Tout ce qu'il faut savoir sur le punk

Les Ramones lors d'un concert à New-York - Creative commons / Plismo
Les Ramones lors d'un concert à New-York - Creative commons / Plismo
De The Monks à The Offspring en passant par les Sex Pistols, petit historique de la musique punk, de sa naissance dans les garages américains au milieu des années 1960 à nos jours. Instruments, influences, mutations... Vous saurez tout sur cet univers musical devenu une culture à part entière.


Comment définit-on la musique punk ?

"Punk", littéralement, désigne une personne incohérente ou un objet sans valeur. Il s’agit d’un terme initialement utilisé pour définir le mouvement Garage Rock US, qui déferle aux Etats-Unis à la suite de la British Invasion (une « épidémie » venue d’Angleterre portée par les Beatles et toute une armada de groupes anglais, adolescents). Ce mouvement, caractérisé par son amateurisme et une forme de spontanéité s’affranchissant des règles établies, évolue pour devenir un mouvement contestataire. L’appellation ne sera officialisée qu’en 1972, pour désigner des formations politisées, pratiquant un rock sauvage, simplifié à outrance dont la musique se concentre sur l’énergie pure. Elle est souvent reconnaissable par l’utilisation d’accords simples et répétitifs, particulièrement saturés, reposant sur une rythmique martiale. Le chant est quand à lui généralement scandé, si ce n’est simplement hurlé. Le mouvement Punk connait son apogée à la fin des années 1970 en Angleterre grâce au génie de Malcolm Mc Laren et de groupes comme The Clash, qui offrent au mouvement une identité propre, des codes et une vraie dimension arty. Héritier du Dadaïsme, le mouvement représente une désillusion face aux mutations du monde et aux espoirs avortés des 60’s. Un mouvement qui combat le rock par le rock. Un nihilisme porté au rang d’art de vivre (de préférence sans aucun futur). Il donnera naissance au mouvement New Wave qui fera les belles heures des années 1980 et continuera de survivre au travers de groupes sans concessions et confidentiels. Tandis que des versions édulcorées, très éloignées du mouvement d’origine enflammeront quelques années plus tard les charts et les chaînes musicales.

Aujourd’hui, l’étiquette punk est apposée à peu près partout. On commercialise des classeurs "Punk" pour les écoliers, on fait la publicité de gel coiffant en utilisant les coiffures typiques du genre. La révolution a bien eu lieu, et se retrouve disponible dans les rayons des supermarchés. Partout, sauf au rayon musique.

Les instruments

  • Guitare électrique
  • Guitare basse
  • Batterie

Les principaux genres

  • Punk rock

La naissance du punk rock

Le terme "punk" est utilisé pour la première fois au milieu des années 1960. C’est à cette époque que des groupes débutants décident de se lancer dans la grande aventure rock, en commençant par le garage paternel. Les Monks font indéniablement parti des pionniers du genre. Avec leurs morceaux sombres et incisifs aux paroles résolument provocantes (I Hate You), ils élaborent une musique qui, bien que dans la lignée des aînés d’Angleterre, déconstruit peu à peu leur style pour un son franchement plus direct, plus sauvage. Ce mouvement plus complexe qu’il n’en a l’air tire ses racines de l’esthétique dadaïste. Son objectif : créer une rupture avec l’existant à l’instar des théories de Marcel Duchamp et plus tard d’Andy Warhol, l’un des parrains, entre autres, du Velvet Underground et de la scène rock new-yorkaise. À la fin des années 1960, le punk rock se politise toutefois au travers de groupes issus du prolétariat d’un autre genre : une tendance bien éloignée des milieux artistiques et intellectuels new-yorkais. Venus du Michigan, des groupes comme le MC5 ou les Stooges, optent ainsi pour une sauvagerie totale, repoussant les limites et posant les fondements d’un genre musical à part entière.    

L'explosion punk

Une fois les bases solidement installées, la décennie 70 va sonner comme l’âge d’or du mouvement. A New-York, les parrains absolus du mouvement, les Ramones, réussissent la synthèse parfaite en adoptant des formats de pure pop exécutés dans une esthétique nihiliste et adolescente. Un cocktail qui servira de référence à nombre de leurs descendants. Patti Smith, la figure tutélaire du genre, et les Modern Lovers de Jonathan Richman apparaissent avec un son plus fouillé et une approche esthétisante digne du Velvet. Dans la même veine, les New York Dolls inspireront nombre des groupes américains et anglais, en décomplexant tout un chacun et prouvant que faire de la musique n’est qu’une question de détermination. Ces derniers serviront aussi de modèles pour différents groupes majeurs, parmi lesquels Johnny Thunders & The Heartbreakers avec Born to Lose, et Richard Hell & The Voidoids et sa Blank Generation, qui pousseront l’autodestruction et la mésestime de soi au rang d’art.

C’est le dernier manager des New York Dolls, Malcolm Mc Laren, très inspiré par les effets scéniques et vestimentaires de Richard Hell, qui va mettre en place à son retour d’Angleterre ce qui sera l’explosion du mouvement. Avec les Sex Pistols, portés par le charisme démoniaque de John Lydon, qu’on appellera désormais Johnny Rotten, la musique Punk devient tout à la fois une musique, une attitude et un style vestimentaire. Construite sur des provocations savamment orchestrées, la réputation du groupe s’amplifie à une vitesse extraordinaire et fait de celui-ci le porte-étendard d’une jeunesse rebelle en attente d’une rupture avec la société, dans laquelle elle ne se reconnaît pas. Dès lors, le mot punk est utilisé à tout bout de champ et finit d’être officialisé par l’apparition d’une revue, sobrement intitulée « Punk », qui sera éditée pour la première fois à New-York en 1976.

C’est définitivement en 1977 que tout se joue. Une année qui voit  la sortie du premier single des Sex Pistols, Anarchy in the U.K. Sans oublier le premier album du groupe The Clash, qui initie une des plus brillantes et riches carrières du mouvement punk, avec un premier single ravageur : White Riot. Dans la foulée, une nuée de jeunes groupes apparaît, dans un marché constitué de 45 tours qui sonnent comme des hymnes. Les Buzzcocks de Manchester avec Ever Fallen in Love (With ….), les Vibrators avec Yeah Yeah Yeah, les Damned avec New Rose,  ou les Stranglers avec Peaches signent quelques indémodables du punk.

Dès l’année suivante, les choses ont changé : les Sex Pistols sont séparés et une nouvelle génération reprend le flambeau. Les Undertones débarquent, et son légendaire DJ anglais John Peel s’évertue à diffuser chaque soir l’énorme Teenage Kicks, pendant de très longues années. Les Only Ones signent leur unique tube, Another Girl, Another Planet, et Suicide, venu de New-York, participe, dans un grand mouvement de violence à l’émergence du moment en interprétant notamment le devenu légendaire Ghost Rider. Les Godfathers frappent un grand coup avec l’irrésistible Birth, y va de son School, Work, Death. De l’autre côté de l’Atlantique, Dr Feelgood renoue avec un certain esprit des pionniers du rock’n’roll pour livrer une œuvre à l’énergie redoutable comme dans She Does it Right, pendant que leurs cousins new-yorkais des Dictators, réalisent dans une veine humoristique California Sun. Le punk est dès lors un mouvement mondial. En Australie, ce sont les Saints qui donnent le La avec (I’m) Stranded, pendant qu’en Allemagne, Nina Hagen prépare une carrière éclaire calquée sur les extravagances des Sex Pistols.

Mondialisé, le genre est vite dévoyé. L’esprit d’origine est peu à peu abandonné pour revenir à des préoccupations plus musicales, dont les velléités révolutionnaires se retrouvent reléguées au second plan.

Des années 1980 à nos jours

Les rebonds du punk se feront désormais sur le continent américain. Ils prendront au fil des ans divers visages – des incroyablement mélodiques Germs aux très provocants Dead Kennedys. Au milieu des années 1980, le mouvement, quasiment éteint en Grande-Bretagne, trouve aux Etats-Unis une terre d’accueil fertile avec des groupes comme Bad Religion ou X et Social Distortion, qui réintroduisent dans leur punk de purs éléments de culture musicale américaine. Les années qui suivront verront l’émergence de groupes punk dont les attitudes nourriront les fantasmes d’une middle class américaine en recherche de rébellion facile, derrière des écrans de télé où retentissent les tubes imparables de Green Day ou Offspring.

La musique punk, souvent réduite à l’expression de quelques adolescents en rupture, friands de provocations faciles est ainsi en réalité un mouvement plus complexe recélant de nombreuses surprises. Et si le terme punk s’est dilué sous la pression notamment des diktats du marketing, il reste la dernière révolution musicale ayant réellement transformé la musique rock.