Lifestyle : quel tatouage et pour qui?

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Quel tatouage et pour qui? / iStock.com - Beornbjorn
Quel tatouage et pour qui? / iStock.com - Beornbjorn
Rencontrée sur le Mondial du tatouage qui s’est tenu à Paris du 9 au 11 mars 2018, Léa Nahon est tatoueuse depuis 17 ans après un bac à l’école Boulle à Paris. Elle a exercé à Paris, aux États-Unis, en Angleterre, avant de se baser en Belgique. Spécialisée dans les portraits et les représentations humaines, elle évolue hors de son salon à l’occasion d’événements un peu partout dans le monde. Elle nous parle de la popularisation du tatouage qui s’est révélée ces dernières années.


Une pratique mainstream

Pratique.fr : De plus en plus de personnes se font tatouer, qui sont ces nouveaux "clients" ? Leurs motivations sont-elles différentes de celles des clients tatoués d'autrefois?

Lea Nahon : Ces «nouveaux» clients sont justement de tous milieux confondus, c’est ce qui change d’avant. On ne tatoue plus seulement les taulards, les marins ou les gens un peu en marge, maintenant, tout le monde y passe ! Hommes politiques, infirmières, chômeurs, etc… C’est devenu «mainstream» plus que «à la mode». Ce sont les artistes tatoueurs qui ont provoqué ça. Avant, le tatouage était réduit à quelques styles particuliers (japonais, old school, tribal…). Les gens ne s’y reconnaissaient pas donc ne passaient pas le pas. Mais depuis une grosse dizaine d’années, de nombreux artistes sortis d’écoles d’arts ou d’univers comme le graph et la sérigraphie se sont mis à tatouer dans plein de styles différents et la proposition a changé. Beaucoup de personnes se sont rendu compte de tout ce qu’il était possible de faire et que ce côté plus « graphique » émergeant était ce qu’ils attendaient pour passer le cap.

Ne pas voir trop petit

Pratique.fr : Quels sont les types de tatouages les plus demandés?

Lea Nahon : Personnellement je ne tatoue que mes propres dessins et je suis assez spécialisée dans les portraits et les représentations humaines, donc je ne suis pas très bien placée pour parler de la demande des clients. Mais je pense qu’à part quelques effets de modes, la demande est aussi vaste que la clientèle.

Pratique.fr : Pour un premier tatouage, quel conseil donnerais-tu?

Lea Nahon : De ne pas voir trop petit ! Beaucoup veulent commencer petit pour tester avant de faire le grand saut, mais une fois qu’on commence à se faire tatouer on ne s’arrête pas, Il y a très peu d’exceptions ! Donc autant y aller franchement, ça ne fera pas plus mal et au moins, le résultat ne ressemblera pas à une tache perdue sur un corps !

Pratique.fr : Peut-il t'arriver de refuser une demande et pourquoi?

Lea Nahon : Je refuse pas mal de demandes puisque je ne fais principalement que mes dessins. J’ai choisi ce système de fonctionnement à cause de la redondance. Les gens ont tendance à se faire tatouer ce qu’ils ont déjà vu. Je me suis donc retrouvée à faire 4 fois une version « dans mon style » du Baiser de Klimt (pour ne citer que cet exemple). Pas facile de trouver 4 fois l’inspiration sur ce genre de thème, même si j’ai aimé les résultats à chaque fois. Mais une cinquième fois aurait été de trop. Il y a beaucoup de thèmes récurrents comme ça qui deviennent beaucoup moins intéressants artistiquement une fois qu’on les a déjà tatoués au kilomètre. Donc quand je refuse, c’est dans le but de faire quelque chose de nouveau.

Des clients avertis

Pratique.fr : Peut-on dire que certains tatouages sont réservés à une clientèle particulière, où le grand public ne va pas?

Lea Nahon : Oui, je pense que les très grosses pièces genre intégral japonais (ou autres styles) sont quand même plus rares que les autres. Ce n’est pas réservé à qui que ce soit en particulier, mais ce sont plutôt des clients très avertis qui s’y collent. Ce type de tatouage représente un savoir des traditions, du style, un certain budget et une sacrée volonté. Parfois ces clients n’ont commencé qu’avec un petit tattoo, mais dépassé un stade, c’est un autre engagement que la petite pièce sur le poignet!