Les hyènes et les hommes

Chasseur Dogon avec une hyène - © Yann Dejardin
Chasseur Dogon avec une hyène - © Yann Dejardin
L'hyène n'est pas rieuse mais elle fait oublier leurs troupeaux aux bergères en les rendant folles d'amour... Elles sont affublées de quantité de sornettes en même temps que d'une sale réputation.


Étymologie

Hyène : vient du grec "porc" parce que le dos de cet animal est hérissé de poils semblables aux soies d'un porc.

Histoire et culture

Hyène des cavernes - © F. River
Hyène des cavernes - © F. River

Les hyènes apparaissent en Afrique à la fin du Pliocène (le plus vieux fossile connu date de 3,7 millions d'années). Au pic de leur expansion, elles occupent toute l'Afrique (mises à part les zones tropicales), l'Europe et l'Asie. Il y a un million d'années, Pachycrocuta Brevirostris habitait l'Europe. Cela reste à l'heure actuelle, la plus grosse hyène connue, elle avait la taille d'un lion ! L'hyène des cavernes (crocuta spelea) s'est, elle, répandue en Europe il y a quelques 120 000 ans. Aujourd'hui, vous pouvez admirer plusieurs fossiles d'hyènes robustes au musée Crozatier du Puy-en-Velay.

La famille des hyénidés : le protèle (Proteles), très amateur de termites ; l'hyène tachetée (du genre Crocuta), l'hyène rayée et l'hyène brune (du genre Hyaena) se limite aujourd'hui au continent africain et à une partie de l'Asie (Asie occidentale et centrale).

Dans le dictionnaire de Trévoux (XVIIIe siècle), on nous dit que les premières hyènes observées en Europe furent celles exhibées à Rome lors du 6e jour des jeux de l'empereur Philippe l'Arabe en 247 après J.C. Il est même précisé que 10 hyènes auraient trouvé la mort dans l'arène à cette occasion.

Les hyènes d’Harar en Éthiopie : une coopération millénaire aves les hommes

Un habitant d'Harar nourrissant une hyène - © Jacques Popinet
Un habitant d'Harar nourrissant une hyène - © Jacques Popinet

Harar en Éthiopie, où séjourna longtemps Rimbaud, est une ville fortifiée, au milieu du Sahel. Depuis un millier d'années, un "nourrisseur" s'occupe chaque soir de visiteuses un peu spéciales. Des hyènes parfaitement sauvages accourent recevoir parfois de la main même de l'homme leur pitance nocturne. Les habitants d'Harar ont besoin de ces éboueuses naturelles. Jamais, elles n'ont attaqué l'homme : on ne mord pas la main qui vous nourrit. Les habitants leur ont même installé des chatières dans les murailles pour qu'elles puissent aller et venir chaque nuit débarrasser les rues de la ville de ses ordures. Cette tradition devenue une attraction touristique perdure jusqu'à aujourd'hui... Un des seuls exemples de traité de paix entre les hommes et les hyènes.

Chasseur Dogon - © Yann Dejardin
Chasseur Dogon - © Yann Dejardin

En 1970, le hollandais Hans Kruuk, suit dans le cratère du Ngorongoro (Tanzanie) une bande d'hyènes tachetées. Il est le premier à constater et à prouver que l'hyène n'est pas simplement un charognard mais aussi une habile chasseuse, la mettant ainsi directement en concurrence avec le lion.

Chasseur Dogon - © Yann Dejardin
Chasseur Dogon - © Yann Dejardin

Les chasseurs Dogons, au Mali se montrent volontiers en compagnie d'une hyène apprivoisée. Ils montrent ainsi leur position sociale à part qui les situe avec prestige aux confins du monde sauvage et de celui des humains.

Hyènes mangeuses d'hommes

On ne peut nier que l'hyène ait déjà déterré des morts pour s'en repaître. Mais en ce qui concerne les attaques d'hyène sur des hommes bien vivants, elles sont apparemment extrêmement rares. On évoque quand même entre 1908 et 1909, en Afrique, lors d'une importante épidémie de la maladie du sommeil, l'histoire de ces malades que l'on avait regroupés dans des camps pour être soignés. Leur état de faiblesse les aurait laissé complètement démunis face aux hyènes et il avait fallu mettre des gardiens pour les protéger.

Enfin l'homme-hyène, variante africaine du loup garou, est encore l'objet d'une croyance très présente dans la région du Moyen-Niger. En tout point comparable aux histoires de loup garou, l'homme-hyène est une créature malfaisante dévorant les êtres humains qu'il rencontre.

Symbole

Cet animal nocturne et charognard suscite toujours la crainte et la méfiance. L'hyène reste associée au mal et aux esprits de l'obscurité. Aujourd'hui encore cette image lui colle à la peau.

Dans le Roi lion des studios Disney, les hyènes, stupides et méchantes sont toujours perçues comme le clan des salauds.

En Afrique, elle est "le balai" préféré des sorciers : l'hyène leur sert de monture la nuit. Ce qui explique que beaucoup de hyènes soient, encore aujourd'hui, apprivoisées par des chasseurs africains. Animal apprivoisé le jour, la nuit elle se transforme en animal monstrueux obéissant à la seule volonté de son maître. Les sorciers se rendent grâce à elle à leurs rendez-vous magiques nocturnes avec les esprits.

Proverbes africains

Hyène des cavernes - © F. River
Hyène des cavernes - © F. River

"La hyène qui veut manger son fils trouve qu'il pue la chèvre" (Sénégal) équivalent de "quand on veut noyer son chien on dit qu'il a la rage" qui signifie que quand on cherche à nuire à quelqu'un, on le fait souvent avec des calomnies.

"On n'ouvre pas le ventre de l'hyène devant les enfants" (Togo), cela signifie qu'on ne parle pas de choses graves devant les enfants.

"On n'envoie pas la hyène enterrer un enfant" (Togo), ce qui signifie qu'on ne confie pas la nourriture à celui qui a faim.

"Une vieille hyène hurle quand elle veut de la viande" (Mali) équivalent de chassez le naturel, il revient au galop.

Arts

Voilà ce qu'on pensait des hyènes au XIIIe siècle dans le premier livre du Trésor de Brunetto Latini (philosophe et chancelier de la république florentine) :
"Hiene est une beste qui une foiz est masles et autre femele, et habite es cimetieres as homes, et manjue les cors des mors". L'hyène est une bête alternativement mâle ou femelle, elle habite dans les cimetières et mange le corps des morts.

Cuisine…

Il n'y a pas vraiment de plat d'hyène en sauce, en revanche elle rentre dans la composition de nombreuses "potions magiques". Elle a toute sa place dans la pharmacopée traditionnelle de nombreuses cultures.

Au Maghreb, la cervelle de l'hyène est censée soigner le diabète.
Au Sahara, certaines parties de l'hyène rentrent dans la composition d'une potion abortive.
En Afrique Noire, les sourcils d'hyène, une fois brûlés, font un très bon somnifère.
Les guérisseurs utilisent aussi la truffe de l'animal dans les potions magiques qui aident les non-voyants à mieux trouver leur chemin.


Article réalisé par Jean-Pierre Fleury.