Toujours plus de jeunes concernés par le syndrome Tanguy

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Toujours plus de jeunes concernés par le syndrome Tanguy
Toujours plus de jeunes concernés par le syndrome Tanguy

Pour sonder le mode de vie des plus de 25 ans résidant chez leurs parents, Lemonde.fr a recueilli, à travers l'appel "Vous avez plus de 25 ans et vous vivez encore chez vos parents : témoignez", de nombreux récits. En provenance des États-Unis, d'Espagne, de Suède, de Colombie ou encore de France, ces derniers révèlent un phénomène international, plus masculin que féminin.

D'après les témoignages recueillis par Lemonde.fr dans le cadre d'une enquête internationale, les personnes de plus de 25 ans habitant toujours chez leurs parents représentent une part importante. En Europe, 35 % des hommes de 25 à 34 ans sont ainsi concernés, contre seulement 21 % des femmes de la même tranche d'âge. Depuis cinq ans, soit au début de la crise des subprimes américaines, ce phénomène se serait considérablement accentué.

Et contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, cette génération souvent baptisée "boomerang", "kangourou", "hotel mama" ou "nidicole" – adjectifs utilisés pour les espèces dont les petits ne parviennent pas à se déplacer seuls – est loin de s'apparenter au désir farouche de cocooning d'un Tanguy (symbole français faisant référence au film éponyme d'Etienne Chatiliez, 2001). Car il faut en effet savoir que ce syndrome est dans la plupart des cas subi et dépendant de raisons économiques, comme le souligne la sociologue Cécile Van de Velde, spécialiste de la jeunesse à l'EHESS.

Un phénomène qui s'explique par des raisons économiques

Toujours plus de facteurs permettent ainsi d'expliquer ce phénomène générationnel, comme l'augmentation du chômage des jeunes, l'envolée du coût des études, la hausse des prix immobiliers, la multiplication des divorces et des séparations sans oublier la pression professionnelle. Tant et si bien que ces 25 – 34 ans ne parviennent pas, alors même qu'ils le souhaitent, à obtenir ou à conserver leur indépendance.

Alors que l'autonomie est pourtant un des fondements de la réussite aux États-Unis, pas moins de 21,6 % des 25 – 34 ans américains cohabiteraient avec leurs parents, d'après le Census Bureau. Ces derniers ne représentaient que 15,8 % en 2000 et 11 % en 1980. Certains spécialistes avancent même qu'il faut remonter à la crise des années 1930 pour observer des proportions plus élevées. À noter que sur dix trentenaires concernés par le phénomène, neuf indiquent participer aux dépenses ménagères et cinq déclarent payer un loyer, selon l'institut Pew Research.

En outre, d'après les résultats d'Eurostat, ce retour des 25-34 ans dans le foyer des parents serait passé en France de 8 % à près de 12 % entre 2006 et 2011. Le Royaume-Uni varie quant à lui entre 15 % et 17 % sur les deux dernières années, contre 12 à 13 % avant la crise. Dans certains pays européens, ces ratios ont même explosé, gagnant dix points. C'est notamment le cas de la Grèce, de la Bulgarie, de la Slovaquie ou encore de Malte, où 50 % des 25-34 ans vivent chez leurs parents. Résultat semblable en Espagne, en Italie et au Portugal, où le pourcentage oscille entre 40 % et 50 %. Dans la zone euro, la moyenne est de 26 %.

Face à la tradition du cocooning sans culpabilité, des voix s'élèvent

À l'heure où une nouvelle approche libérale est désormais de mise en Amérique du sud, le coût des études ne cesse d'augmenter et entraine l'ire de certains parents. "Enfants à la maison, jusqu'à quand ?", peut-on lire sur le site internet mexicain Supermujer.com.mx. Résultats : de nombreux jeunes se sentent mal à l'idée de rester chez leurs parents, sans pouvoir faire autrement. Pour aider les familles à faire face à ce syndrome, des psychologues mettent notamment ligne des conseils accessibles à tous sur YouTube.

Aujourd'hui, bien que les situations soient très différentes d'un pays à un autre, des réseaux sociaux comme Twitter, à travers le hashtag #hotelmama, permettent aux jeunes concernés de comparer leurs habitudes et de former une véritable communauté internet.

Des conséquences démographiques à prévoir

La difficulté, toutefois, pour ces jeunes est de se projeter dans l'avenir. Comme l'indique la sociologue Cécile Van de Velde, ces derniers ont du mal à accomplir leur sexualité et construire les projets qui s'y rattachent. Conséquence : une certaine fragilité psychique se développe chez ces trentenaires. Le sociologue Emmanuel Todd note par exemple le décrochage de la fécondité en Espagne, où certains 25-34 ans résidant chez leurs parents ne peuvent pas vivre avec quelqu'un ni avoir des enfants. Ce qui pourrait entrainer "l'émergence de familles complexes".