Et si notre propre voix conditionnait notre état émotionnel ?

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Et si notre propre voix permettait de manipuler nos émotions ?
Et si notre propre voix permettait de manipuler nos émotions ?

Un informaticien spécialiste du son au CNRS et un chercheur suédois en sciences cognitives ont publié une étude étonnante sur les émotions dans la revue PNAS. En substance, les deux hommes estiment que la voix d’une personne conditionne son état émotionnel.

Est-ce parce que nous sommes soucieux que notre voix est faible ou sans aspérité, ou inversement parce que nous sommes enjoués qu’elle se teinte d’une certaine musicalité ? Jean-Julien Aucouturier, un informaticien du CNRS spécialisé dans le son, et un chercheur suédois en sciences cognitives, viennent de livrer une conclusion plaidant en ce sens. Les deux hommes ont fait appel à une centaine de personnes au Japon et dans l’Hexagone. Les participants ont été amenés à lire un passage d’une nouvelle de Haruki Murakami à des personnes non informées quant à la finalité de l’étude. Mais au cours de l’expérience, les voix des lecteurs ont été modifiées en temps réel via un logiciel informatique nommé David mis au point par l’Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique), et ce, sans le savoir.

Le programme en question produit quatre sortes d’effets : il modifie la hauteur de la voix, en montant par exemple le ton ou au contraire en l’abaissant, il ajoute un vibrato pour donner une impression de peur, des décalages soudains dans le phrasé, et des filtres altérant le spectre sonore. Concrètement, le dispositif a été capable de traiter la voix en 20 millisecondes à chaque fois, sans que cela ne semble étrange aux auditeurs. Après deux minutes de lecture, les modifications débutaient, et se poursuivaient en gradation.  La grande majorité des lecteurs ne s’est pas rendu compte de cette manipulation. Mais lorsqu’ils ont rempli le questionnaire relatif à l’expérience, les participants dont la voix a été rendue plus enjouée par le logiciel se sont dits plus joyeux, et ceux dont l’intonation a été donnée à entendre avec une nuance de tristesse ont noté qu’ils étaient plus sombres.

Résultat, les chercheurs ont conclu que l’homme sous estime nettement dans quelle mesure sa propre voix et son intonation peut interférer sur son comportement ou son état émotionnel. Mieux : les scientifiques jugent qu’il est de cette manière possible de manipuler une personne à l’aide de sa propre voix.

 

Sources : huffingtonpost, jdd

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