L'avenir du pansement se trouve dans le parasite

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Le pansement classique, orangé, muni de ses deux petits bras qui encadrent la petite gaze sera bientôt dépassé. Malgré ses nombreux et loyaux services, son successeur, plus petit et plus discret, pourrait bien être aussi plus efficace. Si le pansement classique permettait de protéger la blessure, le nouveau, lui, la colmate. C'est au parasite Pomphorhynchus laevis que le professeur Jeffrey Karp doit cette innovation. Ce petit parasite intestinal des poissons a la particularité de gonfler sa trompe pour se maintenir accroché à son hôte.

Sa tête, semblable à un cactus, se plante délicatement dans les parois, puis gonfle afin de s'y maintenir fermement. Des scientifiques du Brigham and Women's Hospital ont tenté de reproduire scientifiquement et chimiquement le fonctionnement du parasite, publie la revue scientifique en ligne Nature Communication.

Le pansement qui participe à la guérison

Le pansement d'hier n'était qu'un film de protection qui permettait à la cicatrisation de s'effectuer le mieux possible. Les agrafes et les sutures plus efficaces mais aussi plus douloureuses, avaient le même rôle. Or, ce nouveau pansement intervient dans le processus même de guérison. Le patch parasite est doté d'aiguilles coniques qui s'enfoncent dans la première couche de l'épiderme. Calquées sur les piques de la trompe du parasite, ces dernières gonflent au contact de l'humidité. Aussi, l'adhérence est maximale, et trois fois plus importante qu'avec des agrafes classiques qui déjà étaient très solides, explique Seung Yun Yang, biologiste et auteur de l'étude. L'adhérence, très élevée, est continue à l'inverse des techniques existantes qui, au fil du temps et des mouvements du patient, perdent de leur qualité.

En effet, tenir une plaie fermée alors que celle-ci est humide, et de surcroit sur une surface molle et mobile, est un nouveau défi médical à chaque fois que la situation se présente. Une plaie mal fermée risque de s'infecter et les conséquences peuvent être dramatiques. Les techniques actuelles, agrafes et sutures, permettaient de boucher assez bien les blessures, mais un risque d'infection persistait en plus du traumatisme supplémentaire que cela infligeait au patient. Enfin, elles doivent être régulièrement vérifiées et changées. C'est à chaque fois une nouvelle opération, même si celle-ci est minime, qui traumatise pourtant les tissus et retarde la cicatrisation.

 

Une nouvelle peau

Pour tester ces pansements, les chercheurs ont posé un prototype de 4 cm² sur une plaie. Ils ont alors constaté que les micro-aiguilles qui le constituent ont pénétré en douceur l'épiderme, siège de l'inflammation, tout en maintenant une pression solide et efficace entre les tissus collés, permettant une cicatrisation dans de meilleures conditions. La tête des aiguilles, qui réagit à l'humidité, gonfle doucement au contact de la blessure, et s'autorégule afin d'adhérer au maximum, sans gêner l'hôte, explique Le Figaro. Cette technique pourrait bien remplacer les agrafes et les sutures. Car à l'inverse de ces deux techniques existantes, le pansement n'inflige pas au corps de nouveaux traumatismes : les agrafes comme la suture consistent bien à percer la peau et les tissus qu'elles recouvrent. Avec ce pansement à l'image du parasite, les tissus sont épargnés, et permettent alors au corps de mieux guérir.

En effet, il peut être utilisé pour de nombreux traitements, notamment l'administration de protéines ou de substances externes, grâce aux micro-aiguilles ainsi qu'à son fonctionnement : les parois sont parfaitement jointes, grâce à un matériau qui s'adapte. Bohdan Pomahac, chef du service des greffes et des grands brûlés du même hôpital confie son ressenti : « je pense que cette invention sera très efficace pour traiter les patients, non seulement pour fixer les greffes de peau, mais aussi pour administrer des substances actives à la surface d’une lésion. Il pourrait par exemple s’agir d’antibiotiques, de médicaments favorisant la croissance des cellules ou de molécules anti-inflammatoires », selon le site dermatologuemédecinesthétique.com.

Sources : Le Figaro ; Karplab ; Nature Communication