Pourrez-vous survivre 24h sans Facebook ?

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Le 28 février 2013 est la journée "sans Facebook". Ce réseau social, gratuit, ultra-populaire (plus d'un milliard d'utilisateurs), mélangeant album-photos, discussion instantanée, déclarations d'amour et bientôt messages vocaux, est omniprésent. Si Facebook a énormément de qualités, l'usage fréquent de la plateforme dénature les rapports sociaux. De plus, elle utilise les informations privées à des fins commerciales et deviendra tôt ou tard un souvenir regrettable. Si vous en doutez encore, découvrez donc ces différentes histoires témoignant de l'omniprésence de Facebook.
 
Une femme apprend la mort de son fils via Facebook
"Sur Facebook, chacun derrière nos écrans, nous échangeons nos quotidiens. [...] Nos amis, nos relations, nos collègues, les inconnus qui croient nous connaître sont tous indifféremment mêlés. [...] Mais en traitant toutes les relations sur le même pied d'égalité, Facebook en détourne le jeu. En ne permettant d'avoir qu'un niveau de relation (l'amitié) Facebook réduit la complexité relationnelle de sa base à son expression la plus simple. [...] Facebook a tendance à tout lisser, mettant sur le même plan le signe social et l'information structurée, le privé et le public, le personnel et le professionnel", analyse Hubert Guillaud, à la lumière de nombreux spécialistes des relations humaines et sociales, dans son dossier Comprendre Facebook. Alors qu'un décès est généralement annoncé à voix haute et intelligible aux proches (une lettre peut en froisser certains qui considèrent le trajet trop long pour une nouvelle de cette importance), la police d'une petite ville près d'Atlanta a inventé le faire-part de décès version 2.0, d'un goût plus que douteux.
 
Anna Lamb-Crasey, mère de famille américaine, s'inquiète pour son fils qui n'est pas rentré à la maison depuis plusieurs jours. Son portable ne répondant pluselle le cherche : commissariat, hôpitaux, prisons, bars, ruelles… Il n'est nulle part et personne n'a d'informations. Au bout de trois semaines, elle reçoit un message sur Facebook, de la part d'un inconnu dénommé "Misty". C'est en ouvrant le mail qu'elle apprend le décès de son fils : renversé par une voiture, il a été directement emmené à la morgue. Misty est un employé de police, qui a jugé l'alternative du réseau social plus moderne et personnelle qu'une patrouille de police, cliché conservateur et démodé.
 
panneau dans une ville indiquant le nombre d'utilisateurs sur facebook
 
Facebook s'introduit dans les comptes "privés" et supprime des photos
 
Un réseau social auquel vous participez de façon personnelle et individuelle n'engage, en principe, que vous. Facebook n'est donc qu'une plateforme permettant de vous relier avec vos amis et ne devrait pas avoir accès aux données qui y sont publiées. Puisque les seuls amis dont vous disposez sont les gens que vous avez préalablement acceptés, pour quelle raison atrophier ainsi la liberté d'expression la plus élémentaire et fondamentale ? Dans les règles de Facebook, figure notamment l'interdiction de poster des images "contenant de la nudité" (art 7 des règles de Sécurité), même sur votre "seul compte personnel" dont les coordonnées doivent êtres "exactes, mises à jour". Ainsi, Facebook effectue une double pression : vous ne pouvez pas mettre ce que vous souhaitez, mais vous devez renseigner vos informations privées. Sinon quoi ? Sinon Facebook intervient sur votre compte, le modifie à sa guise, supprime le contenu, avant de supprimer le compte puis de vous bannir.
 
L'atteinte à la pudeur selon la définition facebookienne est évoquée dès le début d'un centimètre carré de peau "en trop" : beaucoup de femmes se sont vu retirer des photos sur lesquelles elles allaitaient leur enfant ou bronzaient en topless. Mais c'est aussi ce qui est arrivé à une rescapée du cancer du sein qui, à la suite de son opération, s'est découvert de grosses cicatrices qu'elle a voulues rendre plus discrètes. Aussi, elle a décidé de se faire tatouer le haut du buste, et a publié la photo sur Facebook. Voyant qu'une poitrine non couverte était en ligne, le réseau social a supprimé la photo et donné un avertissement à la "propriétaire" du compte.
 
Mar Zucherberg fondateur de facebook
 
Facebook n'oublie jamais
 
On dit qu'internet n'oublie pas car toute donnée y apparaissant est stockée. Cependant, le temps passant, elles s'accumulent tant qu'elles deviennent intraitables, introuvables, inexploitables. De plus, vous pouvez les supprimer. Certaines personnes effectuent des "nettoyages" d'informations personnelles sur internet. Facebook est là encore une exception et Ray Lam en a fait les frais. Ray Lam est Canadien et démarrait en politique. Aussi, il a voulu se présenter aux élections de Vancouver-False Creek. C'est alors que resurgissent des photos de lui, plus jeune, éméché, accompagné d'une jeune fille, lors d'une fête. Les photos ont été trouvées et publiées sur Facebook. Inévitablement, il a dû renoncer à déposer sa candidature avant même le début de la campagne. Ce fait date de mi-2009, et Facebook détient encore toutes les photos, qui apparaissent en première page sur Google Image, 4 ans plus tard. Car tout est conservé et réutilisé.
 
En effet, afin de stocker toutes vos coordonnées, photos, vidéos, messages et toute autre information pouvant être croustillante, Facebook a investi dans une "chambre froide géante" : une salle supplémentaire à son immense datacenter dans l'Oregon. Ainsi, le stockage à "basse température" permettra de stocker les photos ne générant pas ou peu de trafic, soit 82 % des 240 milliards de photos publiées sur le site. Seuls 8 % sont consultés quotidiennement. Lorsque vous effacez une photo, vous effacez l'affichage, mais la photo en elle-même est bien conservée quelque part… "même après la suppression de votre compte", est-il précisé dans la politique d'utilisation des données personnelles, au paragraphe concernant la désactivation d'un compte.
 
En novembre 2007, Facebook avait annoncé "ouvrir" le profil de 50 millions d'utilisateurs, pour communiquer vos informations à des entreprises liées aux centres d'intérêts que vous renseignez sur le site, afin de vous envoyer de la publicité. Depuis, Facebook s'autorise l'utilisation de vos données à des fins publicitaires : "Nous utilisons les informations que nous recevons pour les services et les fonctions que nous vous fournissons, à vous et à d’autres utilisateurs, tels que vos amis, nos partenaires, les annonceurs qui achètent des publicités sur le site, et les développeurs qui conçoivent les jeux, les applications et les sites web que vous utilisez" .
 
panneau indiquant la date d'entrée de facebook dans la ville de Nasdaq
 
Vos données peuvent être consultées et vendues
 
Mais cela va plus loin encore. Si vous tapez Facebook sur Google, vous pourrez constater que les partis politiques, les mairies, les différentes entreprises, tout le monde aujourd'hui a Facebbok. Vous vous inscrivez à tel groupe, "likez" tel autre, êtes fan de tel artiste, et bientôt tous les croisements sont faits : celui qui veut des infos sur vous saura exactement qui vous êtes, jusque dans votre vie des plus intimes, connaitra vos moindres secrets, vos joies et vos regrets. Mais rien ne sert de sécuriser votre compte puisque vos informations passent par vos amis : " Nous pouvons recevoir des informations vous concernant par le biais de vos amis". Tant et si bien que le réseau social est devenu une mine d'or d'informations pour les recruteurs, les détectives, la police et les agences de renseignements. Le 23 février 2013, un jeune se faisait arrêté par la police après avoir posté sur son mur "Appel à un contingent de battes de baseball pour le sommet !". Ses penchants révolutionnaires et activistes n'ont pas plu aux autorités qui l'arrêtèrent immédiatement.
 
Ainsi, le 28 février, une grève de 24h est proposée afin de retrouver les réflexes de la vie en communauté, de protéger les informations publiées sur internet et lutter contre la revente et la publication des coordonnées personnelles.