Cités sans voitures : la piétonisation, enjeu des villes du XXIe siècle

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Cités sans voitures : la piétonisation, enjeu des villes du XXIe siècle / iStock.com - China Face
Cités sans voitures : la piétonisation, enjeu des villes du XXIe siècle / iStock.com - China Face
Striée de canaux, Venise est une ville qui ne connait pas la circulation automobile. Dans son sillage et depuis plusieurs années, des dizaines de villes dans le monde ont décidé de bannir la circulation routière de plusieurs axes urbains rendus à la libre mobilité des piétons. Qu’implique ce mouvement ? Quels sont les enjeux et moyens d’un tel réaménagement ? 

Qu'est-ce que la piétonisation ?

Le terme piétonniser signifie transformer la circulation d’un axe (rue, ruelle, route) pour le rendre exclusivement accessible aux piétons et aux transports collectifs. Au XXème siècle, les villes se sont construites autour de grands axes de circulation routière, permettant de desservir les commerces et infrastructures. L’objectif étant d’assurer une connexion facile et fluide entre un point A et un point B.

La voiture, véhicule motorisé privilégié des transports individuels intra-urbains et périurbains, occupe une place prépondérante dans l’esthétique de la ville d’aujourd’hui. En périphérie ou en leurs centres, les villes sont traversées par des axes de circulation routière conçus pour accueillir des milliers de véhicules par jour. A travers l’utilisation d’un système de signalisation universel, la circulation des véhicules motorisés conditionne d’une certaine manière celle des piétons et des cyclistes. La présence des véhicules motorisés est également palpable le long des trottoirs où se trouvent des places de stationnement, et dans l’environnement sonore.

Dans ce contexte, piétonniser un axe de circulation routière implique non seulement un réaménagement urbain, mais également une démarche de réappropriation de l’espace urbain.

Quels sont les enjeux de la piétonisation ?

La piétonisation a pour vocation de concentrer une affluence continue de passants sur une artère donnée. Sur une artère commerçante, la circulation concentrée des piétons permet une redynamisation des activités commerciales.  En effet, une étude réalisée en 2012 par le centre de recherche et d’éducation en transport de l’Université de Portland en Oregon (en anglais) révèle que les usagers des transports « actifs » — piétons et cyclistes — consomment plus que les passagers d’une voiture.

Si les consommateurs qui circulent à pied dépensent davantage que les consommateurs véhiculés, c’est parce qu’ils sont plus susceptibles de céder à un achat compulsif ou de se laisser tenter par une consommation ponctuelle (thé, café, pâtisserie) au détour d’une vitrine. Si la dynamisation économique est un impact positif de la piétonisation, son enjeu le plus important est cependant d’ordre écologique.

En effet, la réduction du volume de véhicules motorisés à essence en circulation vise en premier lieu à réduire la pollution atmosphérique. Depuis la fin des années 1990, plusieurs villes dans le monde se plient à l’expérience des journées sans voiture. Institutionnalisée, la Journée mondiale sans voiture a lieu chaque année le 22 septembre. Le dimanche 25 septembre 2016, la ville de Paris a pour l’occasion piétonnisé près de 650 kilomètres de chaussée dans la moitié de la ville. Ailleurs, la vitesse était limitée à 20 km/h. Des activités de sensibilisation à la pollution atmosphérique étaient organisées un peu partout ce jour-là. Airparif, l’association de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France, a observé une baisse moyenne de 20 à 35 % de dioxyde d’azote sur les stations dans le périmètre de l’opération Journée sans voiture. 

Le difficile réaménagement des axes

Si certaines villes se plient à l’exercice à des fins de sensibilisation, d’autres n’ont pas hésité à franchir le pas de la franche et concrète piétonisation. C’est le cas par exemple de la ville de Mulhouse, en Alsace,, devenue piétonne en son centre dès 2015. Interrogé par le quotidien québécois Le Devoir en avril 2016, le maire de Mulhouse explique les difficultés rencontrées lors du processus de piétonisation. Pour faciliter la transition, il préconise de prendre son temps car les projets de piétonisation  sont "des projets d’envergure, qui bousculent les manières de penser et de concevoir la ville." 

Ces aménagements impliquent des changements importants, de l’ordre du bouleversement des habitudes des citoyens. Pour le maire de Mulhouse, un échéancier pondéré et progressif a été indispensable à la participation et à l’acceptation citoyenne du nouvel aménagement.

Un peu plus au nord, la capitale norvégienne s’est illustrée l’année dernière en communiquant ses ambitions de piétonisation de grande envergure. Le projet de la municipalité d'Oslo ? Éradiquer la circulation des voitures particulières dans le centre-ville dès 2019. Présenté en janvier 2016, à l’occasion de la conférence « Oslo sans voitures, utopie ou réalité ? », le projet prévoit la restructuration de 730 000 m2 d’espace urbain, comprenant  des bureaux, des commerces, des monuments historiques, des habitations, mais également des stations de transports en commun.

Pour la municipalité et ROM, le groupe immobilier en charge du projet, la proximité des transports en commun, les réseaux de pistes cyclables  et les artères piétonnes sont des points essentiels pour rendre l’utilisation de la voiture superflue. La ville a décidé d’axer le projet sur un travail collaboratif entre des constructeurs immobiliers et des créateurs d’infrastructures de transport pour développer un projet harmonieux et durable.