonctionnement du système endocrinien. C’est par exemple le cas du bisphénol A, que l’on retrouve dans les emballages alimentaires, les lunettes et dans certains produits cosmétiques. Le parabène et le phtalate, également présents dans les cosmétiques, comptent parmi les perturbateurs endocriniens les plus connus. Les perturbateurs endocriniens altèrent le système hormonal en mimant l’action d’une hormone par leur structure moléculaire similaire à celle d'une hormone naturelle, en saturant le récepteur d’une hormone pour bloquer son action ou en interférant directement avec l’action d’une hormone. Ces interférences peuvent influer directement sur la circulation sanguine, la fonction sexuelle, la croissance ou encore le comportement. 

A quel niveau d’exposition représentent-ils un danger pour notre santé ?

Une dose infime de perturbateurs endocriniens peut suffire à augmenter considérablement les risques de voir certaines pathologies liées au système hormonal se développer, car la quantité d’hormones sécrétées est généralement faible. Les individus les plus vulnérables à l’action des perturbateurs endocriniens sont ceux qui expérimentent des périodes importantes dans le développement hormonal, comme la puberté ou la maternité. Par ailleurs, il semblerait que l’action de certaines molécules ne s’arrête pas à un individu, mais puisse produire des effets transmissibles de génération en génération. Selon la communauté scientifique, la nette augmentation des maladies hormonales aujourd’hui résulterait ainsi de l’exposition aux perturbateurs endocriniens des générations précédentes. 

En 2013, l’OMS a reconnu inefficace la méthode avec laquelle les niveaux d’exposition « sûrs » pour l’être humain étaient déterminés. Cette méthode impliquait en effet l’existence d’un seuil sous lequel les effets adverses ne sont pas observables. Les travaux de recherches effectués ces dernières années ont cependant démontré qu’un tel seuil n’existait pas, et que les perturbateurs endocriniens agissaient même à faible dose sur le système hormonal.

Concernant les effets les plus néfastes, une étude et un rapport publiés simultanément le 7 mars dernier font état du potentiel impact des perturbateurs endocriniens sur la croissance du cerveau du fœtus. L’étude, publiée dans la revue Scientific Reports, a été menée par une équipe de chercheurs du laboratoire Evolution des régulations endocriniennes (du Muséum national d’histoire naturelle -CNRS). Le rapport a quant à lui été rédigé par plusieurs experts à la demande de l’association caritative britannique CHEM Trust. Le rapport insiste sur le fait que lors du processus de développement cérébral, une perturbation des hormones thyroïdiennes peut avoir de sérieuses conséquences, comme l’apparition de troubles autistiques ou la réduction du quotient intellectuel.  L’étude, réalisée sur des têtards, démontre que, malgré une infime exposition, le cocktail de substances affecte le fonctionnement des hormones thyroïdiennes, et modifie concrètement l’expression de plusieurs gènes qui participent de près ou de loin à la construction cérébrale.