La panne est-elle vraiment programmée par le fabricant ?

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Depuis une dizaine d'années, tant au niveau de l'informatique que de l'électroménager, tout le monde semble s'accorder à dire que les appareils ne durent plus. Pire : il suffirait parfois de seulement deux ou trois ans après achat pour qu'un appareil se détériore ou devienne obsolète. Mais qu'en est-il vraiment ? À en croire le Centre européen des consommateurs, la situation n'aurait jamais été aussi catastrophique. Et à qui la faute ? Aux fabricants…

Chacun d'entre nous a pu le constater au cours de la dernière décennie : les appareils électroniques ont dorénavant la fâcheuse tendance à s'abimer en l'espace de quelques années. Et bien souvent, aucune latitude pour les consommateurs en termes de réparation ou de rachat de pièces. Résultat, chaque appareil – qu'il s'agisse d'informatique ou d'électroménager – devient obsolète en très peu de temps, forçant l'utilisateur à renouveler son matériel tous les 2 ou 3 ans.

Pour le Centre européen des consommateurs (CEC), la responsabilité revient indiscutablement aux fabricants, qui sont nombreux à prévoir les pannes des appareils qu'ils conçoivent. Cette tendance, grand classique de la consommation, est appelée obsolescence programmée. Ce qui correspond au fait pour les constructeurs de planifier délibérément la durée de vie d'un produit, dans l'optique d'inciter les consommateurs à en acquérir un nouveau.    

Des stratégies millimétrées

Dans le secteur de l'informatique et de l'électroménager, les constructeurs utilisent de nombreuses stratégies pour parvenir à leurs fins. La plus répandue d'entre-elles n'est autre l'obsolescence dite "par défaut fonctionnel". Concrètement, les fabricants procèdent de telle sorte que si une seule pièce d'un appareil tombe en panne, c'est l'ensemble de ce dernier qui cesse à sont tour de fonctionner. Le fait n'est pas nouveau mais il est toujours utile de le rappeler : la durée de vie des machines à laver et des téléviseurs sont ainsi programmées.

Récemment, le CEC est néanmoins parvenu à fournir des chiffres relativement précis : une machine à laver est actuellement en mesure d'effectuer 2000 à 2500 cycles de lavage seulement. Les téléviseurs seraient quant à eux paramétrés pour fonctionner 20 000 heures. Ce rapport, intitulé "L'obsolescence programmée, dérive de la société de consommation", n'est pas le premier abordant ce sujet. En 2010, déjà, Les amis de la Terre, en partenariat avec le Centre national d'information indépendante sur les déchets (Cniid) avaient participé à l'élaboration d'un rapport semblable, assurant que les produits technologiques étaient programmés pour une courte durée de vie.

Dans la même veine, l'obsolescence technologique, qui prend place aux côtés de l'obsolescence commerciale, est une technique permettant de rendre un produit dépassé en un temps record. Ou comment nous faire croire qu'un produit n'est plus d'actualité au regard de l'évolution technologique.

Un concept qui ne date pas d'hier

Si ce phénomène semble s'être largement cristallisé au cours des dernières années, reste que cette méthode n'est pas nouvelle. Dans les années 1920, déjà, le concept était déjà d'actualité. C'est ce que relève le documentaire "Prêt à jouer", diffusé sur Arte en 2011. Ainsi, dès 1928, une revue citée par le documentaire soulignait qu'"un produit qui ne s'use pas est une tragédie pour les affaires".

À noter qu'une proposition de loi dont le but est de lutter contre l'obsolescence et d'augmenter la durée de vie des produits a été déposée le 18 mars dernier par Jean-Vincent Placé (Europe Écologie les Verts). En cas d'application de cette dernière, le fabricant sera amené à produire des biens plus durables, et le consommateur n'aura de son côté plus d'intérêt à changer son appareil pour un neuf avant la date d'expiration de la garantie. Affaire à suivre.

Sources : Le Monde, SOS Conso, CEC, Arte