Les hippocampes, des poissons pas comme les autres

Hippocampe
Hippocampe
Les poissons, avec plus de 28 0000 espèces, représentent le plus grand groupe de vertébrés, et de loin. L'évolution a façonné une multitude de formes, adaptées à tous les écosystèmes, mais certains poissons ne ressemblent vraiment à aucun autre : les hippocampes et autres syngnathidés comptent sans aucun doute parmi les poissons les plus bizarres.


La faille étrange des syngnathidés

Tout le monde ne connaît pas le terme syngnathidés, il désigne pourtant une famille de poissons parfois célèbres et communs sur nos côtes. Ainsi, l'hippocampe, véritable curiosité de la nature, appartient à ce groupe. Cette famille contient également des espèces moins connues, tels les longs syngnathes (le poisson porte-plume) et lessiphonostomes.
Le groupe est caractérisé par la présence d'un museau tubulaire et d'un corps le plus souvent allongé et entouré d'une série d'anneaux osseux.
On rencontre ces animaux en soulevant les pierres de la zone de balancement des marées ou en pêchant la crevette au haveneau. Ils passent facilement inaperçus et il est très probable que de nombreux promeneurs marchent à côté sans les remarquer. Leur corps tubulaire est très mimétique, il ressemble à s'y méprendre à une algue, dont il porte souvent la couleur. Le corps allongé des syngnathidés est parfois dépourvu de nageoires pectorales, pelviennes et anales et peut donc se réduire à une sorte de long tube avec, au bout, une petite bouche dirigée vers le haut. Parfois, la nageoire caudale est quasi-inexistante, la région caudale se terminant en pointe. En revanche, une nageoire dorsale, petite et peu élevée, est présente au milieu du dos.

Le toucher est très caractéristique également. Une fois que vous aurez localisé un de ces animaux, saisissez-le délicatement et vous serez surpris par la rigidité du corps. C'est la conséquence des nombreux anneaux osseux. Ce manque de souplesse n'est pas du tout un handicap pour ces animaux.
Leur mode de vie n'est pas celui d'un prédateur pélagique. Les syngnathidés restent, au contraire, accrochés dans les végétaux et attendent que passent, au gré des courants marins, les petits crustacés planctoniques dont ils se nourrissent. On comprend alors qu'ils ne possèdent qu'une toute petite bouche, parfaite pour ces proies minuscules.
Certains, intéressés par l'aspect curieux de ces poissons, les font sécher pour les conserver ou simplement les oublier sur le rebord de la fenêtre de la maison de vacances. C'est un geste à éviter. Ces poissons sont vraiment jolis et il vaut mieux les laisser vivre.

Outre l'apparence, leur mode de reproduction est très particulier. Par un étonnant échange des oeufs, c'est le mâle qui assure l'incubation. Les femelles déposent, en effet, 100 à 1000 oeufs dans une poche du mâle situé sur le ventre (la poche incubatrice). C'est lui qui les gardera jusqu'à l'éclosion.
Le développement des oeufs s'effectuera en toute sécurité et le mâle libérera de tous petits juvéniles biens formés, simulant ainsi le comportement d'une femelle ovovivipare. Drôles de poissons, décidément.
On pourrait croire que les syngnathidés n'intéressent pas les poissons prédateurs, mais, hélas pour eux, ils sont consommés par plus gros qu'eux. Les poissons-lézards, par exemple, sont friands des hippocampes. C'est donc avant tout grâce à leur faculté de camouflage que les Syngnathidés échappent à leurs prédateurs.

Présentons les espèces les plus fréquentes
La famille des Syngnathidés se divise en deux sous-familles : les syngnathinés, encore appelés aiguilles de mer, et les hippocampinés c'est à dire les différentes espèces de "chevaux de mer".

Les syngnathinés

L'entélure (Entelurus aequoreus).
Pouvant atteindre 60 cm, c'est la plus grande espèce de nos côtes. D'ailleurs, elle porte également le nom de grand serpent de mer, beaucoup plus évocateur "qu'entélure". Elle affectionne les zones couvertes d'algues, depuis le bas de l'estran jusqu'à 100 mètres de profondeur. Caché dans les algues, l'animal aspire les petits invertébrés au travers de son museau tubulaire. Ce poisson est absent en Méditerranée. En juin-juillet, les femelles déposent 1 millier d'oeufs dans la poche ventrale du mâle. C'est lui qui les gardera jusqu'à l'éclosion. Les jeunes présentent des nageoires pectorales mais elles disparaîtront lors du développement. Cette espèce n'a aucun intérêt économique ou culinaire, mais comme tous les membres de sa famille, son anatomie mérite qu'on prenne le temps de la regarder. Il suffit de passer un haveneau dans les herbiers à zostères, au bas de l'eau, pour avoir la chance d'en capturer. Sa robe est superbe, jaune avec des rayures bleues. Observez ce poisson mais prenez soin de le remettre à l'eau avant qu'il ne sèche.

Le siphonostome (Siphonostoma typhle).
Encore un poisson à la robe superbe! Variant du jaune au vert, ses couleurs méritent à elles seules un moment d'observation. Le corps du siphonostome est moins tubulaire que celui de l'entélure, on distingue notamment le renflement ventral de la poche incubatrice. Le museau est assez massif, c'est une autre façon de le différencier des autres espèces de sa famille. On l'appelle aussi vipère de mer. C'est uniquement dû à sa forme, le poisson n'est pas venimeux. Contrairement à l'entélure, le siphonostome présente des nageoires pectorales et une nageoire caudale. Il peut mesurer 30 centimètres, c'est donc déjà une grande espèce, du moins comparé à certains membres de sa famille. Le siphonostome se rencontre dans les mêmes zones que l'entélure.

Le syngnathe ou petite aiguille de mer ou poisson porte-plume (Syngnathus rostellatus).
Beaucoup plus petit, c'est certainement l'espèce que l'on rencontre le plus souvent dans son épuisette. La petite aiguille de mer est très fréquente au bas de l'eau, au-dessus du sable, dans les mêmes zones que les crevettes grises. Le pêcheur au haveneau tombera donc presque immanquablement sur ces sympathiques poissons. La petite aiguille de mer se reconnaît notamment à son museau moins épais que celui du siphonostome et modérément allongé. Elle est en général de couleur brunâtre et excède rarement 15 cm.

La petite vipère de mer (Nerophis lumbriciformis).
Comme son nom l'indique, son corps est vermiforme, dépourvu de nageoire, excepté la dorsale. De couleur marron foncé, ce petit poisson se rencontre souvent alors qu'il a une taille d'environ 10 cm. Le pêcheur de crabes le trouvera très souvent en retournant les pierres. Du moins s'il arrive à le voir : c'est certainement l'espèce la plus mimétique. Il sait demeurer immobile comme un végétal lorsque l'on retourne un caillou, mais si vous le saisissez, il agitera son corps tubulaire. Un bon moyen de reconnaître la petite vipère de mer est de remarquer son museau court et trapu.

Les hippocampinés

Hippocampe signifie le cheval marin en grec, c'est lui qui tirait le char de Neptune
L'hippocampe est le poisson le plus transformé du groupe.
Il existe plusieurs espèces d'hippocampe, appartenant toutes au genre Hippocampus. Certains ont du mal à croire que ce sont des poissons tant leur forme est inhabituelle. Certes, l'étonnant cheval de mer possède une queue préhensile, une tête perpendiculaire au corps, des expansions dermiques, et il se déplace en se tenant droit, propulsé par sa nageoire dorsale, mais c'est bien un poisson.
Il vit camouflé dans la végétation à laquelle il s'accroche grâce à sa région caudale mobile. Il s'agit d'un exemple de transformation évolutive poussée. Songez, que, il y a quelques millions d'années, l'ancêtre de l'hippocampe ressemblait à une épinoche ! Avec le temps, les particularités anatomiques se sont accumulées pour donner cette petite merveille qu'on aura parfois l'occasion de ramasser au haveneau, notamment lors des grandes marées.

Difficile de ne pas citer les hippocampes tropicaux qui arborent des formes et des couleurs extraordinaires avec en premier lieu le dragon de mer -philodurus equis- qui est une fleur parmi les coraux d'Australie.

Les gastérostéidés, les cousins des syngnathidés

Enfin, présentons la famille des gastérostéidés, les cousins les plus proches des syngnathidés. Ils sont moins allongés que leurs cousins, mais il y a clairement un air de famille, notamment dans la rigidité du corps ou dans le museau tubulaire de certains gastérostéidés. On prendra bien soin de ne pas confondre deux espèces qui non seulement se ressemblent mais sont des homonymes partiels. L'épinoche de mer (Spinachia spinachia) et l'épinoche (Gasterosteus aculeatus), sont les gastérostéidés les plus communs en France. L'épinoche de mer est un joli petit poisson un peu moins allongé que les syngnathes, mais dont le museau rappelle immédiatement le lien de parenté. L'épinoche de mer vit dans les herbiers marins et se capture fréquemment au haveneau en fin de baissant, lors des grandes marées. L'épinoche est un tout petit poisson reconnaissable à ses plaques osseuses latérales et à ses épines dorsales. Cet habitant des eaux saumâtres, présent dans les eaux françaises, est le plus commun des gastérostéidés, et, bien que moins transformé que les hippocampes, sa morphologie est très particulière et bien reconnaissable. On la prend parfois à la ligne, notamment dans les ruisseaux côtiers. Si vous la capturez, prenez le temps de la regarder, c'est un petit poisson très singulier.
Vous connaissez maintenant la plupart des syngnathidés et gastérostéidés de nos côtes. Alors regardez de plus près dans votre haveneau, lors de votre prochaine partie de pêche à la crevette, vous y verrez des poissons fantastiques.


Article réalisé par Arnaud Filleul.