Bécasse des bois

Couverture du livre d’Yves Ferrand et François Gossman "La bécasse des bois" disponible à www.effet-de-lisiere.com
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La bécasse des bois passe bien souvent inaperçue à moins qu'on ne la guette au printemps lors de ses vols nuptiaux au crépuscule.


Description de la bécasse

Ne pas confondre avec les bécassines et les bécasseaux.
La bécasse des bois (Scolopax rusticola) se reconnaît au premier coup d'oeil. Un long bec qui lui vaut son appellation, des yeux hauts placés sur le crâne, de courtes pattes et surtout un plumage de teinte "feuille morte" la distinguent de tous les autres oiseaux forestiers. Ses plus proches cousines, les bécassines (bécassine des marais, bécassine double, bécassine sourde, en Europe) sont nettement plus petites.
Plus élancées et fréquentent les zones humides.
Bécasseau sanderling
Bécasseau sanderling
Les bécasseaux, qui sont aussi appelés alouettes de mer, ne sont ni des alouettes ni des bécasses. Qu'ils soient maubèche, sanderling, tacheté, minute, de Temminck, cocorli, violet, variable, falcinelle ou bien rousset, ils ne font pas, malgré le piège tendu par le vocabulaire partie de la famille. Ils sont plus petits, ont le bec plus courts et fréquentent presqu'uniquement les milieux littoraux.
Attention le mot bécasseaux est néanmoins légitiment utilisé pour désigner le petit de la bécasse.
Les mensurations de la bécasse avec une longueur totale comprise entre 27 et 31 cm et une envergure de 60 à 66 cm pour un poids moyen d'environ 320 gr lui confèrent une silhouette rondelette.
Le bec, organe sensible et préhensile, mesure en moyenne 7 cm. Des bécasses au bec anormalement court (inférieur à 5 cm) sont signalées régulièrement. La cause de cette anomalie est inconnue.
Le plumage de la bécasse des bois associe les bruns, les noirs et les argentés selon un arrangement qui diffère d'un individu à l'autre. Il lui fournit une tenue de camouflage très efficace sur la litière forestière. C'est pour cette raison qu'elle est appelée la "mordorée".
Mâle et femelle se ressemblent et aucun critère externe ne permet de les différencier à coup sûr. En revanche, la distinction entre les jeunes de première année et les adultes est possible grâce à l'examen du plumage des ailes. Une mue non achevée des grandes couvertures et/ou l'extrémité crénelée des grandes rémiges sont la signature d'un jeune oiseau.


Une espèce migratrice…et sédentaire

La majeure partie de la population européenne de bécasses des bois niche au Nord et à l'Est du continent et se voit donc contrainte de quitter ses sites de nidification à l'approche de l'hiver. Cette migration automnale (ou post-nuptiale) débute mi-septembre dans l'Oural et s'étire sur environ deux mois et demi.
En France, l'essentiel des passages migratoires a généralement lieu en novembre. La migration se fait de nuit, par petits groupes de 5-6 oiseaux. Les conditions météorologiques influent sur les modalités de la migration : un temps doux la freine alors qu'un coup de froid "encourage" les oiseaux à gagner au plus vite leurs sites d'hivernage.
Deux flux principaux guident les bécasses dans leur voyage migratoire d'automne vers notre pays : un flux fenno-scandinave au nord de la mer Baltique et un flux centre-oriental au coeur de l'Europe.
En mars, la migration de printemps (ou pré-nuptiale) bat son plein. Elle reconduit les bécasses vers les lieux de reproduction. Les plus lointains (Nord de l'Europe) ne sont atteints qu'à la mi-mai.
En France, où règnent des conditions climatiques tempérées, les bécasses nicheuses effectuent de courts déplacements. Celles des zones de montagne glissent vers les côtes mais celles du Bassin parisien ne quittent généralement pas "leur" massif forestier. Elles sont sédentaires.
Habitat
La bécasse des bois est...forestière ! A y regarder de près, les choses ne sont pourtant pas aussi simples.
En période de reproduction, c'est en forêt qu'elle passe la totalité de son temps. Les forêts de feuillus et les forêts mixtes (mélange de feuillus et de conifères) ont sa préférence. Des parcelles d'âges différents, des zones fraîches à humides, la présence de clairières sont autant de facteurs favorisant sa présence.
En hiver, la bécasse des bois est beaucoup plus éclectique. Certes les massifs forestiers feuillus ou mixtes, organisés en mosaïque de peuplements, accueillent beaucoup d'oiseaux dans la journée. Mais les petits bois, les haies, voire de gros landiers, sont autant de sites potentiels d'hivernage.
La nuit, en revanche, elle quitte ce couvert. C'est la passée. Elle se rend alors dans les milieux ouverts alentour, les chaumes de céréales et surtout les prairies permanentes pâturées qui sont les plus attractives. En hiver, elle passe donc la moitié de son temps hors forêt.
En migration, la bécasse est moins regardante. Un champ de choux, de maïs, des dunes, peuvent faire l'affaire pour une courte halte migratoire. A cette époque, les lisières sont plus particulièrement fréquentées.

Répartition
L'aire de répartition de l'espèce est extrêmement étendue puisqu'elle occupe la quasi-totalité des milieux forestiers de l'Eurasie.
On la rencontre de la Bretagne au Kamtchatka ! En Europe, elle peut être observée dans tous les pays à un moment ou un autre de son cycle biologique.
La Russie, les pays d'Europe centrale, la Scandinavie et la Finlande l'accueillent uniquement pendant la période de reproduction. Les régions côtières Manche-Atlantique et méditerranéennes l'hébergent surtout en hivernage. Entre ces deux extrêmes, principalement dans les Iles britanniques et en France, la bécasse des bois est présente toute l'année. Sur le continent africain, elle reste cantonnée aux pays d'Afrique du Nord et ne traverse pas le Sahara.
Dans notre pays, l'aire de nidification principale regroupe les zones montagneuses (Alpes, Pyrénées, Massif central, Jura, Vosges) et le Bassin parisien. La Normandie, la Bretagne, l'Aquitaine et la bordure méditerranéenne constituent les principaux bastions d'hivernage. Partout ailleurs, elle est de passage, hiverne ou se reproduit.
Régime alimentaire
La bécasse des bois est une dévoreuse de vers de terre. Ils constituent plus de la moitié des proies consommées mais surtout ils représentent près de 90% de l'apport énergétique journalier. Parmi les autres proies citons les insectes et leurs larves, les myriapodes (mille-pattes), les araignées et les crustacés (cloportes).

Parade gestuelle d’un couple de bécasse © Ph. Tatre
Parade gestuelle d’un couple de bécasse © Ph. Tatre
Reproduction, la bécasse croule ... sous le poids de ses amours
En période de reproduction, de la fin février à juillet, les mâles sont particulièrement démonstratifs. A l'aube et au crépuscule, ils effectuent des vols accompagnés de chants. C'est la croule, qui tire son nom d'une des deux syllabes du chant, "crou-crou-psitt". Lors de ces vols qui en juin dure environ une heure et demie elles couvrent une centaine d'hectares chaque jour, les mâles recherchent plus particulièrement les clairières où la rencontre avec une femelle est la plus probable. Plusieurs mâles peuvent « crouler » sur le même site et se livrer à des joutes aériennes.
La parade nuptiale gestuelle (qui n'est pas la croule) a lieu au sol. Elle ressemble à celle du grand tétras...ou du dindon.
Le nid est installé à terre dans une légère dépression garnie de feuilles mortes. La ponte est composée en général de 4 oeufs de couleur crème ponctués de taches gris bleuté, brun rouille ou chocolat. L'incubation dure trois semaines. Seule la femelle couve.
Les poussins, ou bécasseaux (rien à voir les bécasseaux décrits ultérieurement), quittent le nid quelques heures après l'éclosion. Ils sont volants à l'âge de trois semaines et s'émancipent à 5-6 semaines.

Hivernage
En conditions climatiques normales, la bécasse ne quitte pas son site d'hivernage jusqu'au départ en migration pré-nuptiale. Elle dispose généralement de 2 à 3 remises différentes qu'elle visite alternativement. Certains oiseaux restent cantonnés tout l'hiver dans la même remise. La bécasse est fidèle à ce site d'une saison à l'autre.
Quand une vague de froid survient, elle le délaisse provisoirement pour gagner les régions littorales où les températures sont plus clémentes. Cette sensibilité au froid est liée à son régime alimentaire fondé sur des invertébrés inaccessibles lorsque le sol est gelé. Lorsque le froid persiste, une forte mortalité peut être observée.

Un gibier sous surveillance

Setter ramenant une bécasse
Setter ramenant une bécasse
La bécasse des bois est un gibier très recherché.
Entre 3 et 4 millions sont prélevées chaque année en Europe. Un suivi de l'évolution des effectifs est en place et permet d'alerter en cas de déficit important. Chaque année, environ 5 000 bécasses sont baguées en France. Des informations sur les migrations et les facteurs démographiques, comme les taux de survie, sont obtenus grâce au baguage.
Manipulation d’une bécasse au cours d’un baguage
Manipulation d’une bécasse au cours d’un baguage
Statut de conservation
La bécasse des bois n'est pas une espèce menacée dans son aire de répartition. Toutefois, c'est une espèce fragile. La pression de chasse qu'elle subit est forte et les taux de survie estimés à l'heure actuelle sont relativement bas (environ 50%). Des mesures pour limiter les prélèvements s'avèrent nécessaires.

Carte d’identité de la bécasse des bois

Ordre : Charadriiformes
Famille : Scolopacidae
Sous-famille : Scolopacinae
Genre : Scolopax
Espèce : rusticola

Article réalisé par Yves Ferrand

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