Les goélands et les Hommes

Goéland sur une statue
Goéland sur une statue
Oiseaux de mer, ils envahissent les terres et la vie quotidienne des terriens...


Vos gueules ! Les goélands…

C'est ainsi que Robert Dhéry aurait plutôt dû appeler son film "Vos gueules ! Les mouettes". Dans cette comédie parue en 1974, il décrit à sa façon la vie d'une famille bretonne dont les membres sont souvent excédés par le bruit des oiseaux de mer. Ils tentent de les faire taire en leur intimant l'ordre dérisoire de fermer leurs gueules.

Il y avait deux bonnes raisons pour que, le très imaginatif père des Branquignols, utilise le mot goéland à la place du mot mouette. D'abord parce que les mouettes, sans être muettes, ne sont pas particulièrement gênantes sur le plan sonore, les véritables "gueulards" sont les goélands. Et qu'ensuite, il le savait sans doute, goéland est un mot d'origine bretonne qui veut dire mouette.

Depuis le tournage du film, l'expression a fait florès tant les goélands ont envahi la vie quotidienne de beaucoup de français.

Pourquoi les goélands se sont-ils multipliés au point de devenir une nuisance ?

D'abord parce que les goélands sont devenus des oiseaux protégés. 1976 marque un grand tournant dans la façon d'appréhender la faune en France. Avant cette date, toutes les espèces, sauf exceptions dûment répertoriées, étaient, sous certaines conditions, chassables ou destructibles. Depuis, le principe est inversé. Toutes les espèces sont protégées sauf celles figurant sur une liste constamment remise à jour, qui elles sont chassables et destructibles à des dates et avec des moyens strictement déterminés.

Ensuite parce que les goélands argentés, il s'agit d'eux quand on parle d'extension, sinon de prolifération, sont opportunistes. Ils ont su profiter de ce que notre société de consommation a produit en énorme quantité ces dernières décennies, des ordures ménagères.
La jolie petite commune d'Entressen est célèbre pour sa production de foin méritant l'appellation foin de la Crau. Elle pourrait l'être pour produire, à son corps défendant, une quantité énorme de goélands. Entressen abrite, sur 80 hectares à ciel ouvert, la décharge de la ville de Marseille et de 18 communes environnantes. Tous les ans, 700 000 tonnes d'ordures y arrivent par trains spéciaux. Une aubaine pour les goélands qui trouve de quoi élever des familles nombreuses.

La décharge de Marseille est célèbre mais il existe un peu partout en France des petites "décharges de Marseille" qui nourrissent chacune leurs colonies de goélands.

En quoi les goélands sont-ils une nuisance ?

Panneau indiquant de ne pas nourrir les goélands
Panneau indiquant de ne pas nourrir les goélands

Ils envahissent les villes de leurs déjections. Ils génèrent une pollution sonore que certains qualifient d'insupportable.

Ils mettent en péril la sécurité des avions. L'amerrissage miraculeux d'un avion de ligne américain sur l'Hudson River, était la conséquence du passage d'un goéland dans un des réacteurs.

Ils sont des prédateurs redoutables pour l'ensemble de la petite et de la moyenne faune. À ce propos, il y a beaucoup à craindre de la tant attendue fermeture de la décharge de Marseille. Il est à redouter que les goélands ne trouvant plus leur nourriture, aillent à ce moment faire un malheur dans la Camargue toute proche en y prédatant tout ce qui bouge. La solution intelligente et courageuse consisterait à en limiter les populations avant la fermeture.

Disons quand même à leur "décharge" que les goélands ne semblent pas spécialement être porteurs de maladie, en attendant peut-être la grippe aviaire.

Que faire en cas de nuisance ?

Attaque d’un goéland par une buse de Harris
Attaque d’un goéland par une buse de Harris

Ces oiseaux sont protégés, ce qui vous interdit toute initiative personnelle. Le seul recours est de s'adresser au maire qui pourra induire auprès du préfet une campagne de stérilisation des oeufs ou de tentative d'effarouchements, voire de destruction limitée.

La stérilisation des oeufs est plus efficace que la destruction. Les goélands, comme la plupart des oiseaux, repondent après chaque destruction. Ce travail ne peut être confié qu'à un ornithologue confirmé, capable dans des colonies où les espèces de goélands peuvent être mélangées de reconnaître un oeuf des oiseaux incriminés (les argentés ou les leucophées qui est un argenté du sud de la France reconnaissable à ses pattes jaunes).

L'effarouchement des goélands est effectué avec succès par des équipes de fauconniers spécialisés. Ces fauconniers sont sollicités pour, la plupart du temps, chasser sans prendre. Ils doivent simplement faire peur aux oiseaux à l'aide de faucon sacre ou pèlerin, d'autour et de buse de Harris.

Francis Cohu, maître en fauconnerie, est intervenu pendant 5 ans à la demande de la ville de Dieppe. Il a réussi à faire passer les populations de 850 couples à 600 couples. Il souligne que l'opération étant interrompue depuis 2 ans les effectifs sont revenus à leur niveau antérieur.

Il s'amuse en constatant que le travail n'est pas aisé tant, dit-il, les goélands sont des oiseaux intelligents. Ils sont capables de reconnaitre sa voiture dans le flot de la circulation urbaine et de se mettre à alarmer à l'unisson.

L’Homme, un danger pour les goélands ?

De nos jours, les goélands n'ont plus grand chose à craindre des hommes. Il n'en était pas de même autrefois. Dans la toute proche Scandinavie, les paysans et les pêcheurs tiraient parti des immenses colonies qui nichaient sur leurs falaises. Les oeufs étaient pour certains l'essentiel de leurs revenus. Les plumes des goélands et des mouettes étaient utilisées comme on utilise le duvet d'eider pour faire des édredons (le mot édredon vient d'eider qui désigne un gros canard marin au duvet extrêmement chaud).

Au Pays-Bas et au Groenland, il était courant de servir du ragoût de jeune goéland.
De nos jours, en Islande, la collecte des oeufs d'oiseaux de mer (en particulier des guillemots) est encore pratiquée en début de saison pour pouvoir laisser le temps à une seconde ponte. Cette récolte est le privilège des jeunes qui s'impliquent dans le sauvetage en mer.
Les goélands comme tous les oiseaux de mer sont les victimes de masse des pollutions marines, en particulier des marées noires.

Parfois les hommes nourrissent à leur insu les goélands.
Sur le port de Granville et sûrement ailleurs, les goélands savent tirer parti des coquillages qui tombent à l'occasion des déchargements de la pêche. Ils saisissent une praire dans le bec et le montent suffisamment haut pour que la coquille, lorsqu'ils la relâchent sur le granit du quai, se brise.
Ils peuvent alors se repaître de la chair du coquillage.

Quelques goélands dans le cinéma

  • Hitchcock, Les oiseaux, 1963. Les oiseaux de Bodega Bay sont des corneilles... et des goélands.
  • Roman de Richard Bach, Jonathan Linvingstone, 1970, porté à l'écran par H. Bartlett en 1973. Jonathan est un petit goéland qui cherche de nouveaux horizons, toujours plus loin. C'est un hymne à la liberté, une incitation à la recherche de son identité personnelle.

Expressions

  • L'appétit des goélands est légendaire, dans la Manche on dit de quelqu'un qui mange beaucoup qu'il mange comme une gouëlle.
  • En Languedoc, le goéland est le gabian.
  • Comme il a longtemps été confondu avec la mouette, les goélands figurent souvent dans les vieux récits sous le vocable de mauve qui était l'ancien nom de la mouette.


Article réalisé par Jean-Pierre Fleury.