L'éléphant de mer et les hommes

Le macrorin est devenu l’éléphant de mer
Le macrorin est devenu l’éléphant de mer
L'éléphant de mer avec son énorme couche de graisse, sa grande taille, le fait qu'on le trouve en groupes faciles à tuer, fut la cible idéale des chasseurs-phoquiers jusqu'au jour où...


L’éléphant de mer dans notre histoire et notre culture

Ces animaux aux aires de vies lointaines n'ont guère de relation avec notre culture, mais ils partagent une triste expérience avec les chasseurs de phoques. Récemment, l'éléphant de mer a reçu un intérêt grandissant du public, notamment des enfants, toujours sensibles aux animaux de grande taille. On le trouve dans certains marinelands, et ils sont de plus en plus fréquents dans les dessins animés. D'une façon générale, tous les mammifères marins, cétacés et pinnipèdes, inspirent une forme de sympathie.

Gravure représentant une pêche d’éléphants de mer en Antarctique
Gravure représentant une pêche d’éléphants de mer en Antarctique

Histoire des deux espèces d'éléphants de mer
Les éléphants de mer ont été chassés dès le 18ème siècle, avec un pic durant le 19ème siècle, qui amena les deux espèces au bord de l'extinction.
C'est surtout la graisse, qui pouvait être fondue pour faire de l'huile, qui suscitait les convoitises, d'autant qu'on la trouve en quantité énorme sur un seul spécimen d'éléphant de mer mâle. Le macrorhine (le gros nez), lion de mer, loup de mer, phoque-éléphant ou phoque à trompe, aujourd'hui appelé éléphant de mer était d'une chasse facile. A.E. Bremh, dans "L'Homme et les Animaux" paru à la fin du 19ème, relate qu'il "était pour l'homme d'une utilité considérable. Cependant sa chair n'a pas grande valeur ; elle est noire, huileuse, immangeable. Le coeur, quoique dur et indigeste, est assez du goût des pêcheurs ; mais ce que ces hommes peu délicats estiment surtout, c'est le foie, bien que ce mets, à ce qu'on prétend, les plonge pour plusieurs heures dans une somnolence invincible. La langue salée est le meilleur morceau de la bête. La graisse fraîche passe aux yeux des pêcheurs comme un excellent remède ; comme les plaies des macrorhines guérissent très rapidement, ils l'emploient pour guérir leurs blessures.
La peau, avec ses poils raides et courts, ne peut servir de fourrure ; mais on l'emploie pour recouvrir des caisses et faire des hamacs. Les plus grandes de ces peaux sont inutilisables tant elles sont gâchées par les cicatrices. Mais la chair et la peau ne sont rien relativement à la graisse. Celle-ci est abondante et il est facile d'en extraire la graisse. Un individu fort en fournit de 700 à 750 kg ; la couche de graisse sous-cutanée a environ 30 cm d'épaisseur
".

A.E. Brehm, pourtant peu enclin comme tous ses contemporains à défendre les animaux contre les intérêts humains conclut : "ces malheureux animaux ne peuvent, comme les baleines se réfugier dans les parties inabordables de la mer ; ils ne peuvent fuir leur sort ; ils sont condamnés à attendre que le dernier d'entre-eux ait succombé sous les coups de l'homme".

L'éléphant de mer du Nord est un miraculé. Il restait moins de 1 000 individus avant qu'on ne commence à protéger l'espèce.
C'est sur l'île mexicaine de Guadalupe que les derniers éléphants de mer du nord avaient trouvé refuge, avant d'être protégés par les gouvernements mexicains et américains, au début du 20ème siècle. La population est maintenant remontée à 100 000 individus, mais un cas de repeuplement à partir d'une si petite population est un fait rarissime. Du coup, beaucoup de chercheurs se demandent si la diversité génétique de l'espèce sera suffisante pour résister aux menaces futures, qu'il s'agisse des changements climatiques ou des possibles maladies.

Gravure représentant une pêche d’éléphants de mer en Antarctique
Gravure représentant une pêche d’éléphants de mer en Antarctique

L'éléphant de mer du Sud est moins en danger, avec 700 000 spécimens repartis dans les zones antarctiques et subantarctiques. Cependant, la chasse par les locaux est venue à bout des populations de Tasmanie et de Nouvelle-Zélande. Mais c'est surtout les expéditions phoquières du 19ème siècle, à une époque où l'huile était très demandée, notamment pour servir de lubrifiant, que l'éléphant de mer du sud a été massacré.
Les sites de reproduction ont vu de véritables tueries, au point que la chasse fut rapidement peu rentable, trop peu de spécimens restant sur les zones de chasse. C'est finalement la raréfaction de cet animal qui le sauva, avant qu'il ne soit protégé. Les populations se sont reconstituées, mais fluctuent toujours trop. L'éléphant de mer est maintenant sur la liste rouge de l'UICN (l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature), mais n'est plus réellement menacé.

Les synonymes
On peut également dire l'éléphant de mer austral pour l'éléphant de mer du sud.

Les homonymes
Bien sûr, on ne confondra pas l'éléphant de mer avec ses deux homonymes, l'éléphant d'Afrique et éléphant d'Asie. On se souviendra également que le nom de l'éléphant de mer et la présence d'une petite trompe n'impliquent aucun lien de parenté avec les vrais éléphants. Les éléphants de mer sont des phoques (presque) comme les autres.

Où rencontrer des éléphants de mer ?

Eléphant de mer
Eléphant de mer

Mirounga angustirostris, l'éléphant de mer du Nord, vit au nord-est de l'océan Pacifique. C'est un animal migrateur, qui vient se nourrir jusqu'en Alaska, mais redescend sur les côtes californiennes pour la reproduction. Comme tous les phoques, l'éléphant de mer aime être tranquille pour la reproduction mais aussi pour l'allaitement des petits, c'est pourquoi les zones de reproduction sont des îles côtières de la Californie, par ailleurs protégées.

Mirounga leonina, l'éléphant de mer du Sud, est plus difficile à voir, il faut souvent se rendre sur les côtes de l'antarctique pour le rencontrer. Cependant, Mirounga leonina migre vers des zones moins froides pour se reproduire, donc plus au nord dans le cas de cet animal austral. En Atlantique, les reproducteurs rejoignent les îles côtières de la pointe de l'Amérique du Sud notamment sur les côtes des îles Malouines.
Ils sont présents tout autour de la zone antarctique, aux Kerguelen, ainsi que sur l'île Macquarie, au sud de la Nouvelle-Zélande.

De nos jours, l'éléphant de mer est un animal apprécié du public. On trouve des spécimens femelles à l'aquarium de New York, qui cohabitent avec des femelles de morse. Mais c'est surtout dans les dessins animés que l'espèce a acquis une célébrité récente, signe que cet animal impressionne les enfants. On l'a vu dans "Happy feet", mais aussi "L'île d'Impy".



Article réalisé par Arnaud Filleul.