L'éléphant de mer ou phoque éléphant ?

Eléphant de mer ou phoque éléphant ?
Eléphant de mer ou phoque éléphant ?
Un mastodonte capable de rester en apnée pendant 2 heures et de plonger jusqu'à 2 000 m de profondeur.


Description

La mer est son élément :
Comme tous les autres phoques, il est totalement adapté à la nage. Ses membres ne pouvant pas prendre appui sur le sol, contrairement à ceux des otaries cela contraint l'animal à ramper. C'est pourquoi l'éléphant de mer montre cet aspect lourdaud qui caractérise aussi les autres phoques, une fois qu'ils paraissent échoués sur la terre ferme. Cependant, grâce à sa taille et sa reptation ondulée, il peut tout de même atteindre 8 km/heure, soit une vitesse de déplacement déjà très efficace sur le sable.
Si les membres sont inadaptés à la marche, le positionnement des membres postérieurs permet de former une véritable nageoire caudale, qui augmente l'efficacité de la nage ondulée volontiers pratiquée par animal.

Nez auquel il doit son nom d’éléphant de mer
Nez auquel il doit son nom d’éléphant de mer

Il a un nez en plein milieu de la figure :
C'est un phoque qui a un nez en plein milieu de la figure. La vraie différence anatomique avec les autres phoques (sauf les phoques à crête) est la présence d'un proboscis chez le mâle. Les narines déformées et hypertrophiées forment cette petite trompe qui lui vaut d'être appelé éléphant. Cette extension permet d'accentuer les cris des mâles, notamment durant les combats et les différents comportements sociaux, très nombreux chez cet animal polygame qui doit se battre pour avoir accès aux femelles. Le proboscis servirait également à récupérer l'humidité perdue lors de la respiration, ce qui est un vrai avantage durant la saison de la reproduction, les mâles restant sur la terre ferme et n'allant pas dans l'eau.

Aspect général

Le corps de l'éléphant de mer présente l'anatomie classique des phocidés, mais la taille immense et le proboscis du mâle empêche toute confusion avec la plupart des autres phoques.

La robe varie avec l'âge. Les juvéniles montrent un joli pelage noir et épais, inadapté à la plongée, mais leur permettant de résister aux températures froides durant leur courte période d'allaitement. Le sevrage terminé, le pelage ras de l'adulte, cette fois étanche et adaptée à la nage, remplace la fourrure. Les éléphants de mer sont en général bruns à gris, les vieux spécimens étant plus clairs.
La taille est l'autre point immanquable, l'animal étant simplement énorme, avec un record pour l'éléphant de mer du sud, dont le mâle peut atteindre 6 mètres pour 4 tonnes. Il existe un fort dimorphisme sexuel chez cette espèce, la femelle étant en moyenne trois fois plus petite que le mâle.
Pour différencier l'éléphant de mer du nord de celui du sud, on remarquera le museau plus fin de l'espèce de l'hémisphère nord, d'où son nom latin angustirostris. L'éléphant de mer du nord est également légèrement plus petit, le record de taille étant de 5 mètres chez cette espèce. Ces différences sont cependant mineures et les deux espèces sont extrêmement proches.

Eléphant de mer, vieux mâle
Eléphant de mer, vieux mâle

Taille et poids
Jusqu'à 5 mètres et 3 tonnes pour l'éléphant de mer du nord, 6 mètres et 4 tonnes pour l'éléphant de mer du sud.

Longévité
Une trentaine d'années est le plus grand record pour un mâle d'environ 6 mètres pour 4 tonnes.

Ethologie de l’éléphant de mer

Céphalopodes, proies potentielles de l’éléphant de mer
Céphalopodes, proies potentielles de l’éléphant de mer

Alimentation
L'alimentation de l'éléphant de mer est la conséquence de ses fantastiques capacités de plongeur. On a du mal à imaginer, en voyant son déplacement lourdaud sur la terre ferme, que l'éléphant de mer est si talentueux dans l'eau.
Il est capable de rester en apnée pendant deux heures, et rivalise avec les meilleurs cétacés, notamment le cachalot, pour aller chercher ses proies dans les abysses. Il peut pourtant sonder à 2 000 mètres ! La plongée moyenne dure une demi-heure, temps nécessaire pour aller chercher de gros calmars ou des poissons dans des profondeurs de plusieurs centaines de mètres. Le gros animal, pataud sur la terre, devient alors un champion de la chasse en profondeur.

L'observation de la prédation est impossible, en raison de la profondeur. C'est grâce à l'étude des contenus stomacaux qu'on a pu comprendre ce qu'il mange. Les estomacs contiennent de nombreux becs de céphalopodes, la chitine qui les compose se digérant moins vite que les chairs offre des témoignages durables sur l'identité des proies ingérées.
De fait, les éléphants de mer ont un mode de chasse qui rappelle celui des cachalots, même si les proies recherchées, essentiellement des calmars, sont plus petites.
Les éléphants de mer n'ont pas de système d'écholocation, au contraire des cétacés à dents. Mais ils compensent par une excellente vision qui leur permet de localiser dans l'obscurité des abysses, les céphalopodes dont de nombreuses espèces sont bioluminescentes.

Activité
L'activité de ces animaux est liée à leur capacité de plongée et au rythme des migrations trophique et de reproduction.
Durant la période trophique, les éléphants de mer sont essentiellement sous l'eau. Ils restent peu de temps en surface, prennent juste quelques minutes de respiration, et puis redescendent dans les profondeurs, où ils passent 80 % de leur temps.
Ces animaux à l'incroyable apnée peuvent même se reposer entre deux-eaux. Les poumons ne jouent pas un rôle important dans le stockage de l'oxygène, puisque compressés lors des plongées, c'est le sang qui stocke une incroyable quantité d'oxygène, faisant de l'éléphant de mer le plus performant des phoques. Rapporté à la masse du corps, les éléphants de mer ont 2,5 fois plus de sang qu'un homme.
Durant la période de reproduction, les éléphants de mer sont sur la terre ferme, occupés à leurs comportements sociaux, par exemple pour les mâles, la défense de leur harem.

Bagarre entre mâles
Bagarre entre mâles

Reproduction
La reproduction a lieu dans des zones un peu plus chaudes que les zones de nourrissage.

L'éléphant de mer du nord descend ainsi plus au sud pour se reproduire (de l'Alaska jusqu'en Californie), alors que l'espèce australe remonte vers le nord (des zones antarctiques jusqu'aux zone subantarctiques).

Les mâles ont rejoint les colonies et se battent pour les femelles. Les éléphants de mer sont polygames, les mâles dominants défendent leur harem, composé de dizaines de femelles. Face à face, les mâles se dressent et se projettent gueule ouverte sur l'adversaire, envoyant des coups de dents qui finissent par décourager l'un des deux combattants. Si les blessures profondes sont systématiques, les animaux meurent rarement, protégés par leur couche de graisse, que les dents ne traversent pas. Le mâle dominant féconde les femelles, dans un accouplement côte à côte, adapté à la morphologie des animaux.
La mise bas est associée à la reproduction pour la grossesse suivante, tout doit être fait durant les quelques semaines que les éléphants de mer passent sur la terre ferme.

Le jeune éléphant de mer reçoit un lait très riche pendant trois semaines, qui le voit passer de 40 kilos à 120 kilos ! La femelle ne se nourrit pas durant l'allaitement et maigrit beaucoup pendant cette période.

Elle est fécondable quelques jours après la mise bas. Pendant ce temps, les mâles battus restent autour du groupe de femelles et essayent de profiter de chaque moment d'inattention du mâle dominant. Une fois fécondée, la femelle ne donnera naissance qu'un an plus tard, soit à la prochaine migration de reproduction, dans un cycle parfaitement réglé.

Bien souvent, la période de mue suit la reproduction. Elle est accompagnée de bains de boue collectifs assez impressionnants, durant lesquels certains animaux peuvent finir noyés ou écrasés. Par ailleurs, tous les petits spécimens sont en danger face aux déplacements des énormes mâles, qui tuent également des juvéniles en se déplaçant dans la dense colonie. Après la mise bas, la reproduction, et la mue, soit un temps de trois mois au maximum sur la terre ferme, à cheval sur le printemps et l'été, les animaux rejoignent leur zone de nourrissage.


Article réalisé par Arnaud Filleul et Jean-Pierre Fleury.